Apports d’une modalité de tutorat proactive ou réactive dans un dispositif de formation à distance

Bruno De Lièvre
Assistant-professeur
Unité de Technologie de l’Éducation
Université de Mons – Hainaut, Belgique

 

Objectifs :

Mettre en évidence l’apport d’un tuteur selon qu’il adopte une attitude proactive ou réactive sur l’usage des outils d’aide à l’apprentissage intégrés à un dispositif de formation à distance.

 

Résumé :

Ce travail met en évidence les apports de deux modalités de tutorat dont bénéficient des apprenants dans le cadre d'un environnement d'apprentissage qui propose à l'apprenant un accès à un tuteur à distance à travers une interface de dialogue semi-structurée.

A côté du recours au tuteur, les apprenants ont à leur disposition une large panoplie d'outils tels que des outils cognitifs, des outils métacognitifs ainsi que des outils d’aide à la navigation intégrés à l’environnement. Les interventions du tuteur s’effectuent selon deux points de vue complémentaires : d’une part, une modalité réactive qui consiste à attendre que l’apprenant sollicite son aide en lui adressant une demande à travers l'interface semi-structurée, et d’autre part, une modalité proactive qui voit le tuteur  intervenir lorsque l’apprenant est en difficulté.

Cent-vingt apprenants ont participé à cette recherche. Les groupes expérimentaux sont décrits par le croisement des deux variables indépendantes, à savoir l’accès (ou pas) à un tuteur humain et la modalité d’intervention, réactive ou proactive, du tuteur.

  Pas de tuteur humain accessible Tuteur humain accessible
Modalité réactive Groupe 1 N = 29 Groupe 3 N = 31
Modalité proactive Groupe 2 N = 30 Groupe 4 N = 30

Chacun des apprenants a traité 7 situations-problèmes réparties dans le temps à raison de 3 ou 4 séances d’une heure trente.

Le but de la recherche est de mettre en évidence l’apport de chacune des deux modalités de tutorat sur l’usage des outils d’aide à l’apprentissage. Nos hypothèses se basent sur un constat illustré par les recherches d'auteurs tels que Collis (1998) et Crook (1994) dont les conclusions relatives à l'usage d'outils télématiques mis à la disposition de l'apprenant dans un contexte d'apprentissage vont dans le sens d'une sous-utilisation de ces ressources. Dans le cadre du modèle de l’apprentissage en situation, il est proposé à l’apprenant des manières pour exploiter les ressources mises à sa disposition dans l'environnement. Une des questions qui se pose à ce sujet est relative à la manière de proposer à l’apprenant une modalité d'intervention qui puisse être adaptée à ses besoins et le mener progressivement à une utilisation autonome des ressources mises à sa disposition (Young, 1993; Choi & Hannafin, 1995). Le concept de "scaffolding" ou d'"étayage" nous semble pouvoir être interprété comme favorisant un usage plus important des outils d'aide à l'apprentissage lorsque la modalité d'intervention est proactive par rapport à une modalité d'intervention réactive. Concernant l’usage des outils d’aide à l’apprentissage, une de nos hypothèses est que la modalité proactive devrait permettre un usage plus important de ceux-ci par rapport à la modalité réactive.

Nos résultats mettent en évidence que le fait de recourir à un tutorat proactif a une influence significative sur l'usage de l'ensemble des outils implémentés alors qu'aucune différence n'est mise en évidence à ce propos en ce qui concerne le fait qu'il s'agisse d'un tuteur humain ou d'un tuteur informatisé. Il est toutefois intéressant de distinguer les outils d'aide implémentés selon leur fonction en vue d'analyser si les constats faits au niveau de l'ensemble s'appliquent également à chacune des formes d'aide.

Pour le lexique, nous observons que le fait de recourir à un tutorat proactif a une influence significative sur l'usage du lexique qui se voit plus exploité .

En ce qui concerne l'aide métacognitive, nous mettons en évidence que le comportement proactif de la part du tuteur, qui intervient pour conseiller l'apprenant dans sa démarche, a une influence significative sur l'usage de l'aide métacognitive qui est plus exploitée.

