La communauté de pratique en ligne : les perspectives et les prospectives dune source dapprentissage collectif
Jean Benoît
Équipe TACT
Université Laval
Cette présentation cherche à répondre aux questions suivantes :Quelle est lactivité de base dune communauté de pratique en ligne ? Quels sont ses paramètres intégrateurs, ses constituantes fonctionnelles, ses stratégies génératrices ? Comment peut-on lorganiser, la structurer et lexploiter tout en faisant fructifier des sens et des significations culturellement négociés et partagés ? À lheure actuelle, quelles sont les stratégies adoptées par certains « développeurs » organisationnels ou institutionnels pour favoriser, en ligne, le partage de linformation, la coopération et la collaboration et la résolution de problèmes ? Quelles lignes directrices ressortent des expérimentations organisationnelles et institutionnelles retenues pour fin danalyse ? Quelles stratégies devraient-elles être promues et appliquées pour accéder à des résolutions plus innovatrices et plus efficientes ?
À partir dune approche théorique dérivée du courant « situationnisme » et de la gestion des connaissances et du capital intellectuel (knowledge management), la démarche retenue invite les participants à comprendre, en premier lieu, le phénomène de la virtualité communautaire. Construit autour dun losange, quatre facettes distinctes et complémentaires sont positionnées à distance égale : 1. Linformation; 2. La communication; 3. La collaboration; 4. La pratique. Entre chacune de ces variables interreliés sont accolés, à mi-chemin, des attributs : 1. Accès, participation et échange; 2. Engagement, identification et appartenance; 3. Orientation, négociation et partage; 4. Consignation, signification/évaluation et appropriation. Au centre de la matrice se confinent les référents catalyseurs qui modulent les formes communautaires : 1. Linteraction, 2. Lintention; 3. La résolution de problèmes. Tout est ainsi lié à une synergie communautaire conçue en vue de résoudre un ou des problèmes dordre académique ou professionnel. Cette résolution est elle-même générée par les interactions sociales produites et régie par les intentions souscrites dune façon consciente ou inconsciente. Cest ce qui semble mieux départager actuellement les différents vocables utilisés pour identifier les trois principales formes communautaires que lon répertorie sur le Web : la communauté dintérêt, la communauté dapprentissage, la communauté de pratique.
De ce premier portrait qui nous procure un certain cadre de définition pour situer la communauté de pratique, nous désirons enchaîner sur les trois pôles unificateurs et les trois processus intégrateurs qui la caractérisent. Dans un premier volet, nous présenterons donc les concepts associés à lengagement mutuel, lentreprise conjointe et le répertoire partagés de ressources. Fondement de tout regroupement communautaire orienté vers une pratique distincte et définie, ces notions sont intimement liées à des objectifs communs, ceux dexpérimenter, de négocier, de partager, dapprofondir ensemble un cas, une question, un problème. Contexte et environnement servent alors à co-construire, à lintérieur de zones dappartenance, des sens et des significations communs pour dessiner une trajectoire collective stimulant léclosion dune vision partagée des stratégies requises à une résolution. Cela implique en soi la convergence des différentes ressources (matérielles, cognitives et intellectuelles) pour favoriser, en bout de piste, la mise en pratique de stratégies exécutoires concertées, la constitution dune mémoire consignée et commémorative et lémergence dune intelligence collective se voulant distribuée. Ces pôles génériques requièrent cependant des processus intégrateurs pour arrimer les intentions aux applications. Trois processus distincts et complémentaires, la participation et lengagement, lidentification et lappartenance, la négociation et lappropriation, assurent cette transition. La participation et lengagement sinscrivent au sein dune dynamique de discussion et déchange vis-à-vis les perceptions, les questionnements et les prospections. Lidentification et lappartenance sont lapanage dun mode de fonctionnement réflexif et orienté. On sinterroge sur lorganisation et la planification des rôles et des responsabilités, des stratégies et des échéanciers à partir de méthodologies communes. La négociation et lappropriation se transcendent à travers la construction dune vision partagée et lapplication de stratégies résolutoires. Cest le fief de la légitimité, de la validation, de la réalisation, du suivi et de lévaluation.
Notre principal outil technologique est la conférence en temps asynchrone, la plus apte et la plus performante pour soutenir, selon notre perception, un design dapprentissage et de travail conçu pour exploiter un mode participatif dinterrelations à distance. Flexible à souhait, cet environnement offre une marge de manuvre suffisante pour privilégier des outils de facilitation que nous associons aux propriétés de lempowerment, du coaching, du mentoring et de lapprentissage par les pairs. Toutes ces formes de facilitation se ramifient toutefois autour dun concept catalyseur, celui de la participation légitime périphérique qui permet à la fois l insertion graduelle des membres, la régénération et la pérennité des pratiques désormais réfléchies, transmissibles et transférables. La démarche entière esquisse des bénéfices tangibles tant dun point de vue académique que dune perspective plus organisationnelle : une flexibilité accrue en termes de partage de linformation et du temps dévolu à lapprentissage et au travail; une expérimentation de la négociation requise à une résolution de problèmes partagée au moyen de la coopération et de la collaboration; un cycle continu de co-apprentissage et de co-expertise entre pairs via les interactions générées par les participants; une co-construction de valeurs et déthiques de travail conduisant à léclosion dune intelligence collective distribuée; une conservation et un archivage de résolutions de problèmes emmagasinées au sein dune mémoire commémorative.
Létude de pratiques en ligne réalisées dans le cadre des activités de recherche du TACT de la Faculté des sciences de léducation de lUniversité Laval, va permettre de tracer un premier bilan, un bilan somme toute très sommaire, des modes de coopération et de collaboration en cours dans le domaine académique et organisationnel. Ces données recueillies grâce à lanalyse de trois forums de discussion en temps asynchrone seront confrontées aux approches théoriques précédemment exposées. Nous tenterons de percevoir les stratégies de co-apprentissage, de co-expertise, de co-gestion et de co-construction utilisées actuellement au sein de groupes détudiants et de groupes de travailleurs afin de nous interroger sur les avenues potentielles à promouvoir dans le but dexploiter, de façon plus efficiente, léclosion de stratégies résolutoires mieux partagées et mieux endossées par les différents acteurs associés à une pratique distincte et définie.
Grâce aux ordinateurs en réseau, lapprentissage et le travail en ligne savèrent possible avec lémergence des nouvelles technologies de linformation et de la communication (NTIC). Une nouvelle pratique est en voie déclore, celle de la communauté de pratique en ligne. Cette perspective offre de puissants leviers pour expérimenter, négocier, partager, développer et perfectionner ensemble des stratégies innovatrices à des résolutions de problèmes complexes. Au sein de certains créneaux et contextes, ce mode dapprentissage et de travail en ligne modifie intrinsèquement les rapports linéaires issus du transfert séquentiel des connaissances. La communauté de pratique en ligne souvre sur de nouvelles dimensions tout en interpellant les rôles et les responsabilités du concepteur, de lenseignant, du formateur, du gestionnaire et des apprenants.
Jean Benoit
Membre de lÉquipe TACT de la Faculté des sciences de léducation de
lUniversité Laval
et du Réseau des centres dexcellence en téléapprentissage du Canada (RCE-TA)
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