Quand
professer comme un professeur
n'est plus
une profession de pros
par
Claude Cossette
professeur titulaire en publicité et image
Université Laval, Québec, Canada
Conférence prononcée à l'invitation
du Recteur Michel Gervais
Rencontre des administrateurs de l'Université Laval
&laqno; L'Université face aux défis du changement »
Pavillon La Laurentienne, 22 et 23 août 1996
&laqno;Those who can, do; those who can't, teach. » On a sans doute entendu cette pointe cinglante du dramaturge et Nobel irlandais George Bernard Shaw (Maximes pour révolutionnaires). Mais on ne connaît sans doute pas ce complément plus cynique encore du canadien multi-millionnaire du bestseller, Laurence J. Peter (celui de The Peter Principle), qui ajoutait: &laqno; And those who can't teach, teach the teachers.» Humour? Peut-être, mais avec un fond indubitable de vérité: Laurence Peter est docteur en sciences de l'éducation après tout.
Le métier de professeur -comme celui de policier ou de médecins, et bien d'autres encore- est examiné "de tous bords de tous côtés": de côté et avec envie par les autres travailleurs salariés, de haut et avec mépris par les entrepreneurs à tout crin, d'en bas et avec sujétion par les étudiants captifs.
On est donc en droit de se demander comment les administrateurs d'universités voient les professeurs... et réciproquement. Je fais donc un effort de réflexion sur la manière dont les gestionnaires et les enseignants peuvent former équipe en vue d'améliorer l'enseignement universitaire.
Évidemment, je vais le faire avec ma personnalité et mon langage un peu "gros bras": je suis publicitaire de métier et, dans le bruit ambiant, il faut parler haut et fort pour être entendu -j'ai bien dit "entendu" ce qui n'implique pas nécessairement d'être compris.
Mais, je sais qu'on saura me comprendre en mettant les bémols où il faut pour satisfaire au climat feutré qu'est celui de l'université.
Le milieu universitaire
Dans quel milieu travaillent les professeurs d'université?
Une démocratie coûteuse
L'université est une immense, redondante et coûteuse démocratie professorale: toutes les décisions se prennent de comité de programmes en assemblées d'unités, de bureaux de direction en conseils facultaires, de commissions diverses en conseils d'administration, et ainsi de suite. Je me dis souvent que si la moindre entreprise capitaliste était menée ce cette façon, elle parviendrait rapidement à la faillite.
L'imprimeur et par ailleurs fondateur de University of Pennsylvania, Benjamin Franklin, a écrit ces trois mots qui sont devenus un proverbe populaire: "Time is money" (dans Advice to a Young Tradesman, 1748). Eh oui! le temps d'un professeur coûte de l'argent au petit contribuable québécois, à mon père cordonnier, à mon neveu vendeur, ou à l'autre qui est vice-président d'une association de distributeurs alimentaires. Mais souvent, le seul argent que les professeurs connaissent, c'est ce qu'ils appellent "l'argent de singe": un chiffre dans un poste budgétaire qui sert à payer un service dans un autre poste budgétaire.
Un pouvoir jalousement gardé
J'ai dit que l'université était une démocratie, mais c'est faux: l'université est menée par une oligarchie. Les professeurs de cette oligarchie constituent un pool de "grands électeurs" qui choisissent leurs mandataires. À l'Université Laval, ce sont 120 ou 150 décideurs. Mais l'Université Laval, c'est 35,000 personnes, relativement matures, instruites, et qui, malgré ça, n'ont pas (ou si peu) droit au chapitre alors que dans "la vraie vie" on parle d'accorder le droit de vote universel aux jeunes de 16 ans...
Nous aurions pourtant tout avantage à impliquer les étudiants dans la gouverne de l'université. Comme ce sont eux nos "partenaires privilégiés", peut-être auraient-ils de merveilleuses propositions pour rendre l'université plus satisfaisante, plus appropriée, plus efficace? Le professeur de philosophie Martin Blais, de l'Université Laval rappelait (dans son livre L'Autre Thomas d'Aquin, 1990) la Règle de saint Benoît: &laqno; S'il s'agit d'affaires importantes, l'abbé convoquera toute la communauté, même les plus jeunes, car la solution d'un problème inédit peut fort bien venir d'un jeune. Mais s'il s'agit d'affaires moins importantes, il suffira qu'il convoque les vieux.» Tiens ! il faut consulter les jeunes s'il s'agit d'affaires importantes. L'avenir des jeunes ne serait-elle pas une affaire importante ?
Mais l'Université fait peu de place à ses jeunes dans ses instances décisionnelles ? Quand, généreusement et rarement, quelques commissions ou comités sont composés en nombre égal de représentants d'étudiants et de professeurs, ces derniers rient dans leur barbe, sachant bien que, par leur âge ou leur connaissance des institutions, ils sauront en imposer aux étudiants; que les étudiants plus combatifs disparaîtront avec la cohorte annuelle; et que de toute façon, les étudiants ne sont pas toujours assidus aux réunions dont les heures sont fixées par les professeurs qui les président et avant tout en fonction de la disponibilité des professeurs.
