Conférence du président du congrès ACÉD2000CADE
Pierre Dionne,
directeur
Direction générale de la formation continue
Université Laval, Québec
Mesdames messieurs, il me fait plaisir de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue à ce 16ième congrès de lAssociation Canadienne de lÉducation à Distance et de vous accueillir à cet événement qui nous permettra dentendre les propos de deux conférenciers de marque : le professeur Derrick de Kerckhove et le professeur Michel Cartier, tout en vous signalant que vous aurez droit à un vaste éventail de sessions de travail et déchange toutes plus stimulantes les unes que les autres.
Depuis plusieurs années, le congrès de lACED est un moment privilégié pour tous ceux qui sintéressent à lenseignement à distance. Toutefois, cette année, chacun sent que lheure de vérité approche. Après leuphorie provoquée par la création de linforoute de linformation et une fin de millénaire marquée par le « fantôme du bogue », de plus en plus de questions surgissent . Que seront les établissements denseignement dans lavenir? Quel sera le rôle des enseignants? La technologie livrera-t-elle ses promesses? Le cours en classe traditionnel est-il une espèce en voie de disparition, ou encore assistons-nous à une simple mutation engendrée par une utilisation croissante des technologies dans ce dernier bastion sacré quétait la classe? Et la liste des questions pourrait être beaucoup plus longue encore
Dentrée de jeu, je désire attirer votre attention sur le titre même de ce 16ième congrès annuel : lapprenant au cur des TIC : est-ce possible? Vous en conviendrez certainement, ce titre nest pas neutre En insistant sur la place de lapprenant, nous orientons lattention sur une question fondamentale qui fait de plus en plus lobjet de débats entre les experts et que nous pouvons formuler dans les termes suivants : au moment où nous sommes soumis à une véritable révolution technologique, qui semble vouloir bousculer sur son passage toutes les habitudes en matière denseignement, lapprenant est-il vraiment au cur des préoccupations? Nous dirigeons-nous vers dun changement de paradigme qui fera primer lapprentissage sur lenseignement, ou sommes-nous victimes dun simple mirage qui risque de nous éloigner des objectifs fondamentaux de tout système déducation au profit dune pseudo modernité technologique qui, en dépit de ses promesses, tarde encore à se mettre au diapason des besoins des utilisateurs?
Pour linstant, force est de le constater, lautoroute de linformation est encore très encombrée et ce sont les progrès de la technologie qui dictent aux usagers leurs adaptations et non linverse. Heureusement, le phénomène pourrait être éphémère; il est de notoriété publique que les inventions finissent toujours, en bout de ligne, par échapper à leurs créateurs pour être finalement domestiquées aux fins de ceux qui les utilisent. Il est donc excessivement important que tous les enseignants, quelque soit le niveau auquel ils interviennent, partent à la conquête de ce nouveau continent quest lunivers virtuel pour que les espoirs que nous entretenons se concrétisent. Il nous revient de dresser la monture!
En tant que directeur général de la formation continue à lUniversité Laval et responsable du développement de lenseignement à distance, je constate pour linstant que les effets des nouvelles technologies, surtout ceux de lutilisation accrue du Net en enseignement à distance, provoquent une onde de choc majeure, voire une révolution qui bouscule dabord sur son passage tous les stéréotypes de la relation professeur étudiant
Disolés quils étaient, les apprenants à distance jouissent aujourdhui non seulement dun accès privilégié au savoir, mais aussi doutils de communication qui les mettent en contact avec leurs pairs et surtout dune capacité nouvelle qui sonne le glas des portes closes ou des boîtes vocales : ils peuvent rejoindre leur professeur ou leur tuteur à temps choisi, et cela, sur une base individuelle! Voilà qui nest pas sans causer du remous dans lordre établi par lobligation dune disponibilité beaucoup plus grande qui simpose à chaque professeur concerné!
