L’impact des nouvelles technologies sur la livraison des cours et l’apprentissage dans les établissements d’enseignement traditionnels

Julie Boissonneault, Université Laurentienne

Denis Mayer, Université Laurentienne

 

RÉSUMÉ

Dès ses tout débuts, la formation à distance a fait fonction de catalyseur au sein des établissements d’enseignement supérieur traditionnels. Ces changements, qui ne se sont pas faits sans heurts, ont touché à la fois l’enseignement, l’apprentissage et les services à la population étudiante. Si la formation à distance a agit et continue d’agir comme moteur de changement dans nos établissements, c’est qu’elle a toujours cherché à mieux répondre aux besoins changeants de la population étudiante ainsi qu’aux changements au sein de la population étudiante elle-même. La formation à distance ayant toujours été tributaire de la médiatisation, il n’y avait donc qu’un pas à faire pour qu’elle s’inscrive dans la "technologisation" de l’enseignement, de l’apprentissage, de la livraison des cours et des services connexes.

La venue de nouvelles technologies a ouvert une porte importante pour l’accès à l’information et à la formation à distance. Le virage technologique, notamment celui vers les technologies numériques et interactives, appelle toutefois à des changements en profondeur, tout au moins à de grandes questions, dans toutes les facettes de l’enseignement-apprentissage ainsi que dans les structures physiques et organisationnelles des établissements. Il nous faut remettre en question non seulement nos habitudes de vie quotidienne, mais la façon dont l’apprentissage se fera à l’avenir en tenant compte des moyens technologiques à notre disposition et en évolution.

L’un des changements parallèles qui s’opère est justement celui de l’émergence d’un nouveau paradigme selon lequel l’apprentissage repose sur l’étudiant. Cette perspective n’est pas étrangère à la formation à distance où l’on privilégie depuis déjà longtemps l’autonomie et l’autodidactie chez les étudiants.

Le jumelage du nouveau paradigme éducationnel et l’usage de plus en plus grand de différentes technologies numériques et interactives en milieu universitaire ouvre la porte à plusieurs innovations, certes, mais surtout à plusieurs défis pour ce qui est de la livraison des cours, en particulier dans les universités bi-modales. Les défis touchent à la fois les structures institutionnelles, les attentes en matière d’apprentissage et d’enseignement, et la qualité des services d’appui.

Le transfert de l’enseignement et de l’apprentissage à distance multimédiatisés à un mode numérisé et interactif dans un établissement traditionnel demande cependant une planification stratégique particulière et une connaissance profonde des ressources (humaines et technologiques). De plus, une bonne connaissance à la fois de l’infrastructure technologique où se trouve le bassin des étudiants et de la clientèle elle-même (étudiants et professeurs) est essentielle.

Les établissements postsecondaires sont conscients de l’impact de la révolution numérique et cherchent à cerner le rôle qu’ils y joueront et la place que prendront ces technologies dans les approches d’enseignement et d’apprentissage. Les universités ont un rôle de leadership à assumer dans la société, et ce à tous les plans du développement, de la recheche et de l’utilisation des technologies en éducation. Il est alors essentiel qu’elles se posent les "bonnes" questions pour ce qui est de l’utilisation appropriée et judicieuse des technologies interactives dans la transmission, l’acquisition et la diffusion des savoirs.

C’est dans cette optique que nous nous sommes penchés sur les impacts qu’ont entraîné quatre scénarios vécus à l’Université Laurentienne:

  1. La conception d’une formation modulaire en Soins cardiaques sur l’inforoute pour des infirmières autorisées en milieu de travail.
  2. La conversion de cours à distance traditionnels à des cours en ligne, à la fois sur campus et hors campus.
  3. L’offre de cours à distance (de 3 et 6 crédits) de façon compressée (échelonnés sur huit semaines). Un tel changement dans la durée de l’offre de cours n’aurait pu avoir lieu si les étudiants n’avaient pas eu accès à un appui technologique leur permettant une rétroaction rapide quant aux travaux et un moyen de communiquer en tout temps avec le chargé de cours.
  4. L’élaboration et l’offre d’un programme de formation sur mesure pour faciliter l’accréditation professionnelle des employés des caisses populaires en planification financière.