Une autonomie exagérée
Dans les faits, les professeurs d'université sont des employés sans patrons: ils se répartissent en collégialité les tâches d'enseignement, qui sont les plus méprisées. Chacun fixe d'ailleurs lui-même l'importance relative de ses différentes tâches; si l'un décide de mettre l'essentiel de ses énergies dans la recherche, qui, dans cette tour d'ivoire (ou plutôt de ouate) qu'est l'université, a le droit d'y trouver à redire ?
Comme le fonctionnement est collégial, les collègues seront prudents avec la crainte d'être eux-mêmes pris à partie dans d'autres circonstances. Dans les faits, une assemblée professorale est la plupart du temps un bateau avec un petit gouvernail (la coutume), et plein de petits moteurs qui tirent chacun dans sa direction (les professeurs), mais sans capitaine. Les patrons d'aujourd'hui seront les "subalternes" de demain puisque les dirigeants sont eux-mêmes des professeurs cooptés par leurs collègues professeurs. Toute décision est donc "humainement" prise: généreuse en comptant sur un éventuel "retour d'ascenseur"; prudente en sachant qu'à terme on se retrouvera en position de vulnérabilité.
Une structure corporatiste
Selon ce que révèle la psycho-sociologie, les gens instruits sont normalement plus ouverts que la moyenne d'une population donnée au changement, à l'innovation, au vent du large. Mais tout samouraï égaré dans une université remarquera que les professeurs d'université sont des instruits "pas si ouverts que ça", frileux même: ils cherchent par tous les moyens à se protéger de "l'autre", du "non-prof", et ils forment pour cela un solide front de type syndicalo-corporatiste. Lise Bissonnette, directrice du Devoir: &laqno; Nos établissements croulent sous des querelles corporatistes [] Depuis que les compression budgétaires changent la vie, le sauve-qui-peut a des effets sur les contenus de l'enseignement.» ("Idées", 18 juin 1996) Oui, un certain nombre de professeurs-chercheurs aimeront mieux sacrifier le contenu même des programmes d'apprentissage plutôt que de remettre en question leur façon de faire actuelle.
Par exemple, ils résistent à établir des formules pédagogiques qui laisseraient une large place comme tuteurs ou assistants à d'autres types d'enseignants: étudiants gradués, responsables de formation pratique, techniciens, et d'autres encore. Non seulement recourir à ces coéquipiers économiserait-il des sommes importantes, mais cela enrichirait le milieu d'apprentissage lui-même. J'ai soulevé un tollé chez mes professeurs quand j'ai voulu inviter, à titre de directeur de programme, à une journée pédagogique de début de trimestre, non seulement les professeurs, mais aussi les chargés de cours, responsables de formation pratique, et autres techniciens, secrétaires ou préparateurs impliqués dans mon programme.
Les professeurs continue de faire front commun contre l'envahissement de ce qu'il estiment être leur territoire exclusif.
Une morosité compréhensible
Henry Adams, historien et rédacteur en chef de la Harvard Review disait: &laqno; Rien n'est plus ennuyant qu'un professeur trop bien payé.» J'ajouterai: rien n'est plus gâteux qu'un professeur gâté.
J'estime que les professeurs d'université ne sont plus confrontés à des "challenges". La plupart se tiennent loin du "terrain" sauf dans quelques grandes université qui encouragent ce formateur mixage entre penseurs et "doers" comme au célèbre Massachusett Institute of Technology où on s'attend à ce qu'un professeur consacre 20% de son temps en consultation ou dans des entreprises.
Les professeurs roulent sur une autoroute balisée, protégée: ils passent du grade de professeur adjoint à celui de professeur titulaire de façon quasi-automatique (ils ont eux-mêmes fixé les critères d'auto-promotion); leur performance d'enseignant n'est à toute fin pratiquement pas évaluée -et quand elle l'est, la Convention collective ne permet de verser l'évaluation à son dossier seulement si elle est positive et si le professeur est d'accord. Et il sont encore bien payés, leur traitement se situant fort probablement dans les 10% des salariés les mieux payés au Canada sans mentionner les avantages marginaux qui sont exceptionnels, ni les conditions de travail qui sont encore enviables. Or la réalité tout humaine est la même pour le professeur comme pour l'étudiant: quand rien ne te chauffe les fesses, tu es invité à "faire moins avec plus".
Mais les temps changent. Les professeurs "gros gras grand grain d'orge" devront réagir. Sans quoi, ils perdront de plus en plus rapidement l'estime des citoyens ordinaires.
Les tâches d'un professeur
Il faut de l'énergie, un sens poussé de l'organisation, des bons nerfs et un certain sens de l'humour pour naviguer dans l'entrelac de sollicitations que constitue la tâche professorale, d'autant plus que la partie "enseignement" est elle-même dévaluée.
Une dispersion distrayante
La fonction de professeur n'est pas facile. Elle couvre de multiples tâches: l'enseignement et la mise au point de nouveaux instruments pédagogiques, la recherche, la supervision d'étudiants gradués, la publication d'articles ou de livres, les communications dans des congrès ou des colloques, la participation à des comités internes, le service à la collectivité sous forme de consultations ou d'interventions publiques. Tous sont censés être des professeurs-chercheurs.