Pour cerner rapidement lampleur de la révolution en cours, sans empiéter sur un sujet que nos conférenciers traiteront beaucoup mieux que moi, je vous laisse comme point de réflexion ces quelques images qui évoquent lhistoire de la relation professeur étudiant ( acétate 1) en attirant votre attention sur la dernière de ces images qui traduit le désarroi qui guette ceux qui se tiendront en marge du changement...
En second lieu, jaimerais ajouter à cet élément du décor en insistant sur quelques aspects du contexte dans lequel se joue la révolution du savoir. Pour linstant, il ny a pas encore décart de compétence marqué quant à laisance avec laquelle lapprenant et le formateur jouent du clavier sur le Net Toutefois, la situation risque dêtre fort différente quand nous seront rejoint par la génération de ces étudiants qui vont succéder bientôt à la « génération Nintendo », cest-à-dire, quand arrivera la « génération Net », celle pour qui lordinateur est aussi naturel que le fût pour nous la radio ou la télévision.
En effet, il importe de le réaliser, par la nature de leur travail, les professeurs ont eu jusquici peu de temps à consacrer à lapprentissage des technologies. Or, il en va tout autrement pour la « génération Net » dont la formation sappuie déjà résolument sur lutilisation des technologies, un changement qui sest lentement mais sûrement concrétisé à partir de leur entrée au niveau primaire. Avec la montée de cette génération dinitiés, il se pourrait que demain lécart nous paraisse beaucoup plus grand
Cette arrivée des initiés est dautant plus importante quelle touchera autant la future clientèle régulière des établissements denseignement que celle quils auront à desservir à distance. De ce point de vue, ce nest pas tant une révolution de lenseignement à distance qui est en cause, mais plutôt une révolution de lenseignement et de la recherche au sens global du terme! Quand on sattarde aux conséquences du phénomène, selon certains experts, on pourrait facilement imaginer que les campus des universités ou des collèges du troisième millénaire ressembleront à ceci ( acétate 2). Je laisse à votre imagination lévaluation de lampleur des conséquences qui résulteraient dun tel changement, même si je nappréhende pas un tel virage.
En dernier lieu, jaimerais conclure cette brève allocution douverture en soulevant la question de la pédagogie, puisque par définition, un congrès se veut une occasion unique de discuter ouvertement de questions qui ne sont pas sans rejoindre le quotidien de chacun dentre nous. Je vous propose donc de nous attarder à un élément qui devrait frapper limagination tout au long de ce congrès car il donne une saveur particulière aux réflexions que nous devrons poursuivre durant ces trois brèves journées .
Jusquà tout dernièrement, les professeurs qui intervenaient en enseignement supérieur comptaient pour les moins bien préparés à cette réflexion fondamentale sur la pédagogie et sur la relation professeur étudiant. En effet, lapprentissage de la pédagogie nest pas une obligation inscrite dans le curriculum de formation de ces professeurs, un peu comme si le paradigme pédagogique dominant la scène voulait quà ce stade de leur formation, les apprenants nont besoin que dexperts de contenu, leur maturité leur permettant de se placer en mode autonome dans la gestion de leur développement. Or, les contenus scientifiques seront de plus en plus directement accessibles à chacun sur le Net!
Voilà une réalité qui ne manque pas den inquiéter plusieurs car elle ramène à lavant plan une question qui se profile silencieusement derrière celle du présent congrès! En effet, il serait illusoire den rester uniquement à la nécessité de placer lapprenant au cur des TIC, une attitude qui contribuerait à masquer des enjeux encore plus déterminants . En quelques mots, je le souligne, la révolution qui sopère remet en perspective non seulement la quincaillerie informatique, mais aussi la nature de la relation qui a jusquici toujours dominé en matière denseignement, celle du maître et de lélève dans leur rapport au savoir.
Je vous invite donc à profiter de ce 16ième congrès pour débattre de la place de lapprenant, sans oublier quelle met en cause notre propre rôle, et à tirer profit de ce que nos conférenciers sauront apporter comme éclairage sur ces questions. Je vous souhaite à tous un excellent congrès et je cède la parole à notre maître de cérémonie, M. Marc-André Thivierge.
Merci de votre attention et bon 16ième congrès !
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