Si les injonctions du tuteur proactif semblent avoir un effet, l'apprenant semble également exploiter le lexique et l'aide métacognitive sans y être sollicité. L’utilisation plus importante de la part des groupes proactifs nous semble pouvoir être expliquée par le fait que le tuteur intervienne plus fréquemment auprès de l’apprenant. Le tuteur lui manifeste plus sa présence et l’apprenant qui la ressent l’exprime en utilisant spontanément les outils d’aide. L’usage moins important des aides de type lexique et métacognitive de la part de l’apprenant du groupe réactif humain nous semble confirmer l’effet de cette "présence sociale" manifestée ici, a contrario, par un usage bien moins fréquent des outils d'aide associé au fait qu’il n'y a pas d'intervention de la part du tuteur, lequel ne réagit qu’à la demande de l’apprenant. Le tuteur proactif semble permettre à l'apprenant de prendre plus rapidement conscience du moment auquel ces outils d’aide sont indispensables à utiliser. Sa présence semble suffire à inciter l’apprenant à exploiter les outils d’aide et l’effet contraire est constaté lorsque cette présence est moins prégnante.

Pour ce qui est de l'aide à la navigation, il existe une différence significative relative à l'effet du tuteur humain mais qui va dans le sens opposé à celui de la formulation de l'hypothèse. C'est-à-dire que l'usage de cette aide est plus important pour les apprenants qui ne bénéficient pas d'un tuteur humain par rapport à ceux qui en bénéficient. Nous verrons que, dans ce cas précis de l’aide à la navigation, la prise en considération des dialogues de l'apprenant avec le tuteur permet de mettre en évidence un effet de compensation : en effet, des informations dont le contenu porte sur la navigation sont transmises via l’interface de communication et semblent compenser celles qui ne sont pas obtenues à travers l’aide implémentée.

 

Portée de la présentation :

Une meilleure connaissance des effets de certaines modalités de tutorat sur l’apprentissage et sur l’utilisation des aides devrait permettre d’améliorer l’efficacité des dispositifs de formation à distance. Pour que le tutorat à distance soit plus efficace, il convient de mettre en évidence que laisser l’apprenant solliciter le tuteur (attitude réactive du tuteur) ou permettre au tuteur d’intervenir systématiquement dans le processus d’apprentissage de l’apprenant (attitude proactive du tuteur) apportent chacun des bénéfices à l’apprentissage. Il nous semble important de pouvoir mettre en évidence les apports de chacune de ces deux modalités là où elles s’avèrent les plus pertinentes.

En effet, les résultats que nous avons observés ne sont pas homogènes pour les différentes fonctions que peuvent prendre les outils d’aide. Il s'avère donc nécessaire de ne pas considérer l'aide comme un concept unique et absolu mais bien comme un ensemble de fonctions distinctes. Nous voudrions également mettre en évidence le fait que la proactivité a essentiellement un effet amplificateur sur les qualités intrinsèques de l'outil d'aide. L'important est de bénéficier d'une aide pertinente, accessible et contextualisée. Lorsque ces qualités sont réunies, la proactivité conduit à en faire un usage important. Par contre, si certaines de celles-ci font défaut, la proactivité perd beaucoup de son efficacité. Et même quand ces qualités existent, elles ne suffisent pas toujours à persuader les apprenants à exploiter les outils d’aide.

 

Description des médias utilisés :

Un environnement d’apprentissage destiné aux apprenants, développé avec le système auteur Authorware Professional, est accessible en temps réel à la fois par l’étudiant et par le tuteur à distance (voir figure ci-dessous). Cet environnement comprend un ensemble d’outils d’aide dont une interface de communication semi-structurée permettant de dialoguer en direct par écrit. Le logiciel conçu avec Authorware est disponible sur l'une des deux machines et via Intel Proshare peut être partagé, par le canal du réseau, avec un ordinateur distant. Chacun peut utiliser la souris pour effectuer des opérations, le clavier pour répondre à des questions, etc. Les effets de ces actions étant immédiatement visibles, par chacun, sur son propre écran. Une version accessible par l’internet est actuellement en cours de développement.

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