Or tous les professeurs ne sont pas des passionnés de la pédagogie. Si bien qu'en définitive, certains répètent inlassablement les mêmes cours, avec les mêmes exercices et les mêmes méthodes pédagogiques. Plusieurs font des recherches, mais peu réfléchissent sur leur propre pédagogie, sinon les spécialistes des sciences de l'éducation.
Un enseignement dévalué
Devant cette persistante sollicitation tous azimuts, les professeurs-chercheurs se voient dans l'obligation de privilégier un des deux axes majeurs. Bon nombre optent pour la recherche.
Ce faisant, ils entrent dans la "tendance à négliger la fonction enseignement, à survaloriser la recherche et à lui accorder la priorité" que stigmatisaient unanimement les associations étudiantes dans leurs Mémoires présentés à la Commission des États généraux sur l'éducation au Québec (ceux de la Fédération étudiante universitaire du Québec (Feuq), de la Fédération des étudiants de l'Université de Sherbrooke (Feus) et de la Confédération des associations d'étudiants et d'étudiantes de l'Université Laval (Cadeul).
C'est une plainte dont les professeurs devront tenir compte car les étudiants sont constamment sur la brèche; et ils disposent des meilleurs postes d'observation quand il s'agit d'examiner la prestation des professeurs. D'ailleurs, Bertrand et Busugutsala affirment: &laqno; Il est évident pour tout observateur de la scène universitaire que ce sont ces porte-parole étudiants qui ont présenté à la Commission des états généraux sur l'éducation les diagnostics les plus pertinents et les recommandations les plus susceptibles de favoriser le renouveau de l'université québécoise.» (dans Oser revoir les modes d'organisation de l'enseignement du premier cycle. Essai. Mai 1996)
Partie 1: Quelques faiblesses
Pour progresser, il faut savoir se critiquer. Examinons donc quelques faiblesses propres aux professeurs et aux administrateurs.
Le professeur d'université
Les professeurs ont beau être encore largement estimés par la population en général, ils sont, comme corps social, affublés de quelques défauts. Je me suis efforcé d'en dégotter quelques uns.
Un aristocrate
Le professeur d'université se sait partie prenante de la crème de l'élite. Bien sûr qu'il en fait partie; la société tout entière a sué sang et eau pour investir dans sa formation et le hisser au sommet du savoir et de l'éthique.
Par ailleurs, ce sentiment de faire partie de ce "cercle des meilleurs" peut enfler les egos au point que certains ne portent plus sur terre. C'est en ce sens qu'on dit que les professeurs sont retirés dans une tour d'ivoire, en ce sens aussi qu'on dit qu'ils ont la tête dans les nuages. Les professeurs d'université ont la réputation d'éviter les trivialités de la vie quotidienne, les problèmes concrets du monde ordinaire.
Les professeurs d'université font trente ans de carrière les mains propres: ils analyse des statistiques, tirent des leçons générales d'un ensemble de faits, manipulent des concepts, des modèles. Du moins, c'est comme ça qu'on me voit dans ma famille.
De ce fait, le professeur d'université fait partie d'une véritable aristocratie. Quand on est aristocrate, on laisse aux autres, en bas, dans la "vraie vie", la saleté du négoce, du combat de rue, de l'argent
Mais, hélas! ainsi s'isoler dans une caste à part, proche des dieux, génère aussi des effets désastreux sur les disciples. Comment un étudiant peut-il prétendre imiter un modèle aussi parfait, aussi lointain, aussi inatteignable ?
Dans leur Mémoire présenté à la Commission des États généraux sur l'éducation au Québec, la Confédération des associations d'étudiants et d'étudiantes de l'Université Laval (Cadeul) parlait justement &laqno; d'une attitude de supériorité professorale incompatible avec la relation pédagogique.» (rapporté dans Doléances et demandes des étudiants universitaires à la Commission des État généraux sur l'éducation, Mai 1996)
Le Nobel Rudyard Kipling (dans Souvenirs) prétend &laqno; qu'on apprend davantage d'un savant enragé que de vingt tâcherons.» C'est sans doute vrai. Mais -ce que nous a démontré la recherche- on apprend encore davantage d'un pédagogue encourageant.
Comme directeur de programme, la plainte qui m'a été le plus souvent faite venait d'étudiants découragés d'avoir à suivre un cours avec tel professeur "incompétent" en pédagogie. Qu'il y ait à l'université des professeurs qui sont mauvais enseignants ne doit pas surprendre: nos professeurs sont engagés sur preuve de PhD et non sur preuve d'un talent de communicateur.