Quel impact ces changements dans les modalités de livraison de la formation à distance auront-ils dans le cadre des livraisons en face-à-face et pendant les sessions dites régulières? Quel est l’impact de la durée réduite sur l’apprentissage des étudiants? Comment pouvons-nous mesurer l’apprentissage et la performance des étudiants? Ces quatre cas nous ont permis de mieux cerner et de mieux comprendre le processus d’adaptation que nous avions à entreprendre si nous voulions être davantage flexible et innovateur. Les questions soulevées ont ouvert la porte à toute une gamme de défis dans une structure institutionnelle traditionnelle et ont suscité des remises en question quant à l’apprentissage, à l’enseignement, à la livraison et aux structures de l’établissement.

Si nous prévoyons poursuivre avec l’enseignement et l’apprentissage par voie numérique et interactive, il est important de reconnaître les éléments dont nous devrions tenir compte. En partant de la prémisse que les cours en ligne seront de plus en plus en demande (tant auprès de la population étudiante que des cadres) et que nous nous engageons vers l’enseignement et l’apprentissage en ligne, nous avons recensé les plus grandes questions auxquelles nous devrions trouver réponse, tout au moins envisager.

  1. Quel impact le fait de se lancer en ligne a-t-il sur la vision et la mission de l’établissement?
  2. Dans le cas d’une université bi-modale déjà existante, que faisons-nous des cours à distance à base imprimée ou multimédiatisés qui existent déjà? Quels cours peuvent-être transformés en partie ou en entier dans un environnement web?
  3. Quelles sont les étapes progressives pour intéresser un corps professoral généralement plus confortable avec les modes d’enseignement traditionnel? Quels incitatifs pouvons-nous offrir aux professeurs afin de les intéresser à développer du matériel en ligne? Quelle serait la formule la plus intéressante pour les encourager à s’engager, à s’embarquer, à innover?
  4. Sur le plan technique, quelle est la mesure de l’appui (en graphisme, en animation, en communication synchrone et asynchrone) à offrir tant aux étudiants qu’aux professeurs?
  5. Au chapitre de la conception de cours en ligne, quelle expertise pouvons-nous fournir à la fois au spécialiste de contenu et aux autres personnes impliquées dans le développement et l’offre de cours?
  6. Quels changements sont nécessaires à la procédure et aux mécanismes entourant la livraison de cours? Quels sont les nouveaux rôles et les nouvelles responsabilités des intervenants?

La migration de plus en plus massive vers les technologies numériques et interactives au niveau postsecondaire ne se fait pas de façon automatique. La mise en commun des expériences et des initiatives dans d’autres établissements permettrait d’enrichir et d’approfondir le questionnement. La présentation/discussion proposée se veut donc d’être un échange d’idées et de stratégies innovatrices quant à la façon dont différents établissements abordent et intègrent les retombées technologiques de l’inforoute. Le tout est de pousser la réflexion de l’avant et d’être mieux aguerri pour évaluer les changements qui s’opèrent.

 

RESSOURCES

Boissonneault, Julie et Chantal Le Coz (1999). L’environnement d’apprentissage / d’enseignement médiatisé : à quoi pouvons-nous en mesurer l’efficacité? Rapport de recherche présenté au Comité directeur du projet "Researching and Testing Learning Technologies and their Applications" et au Bureau des technologies d’apprentissage, Ressources Canada. Sudbury : Université Laurentienne.

Downes, Stephen (1998). The Future of Online Learning. Brandon, Manitoba. [En ligne]

Gérin-Lajoie, Diane et Denise Wilson (Décembre 1999). Technologies et facilitation de l’apprentissage. Toronto : Centre de recherches en éducation franco-ontarienne, Université de Toronto.

Massey, Christine et Joanne Curry (Mars 1999). L’enseignement postsecondaire en ligne: analyse comparative. Réseau des centres d’excellence en téléapprentissage. [En ligne] http://telelearn.ca

McGreal, Rory (1999). TeleEducation NB: People problems and solutions in a Canadian province-wide distributed distance learning network. [En ligne] http://teleeducation.nb.ca/articles/rory.html

University of Illinois (décembre 1999). Teaching at an Internet Distance: The Pedagogy of Online Teaching and Learning. The Report of a 1998-1999 University of Illinois Faculty Seminar. [En ligne] http://www.vpaa.uillinois.edu/tid/report

ligne.gif (76 octets) Retour à la rubrique Actes du Congrès / Back to the Proceedings Page