Examinons quelques annonces de postes diffusées récemment par l'Université Laval:
| Poste | Critère Formation | Critère Recherche | Critère Pédagogie |
| Professeur de poésie française des 19e et 20e siècles | Doctorat en littérature |
Expérience de recherche en poésie, publication ou subventions à l'appui | Expérience de recherche en poésie, publication ou subventions à l'appui |
| Professeur en arts visuels spécialisé en communication graphique | Doctorat dans un domaine approprié | Publication de travaux en design graphique ou de travaux de recherche en
communication visuelle |
Compétences pour l'enseignement pratique et théorique |
| Professeur en science et technologie des aliments | Doctorat dans un domaine approprié | Excellence du dossier scientifique Une expérience de recherche en liaison avec le milieu industriel |
Aptitudes pour l'enseignement |
On commence effectivement à faire allusion aux talents pédagogiques du candidat espéré, mais le fait-on pour la galerie ? En effet, on demande des preuves de diplômes ou de recherches effectuées, mais quelle sorte de preuves exige-t-on du talent pédagogique des candidats ? Certaines unités on mis au point de timides modes d'évaluation préalable qui sont loin d'être répandus.
L'université donne de toute évidence plus d'importance à la recherche qu'à l'enseignement: c'est la recherche qui est le plus important critère d'embauche et c'est encore la recherche qui est le plus important critère de promotion.
Que l'Université Laval ait voulu mettre sur pied un Réseau de valorisation de l'enseignement est un signe que l'autorité commence à se préoccuper sérieusement de la pédagogie. Mais cet organisme est précisément "un réseau" ce qui donne à entendre que ce sont les professeurs eux-mêmes qui devront faire le virage, remettre en question leurs priorités.
Évidemment, chacun vous dira que les deux axes de la recherche et de l'enseignement, sont également importants. À mes yeux, affirmer que deux axes aussi enxigeants sont tous les deux également prioritaires, c'est avouer que l'on n'accorde la priorité à aucun ou bien -ce qui est sans doute plus vrai !- qu'un des axes l'est mais de manière occulte. Dans ce dernier cas, je laisse à deviner lequel le serait pour une majorité de professeurs.
Un absent
Un professeur qui est mauvais pédagogue devant un groupe peut être une ressource précieuse dans des relations personne à personne, de maître à disciple. Or, les professeurs qui consacrent trois ou quatre jours par semaine à leurs recherches doivent se déplacer pour rencontrer des partenaires, se rendre dans des congrès et autres colloques pour rendre publiques leurs trouvailles, se cacher pour rédiger des articles, ainsi de suite.
Si bien que le "professeur-surtout-chercheur" est souvent absent de son bureau, donc peu disponible à ses étudiants. Une étudiante à la maîtrise à l'Uqam dénonçait cet état de fait dans les journaux: &laqno; Les profs n'ont qu'un temps restreint à consacrer à leurs étudiants; et ce temps précieux se limite trop souvent aux trois heures de cours hebdomadaires ainsi qu'aux quelques minutes accordées sur rendez-vous.» (Voir, 12 octobre 1995)
Je considère que la présence d'un professeur auprès de ses étudiants est un signe révélateur de sa passion d'enseigner. Or cette passion anime-t-elle encore les professeurs d'université ? Certains jours, je me le demande. Et, rappelle Luc Thériault, dans D'Espoir et d'éducation, &laqno; Quand la passion n'est plus chez l'enseignant, elle ne naît plus chez l'enseigné » (1996).
Les administrateurs universitaires
Les administrateurs d'université sont encore et toujours des professeurs, j'espère. Ils ont reçu une formation poussée en arts, en sciences humaines ou en sciences dures, mais que savent-ils de la manière de susciter la passion d'enseigner? de la nourrir? bref, de la gérer?
Une naturelle incompétence
Peut-on présumer qu'une expertise en génie civil, en anthropologie ou en communication graphique, permettra de "performer" comme administrateur?
Les exigences d'un poste d'administrateur d'université sont grandes - plus grandes que dans la plupart des entreprises privées- car une même personne doit ici cumuler parfois les compétences réunies des quatre grands secteurs de la gestion: personnel, production, finances et marketing. Or combien se sont intéressés à la gestion avant d'être nommés à leur poste ?
Ne serions-nous pas en train de donner raison à notre collègue, Laurence J. Peter, qui a si bien dit: &laqno; Dans toute hiérarchie, chaque employé tend à s'élever jusqu'à son niveau d'incompétence.» (The Peter Principle, 1971)
C'est que la gestion universitaire est prisonnière d'un principe bien ancré dans les moeurs: seul un professeur doit avoir le privilège de gérer l'université.
Des dés pipés
Il faut avouer par ailleurs que les dés sont un peu pipés car un directeur de département n'a pas (ou si peu) de pouvoir, et il administre de manière foncièrement intérimaire.
Il n'a pas de pouvoir parce qu'il n'a pas grand marge de manoeuvre: les budgets discrétionnaires sont faméliques, il est soumis à une kyrielle de paliers de contrôle (financiers, syndicaux et administratifs) et il ne dispose que d'un organigramme flou des rapports de pouvoir.
Il administre de manière foncièrement intérimaire parce qu'il sait qu'il retournera éventuellement dans le rang; peu de professeurs poursuivent une carrière d'administrateur. En fait, c'est presque antinomique: un professeur docteur a été formé pour jongler avec les idées, pas avec le pouvoir ou l'argent.
Dans de telles conditions, quel fou se risquera à donner un coup de barre qui risque de lui revenir au visage dès qu'il quittera son fauteuil ? Par contre, qu'il fasse une bonne ou une mauvaise "job", qui lui en tiendra rigueur ?
Cependant, c'est la responsabilité de l'administrateur universitaire, ex- et "refutur" professeur, d'inciter ses collègues à investir davantage dans leur métier de professeurs, à leur rendre les honneurs quand ils font un bon coup.
Essentiellement, c'est la gestion qui est la clé pour atteindre collectivement à l'excellence dans la formation des étudiants.
Partie 2: Quelques tendances
Tout cela est bien triste, penseront certains. Pour ma part, je n'ai jamais pensé que c'est la richesse ou la facilité qui fait le bonheur. Ce qui rend les gens heureux, c'est créer, agir en dépit de tout.
Je pense que les professeurs d'université sont engagés dans un tournant qui les obligera à travailler plus fort et à être plus imaginatifs, oui ! mais on trouve le même défi partout dans la société; est-ce que les professionnels de l'entreprise privée ne sont pas confrontés à des défis aussi grands ? Est-ce que nos jeunes diplômés pourront se tailler une place dans la société sans déployer une immense créativité ?
En ce qui nous concerne, je vois trois tendances qui se dessinent de plus en plus clairement:
1. nous serons moins riches
2. nous aurons des compétiteurs
3. la technologie nous envahira
Une pauvreté relative
L'État doit sabrer partout: les caisses sont vides. Le budget de l'éducation gruge une part importante de tous impôts payés par les citoyens. Aussi, la quote-part de l'université dans les coupures est-elle estimée à une centaine de millions. Ce qui veut nécessairement dire des coupures de postes, les salaires constituant les trois-quarts des budgets.
Ce qui aura comme effet de réduire l'offre de cours, mais surtout d'augmenter de 15 ou 20% le nombre d'étudiants par section. La charge de travail, c'est indéniable, augmente.
Et ce sont les professeurs qui auront la tâche de répondre créativement à ces nouvelles contraintes pédagogiques. Rien ne sert de se plaindre, il faudra vivre avec cette réalité, et conserver, voire plutôt améliorer les conditions d'apprentissage. Les améliorer sous une foule de rapports.
Prenons un exemple: les cours se donnent présentement sur deux sessions de trois mois et demi. Cela parce que les professeurs résistent è travailler l'été. Plusieurs programmes offrent de timides sessions d'été aux méthodes d'enseignement particulières (cours intensifs, fins de semaine à la campagne, voyages...). Ces cours existent pour répondre sommairement à la pression des étudiants, mais les méthodes pédagogiques sont là pour répondre aux besoins des professeurs et non pas pour satisfaire à un meilleur apprentissage.
Trois vraies sessions par année, des cours se déroulant six jours par semaine et 14 heures par jour, voilà une façon de rentabiliser le capital investi dans l'immobilier, l'équipement de pointe, de mieux utiliser le personnel de soutien et même de permettre aux professeurs de faire leurs recherches dans les saisons plus conformes à leurs préoccupations.
Menacée par la compétition
Par ailleurs, ce n'est pas seulement l'économique qui va nous contraindre à renouveler la pédagogie universitaire: une nouvelle compétition a commencé à s'installer et elle risque de grandir. Cette compétition vient non seulement d'autres universités ou d'entreprises privées, mais de nouveaux moyens d'apprentissage.
Le monopole du savoir
Naguère, les professeurs détenaient le monopole de l'information; eux seuls étaient assez "riches" pour glaner des connaissances disséminées partout dans le monde. Aujourd'hui qu'ils sont plus "pauvres", d'autres sont susceptibles de s'emparer des portes de la connaissance.
Normand Wener, doyen de la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke: &laqno; Les modes classiques de transmission de connaissances ont éclaté. Les universités ont perdu leur rôle de diffuseur unique de connaissances spécialisées aux mains de documents audiovisuels, de nombreuses revues de vulgarisation, de l'inforoute et de plusieurs firmes d'experts-conseils » (Le Devoir, 9 mars 1996)
Des étudiants plus exigeants
Les étudiants qui payent de plus en plus pour leurs études, soit en frais de scolarité, soit en frais de subsistance et autres, sont susceptibles d'être de plus en plus exigeants et de magaziner davantage avant de fixer leur choix.
Les étudiants deviennent donc "meilleurs consommateur"; c'est souvent en partie de leur argent qu'il s'agit. C'est pourquoi les rapports critiques et les palmarès vont se faire de plus en plus fréquents, précis et critiques et de plus en plus recherchés. Les universitaires n'aiment pas beaucoup ce genre de "concours" -d'excellence ou de popularité, on ne sait pas au juste- mais ils devront s'y faire.
Gérard Ethier, professeur à l'Énap, rappelle: &laqno; Depuis 25 ans, on n'évalue plus rien dans les écoles: ni l'apprentissage, ni le personnel, ni l'institution. » (L'Actualité, février 1991) Et tant que le milieu de l'enseignement refusera de s'évaluer lui-même, les corps étrangers continueront de s'en mêler.
Les nouvelles technologies de l'information
L'université n'a pas le choix, elle doit digérer la couleuvre informatique. L'Université Laval est en voie de le faire avec une certaine élégance.
La raison la plus importante, c'est que l'ordinateur permet de tisser des réseaux de personnes qui peuvent par là partager plus facilement leurs intérêts, leurs pensées, leur information. Nicholas Negroponte, fondateur du célèbre MediaLab du Mit, ardent défenseur de la société du bit l'admet: &laqno; La vraie valeur d'un réseau ne vient pas tant de l'information qu'elle permet d'échanger que dans la communauté qu'elle permet de former.» (Being Digital, Vintage Books, 1994)
Mais les professeurs ont du chemin à faire pour intégrer l'ordinateur à leurs activités pédagogiques quotidiennes. J'ai lu quelque part qu'une enquête récente du US Department of Education révélait que 84% des professeurs ne considéraient qu'une seule technologie de l'information comme vraiment essentielle à l'enseignement: le photocopieur.
On peut voir là une nouvelle fois un effet du "fossé des génération". Le corps professoral des universités québécoises est vieillissant; peu d'entre eux ont vécu la révolution informatique. Leurs étudiants, par contre, ont grandi avec les ordinateurs de toutes sortes, de la calculatrice au SuperNitendo.
Ce qui peut devenir dramatique dans une société en voie de vieillissement comme la société québécoise, car, écrit Negroponte: &laqno; [Pour les jeunes], l'attrait de l'ordinateur est aussi universel que la musique rock.»
Partie 3: Pour un enseignement régénéré
Qu'est-ce qu'un diplôme universitaire ? Je vais vous donner la définition de mon ami Francis Masse qui est un "métaphoriste" imaginatif: &laqno; Le diplôme, c'est comme obtenir une main au poker. Une main vous donne le droit de jouer, mais ne vous assure pas de gagner.»
Pour les diplômés de ma génération, cette main était toujours gagnante: les autres n'avaient même pas de cartes. Aujourd'hui, le nombre de joueurs qui ont une main est grand: avec une séquence ou un brelan d'as, on peut s'en tirer; mais la chance est encore grande de devoir se colleter avec d'autres qui s'amènent avec un carré d'as ou une quinte royale. En sus de sa main, le joueur tirera donc avantage d'une bonne expertise en bluff
Notre tâche, c'est de pourvoir nos diplômés d'un jeux acceptable -le meilleur possible, bien sûr. Et ça, c'est notre responsabilité à nous tous, administrateurs autant que professeurs. Dans les circonstances actuelles et pour y arriver, il faudra user d'imagination. Plus qu'en d'autres temps.
J'appelle une nouvelle fois à mon appui mon collègue de l'Université de Princeton, Albert Einstein: &laqno; Imagination is more important than knowledge.» (On Science, ) Et c'est un savant qui le dit.
Des professeurs imaginatifs
&laqno; Que voulez-vous que je lui apprenne, répondait Socrate, il ne m'aime pas.» Les professeurs devront donc faire montre d'une grande ouverture aux besoins de leurs "nouveaux" étudiants s'ils veulent "être aimés".
Combien de jeunes arrivent à l'université tout fringants avec leur Dec tout frais pour rapidement désenchanter au long des premiers mois, brisés par des professeurs désabusés, une passivité imposée, un mépris à peine voilé de "leur incompétence, de leur manque de culture, de leur paresse, de leur mauvais français ou même de leur avenir bouché".
Jean-Marie Van der Maren, professeur de méthodes de recherche à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, écrit: &laqno; Fréquentant les étudiants québécois depuis 21 ans, je suis convaincu qu'ils sont capables de faire beaucoup plus et beaucoup mieux que ce que le système d'éducation, l'université comprise, n'ose leur demander.» (Le Devoir, 9 décembre 1995).
Je le crois aussi. Mais je pense que pour susciter cette passion, il faut marier astucieusement théorie et vie réelle. Ces jeunes arrivent à l'université, dans un nouveau programme, ou dans un premier cours positifs, enthousiastes, avides d'apprendre. On doit leur faire appliquer la théorie à des problèmes qui sont les leurs; car il est normal qu'un jeune de cet âge veuille comprendre-voir à quoi tout ça peut rimer. Et vite ! Trop de professeurs ont oublié comment ils étaient quand ils avaient cet âge ou oublient de regarder comment sont leurs fils et filles du même âge.
C'est de ça dont les étudiants se plaignent: &laqno; Les profs d'université sont trop souvent des théoriciens qui n'ont pas l'expérience du milieu du travail. Le prof a fait son doctorat sur le boulon B-28 et donne son cours sur le boulon B-28.» ironisent François-Nicolas Pelletier et Jean-Sébastien Vachez de la Cadeul (Mémoire présenté à la Commission des États généraux sur l'éducation au Québec).
Des administrateurs résolus
Les professeurs sont autonomes, seuls maîtres à bord après Dieu. Ils décident des méthodes pédagogiques, des exercices, de leur disponibilité aux étudiants. Mais, il est de la responsabilité des administrateurs de l'université de mettre en place les conditions, les processus et le suivi qui permettraient de régénérer l'enseignement universitaire. Ils doivent le faire de telle sorte que ce sont à la fois les professeurs et les étudiants qui nourriront cette régénération.
Lise Bissonnette, directrice du Devoir et ex-étudiante au doctorat en sciences de l'éducation, nous avertit: &laqno; Dans une société plus permissive et qui le restera, plus libre et qui doit le demeurer, il est difficile d'imprimer une direction, de tenir à des valeurs, et de "former" au sens le plus direct, c'est-à-dire d'exercer une influence sur la croissance d'autrui.» (Discours lors de l'obtention de son doctorat honoris causa en Sciences de l'éducation de l'Université Laval, 16 juin 1996) Néanmoins, les administrateurs doivent mettre l'épaule à la roue pour casser le mouvement d'inertie naturelle que la bureaucratie universitaire encourage.
Plus: ils doivent jouer le rôle d'arbitre entre les besoins des étudiants et ceux des professeurs. Bien sûr, il sont d'une certaine manière juge et partie puisqu'ils sont avant tout professeurs eux-mêmes; malgré cela, les administrateurs doivent s'élever au-dessus de la mêlée et ne pas jouer le jeu corporatiste.
Ce sont les administrateurs qui doivent exiger des preuves de compétence en enseignement dans les affichages de postes, défendre l'enseignement dans la négociation des charges de travail, créér des moments et des lieux pour parler d'enseignement C'est leur responsabilité de réveiller la passion d'enseigner !
Et la tâche d'un administrateur est énorme. Pierre Reid, recteur de l'université de Sherbrooke et président de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec: &laqno; La véritable restructuration budgétaire de l'université passe à plus long terme , au delà des mesures ponctuelles, par une réorganisation en profondeur de l'enseignement, des stratégies pédagogiques et des façons d'enseigner, ainsi que par un sérieux questionnement de l'organisation de la tâche des professeurs ». (Le Devoir, 14 février 1996)
Des méthodes renouvelées
Voici quelques pistes qui pourraient permettre de mieux servir les étudiants dans la période de pénurie relative dans laquelle nous sommes engagés. Mais je vous rappelle auparavant ces mots de Michel Conte: &laqno; Ce qui reste à faire est plus important que ce qui a déjà été fait.» (dans Nucomme dans un nuage)
1. Des étudiants plus actifs
Les étudiants eux-mêmes doivent prendre en main leur propre apprentissage. Le Règlement du 1er cycle de l'Université Laval expose déjà une déclaration en ce sens dès les premiers paragraphes: &laqno; L'enseignement universitaire nécessite la participation active de l'étudiant, agent principal de sa propre formation.» Maintenant, nous devons passer aux actes -et plus loin qu'en leur laissant choisir un certain nombre de cours au moment de l'inscription ou en leur présentant un certain nombre de cours optionnels.
D'abord, les professeurs doivent brancher les étudiants sur d'autres sources de connaissances qu'eux-mêmes; existent en effet d'autres sources, parfois tout aussi stimulantes pour les étudiants, comme la télévision documentaire, les livres, les logiciels pédagogiques, les multimédias consultables à distance, ainsi de suite.
Ensuite, les professeurs doivent effectivement permettre aux étudiants de se prendre en main en leur fournissant des Guides pédagogiques plus détaillés, en leur proposant des alternatives de cheminement (après les trois modules obligatoires, l'étudiant peut choisir sept modules parmi les douze autres), en leur proposant des échelles de succès (par exemple, quatre modules réussis donnent la note de passage, sept modules donnent une note moyenne, dix modules les plus hautes notes), et d'autres façons encore.
2. Rôle exclusif du professeur
Les contraintes budgétaires vont ajouter de la charge à la tâche des professeurs. Un premier moyen pour ceux-ci d'alléger leur tâche est de la partager avec d'autres.
Premièrement, avec leurs étudiants comme je l'ai suggéré dans la section précédente. Secondement, le faire plus largement avec leurs collaborateurs dont ils ne doivent plus craindre la "compétition": étudiants gradués-assistants de cours, responsables de formation pratique, chargés de travaux pratiques, techniciens, etc.
Un deuxième moyen est de s'orienter vers un autre rôle, d'autres tâches. Essentiellement, les professeurs doivent devenir des "penseurs-didacticiens". L'essentiel de leur tâche doit dorénavant consister à structurer les cours de manière plus raffinée dans un Guide pédagogique (Plan de cours) où les renseignements seront suffisants pour que l'étudiant puisse fonctionner pratiquement seul dans un processus d'auto-apprentissage (je sais, l'expression est à la mode, mais en plus, elle répond à une nécessité pédagogique); et ce sont leurs collaborateurs qui feront l'encadrement quotidien au long du trimestre avec l'aide de ce Guide.
Le professeur se réservera alors pour deux tâches: celle de motivateur, et celle d'interlocuteur privilégié. Il exercera son rôle de motivateur à des moments stratégiques, particulièrement devant l'ensemble des étudiants inscrits à un cours.
Il deviendra interlocuteur privilégié pour les étudiants qui auront "mérité" de le rencontrer (parce qu'ils, par exemple, ont un engagement spécial à proposer ou au contraire, parce qu'ils ont des problèmes marqués d'apprentissage).
3. Utilisation des outils de communication
Les professeurs doivent mettre au point un réseau d'information-communication serré autour d'eux. Un tel réseau leur permettra d'utiliser plus efficacement leur temps de communication avec leurs collaborateurs et leurs étudiants.
Par exemple, il faut pousser plus loin l'utilisation du réseau téléphonique moderne avec son service de messagerie sophistiqué.
Par ailleurs, un professeur sérieux peut-il travailler efficacement avec ses collaborateurs s'il ne fait pas un usage systématique du courrier électronique qui permet les "entretiens asynchrones", l'échange de documents entiers dans leur format original (traitement de texte, chiffrier, mise en page, images). Le courrier traditionnel ou les services de messageries privés permettent l'expéditions d'objets (par exemple, des enveloppes de retour pré-adressées et pré-timbrées par les étudiants, etc.)
L'ordinateur permet de mettre au point des façons diverses d'apprendre. De l'approche inductive qui était celle de leurs aînés, les jeunes privilégient l'approche déductive; de la linéarité du texte imprimé, l'appréhension de l'information est passée au foisonnement de l'hypertexte et de l'image; de l'écoute passive pour acquérir des connaissances, il est devenu possible d'y arriver par une inter activité immédiate.
Si bien que dorénavant, l'enrichissement de l'intelligence n'est plus accessible seulement aux rats de bibliothèques car les nouvelles technologies de l'information permettent justement à divers types d'intelligence d'accéder à la connaissance.
4. Des groupes plus grands
Les professeurs doivent envisager d'enseigner à des groupes de plus en plus nombreux. D'une part, la pénurie des ressources les y obligeront; d'autre part, des grands groupes plus nombreux libèrent du temps/professeur pour le contact en petits groupes là où c'est plus essentiel.
Mais, encore une fois, "enseigner à des grands groupes", cela doit signifier "penser l'enseignement d'un contenu pour un grand groupe" en fourbissant les outils (plan de cours, notes de cours, exercices, etc.) que des assistants géreront sur le terrain.
Un certain nombre de professeurs doivent donc abandonner l'idée qu'ils accomplissent leur tâche au mieux lorsqu'ils font des exposés magistraux. Denis Blondin, spécialiste de pédagogie universitaire rappelle que &laqno; le cours de type magistral, s'il est utile et même essentiel dans certains cas, n'est pas reconnu pour atteindre les niveaux supérieurs des objectifs pédagogiques.» ( Le Devoir, 29 novembre 1995)
5. Évaluer l'enseignement
Les étudiants ont droit d'évaluer l'enseignement qu'ils reçoivent. Malgré toutes les déclarations semblant favoriser cette évaluation, les professeurs déploient des ruses de Sioux pour ne pas subir cette évaluation. Ne faisons pas l'autruche: évaluer l'enseignement, c'est aussi évaluer le talent pédagogique du professeur. Et malgré ce qu'on peut en dire, ce sont encore les étudiants qui sont les meilleurs juges en cette matière.
Nérée Bujold, alors consultant en pédagogie universitaire de l'Université Laval concluait un rapport de recherche ainsi: &laqno; Il n'existe aucune méthode parfaite d'évaluation. De toutes celles que Murray a "investiguées", l'évaluation des cours par les étudiants semble être la plus fiable.» (État de la question sur l'évaluation de l'enseignement universitaire, Université Laval, 1987).
Mais beaucoup pensent que l'évaluation n'est présentement pas sérieusement prise en compte. Gunna Swanson de New Mexico University, écrit: &laqno; Why God Never Received Tenure at any University: [It is because] his student evaluations were mixed but teaching doesn't -really- count anyway.» (Liste de discussion semios-l@ulkyvm.louisville.edu, 16 août 1996)
Pourtant, comment prétendre donner de l'importance à l'enseignement sans évaluer en continuité les cours et les professeurs, de manière à ce que ceux-ci connaissent mieux leurs forces pour s'y appuyer, et mieux leurs faiblesses pour travailler à les corriger ?
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Mais je n'ai fait ici qu'évoquer de manière schématique une réalité complexe et effleuré quelques pistes parmi une pléthore de possibilités.
Cela étant dit, les administrateurs et les professeurs doivent faire équipe pour régénérer l'enseignement universitaire de telle sorte que les jeunes du prochain millénaire pourront profiter des richesses concentrées dans l'Université: une somme insurpassée de savoir, et une certaine dose de savoir-faire.
Je termine sur cette pensée du romancier brésilien, Paolo Coelho: &laqno; Le jeune homme avait compris qu'il y avait dans le monde un langage qui était compris de tous: c'était le langage de l'enthousiasme, des choses que l'on fait avec amour, avec passion, en vue d'un résultat que l'on souhaite obtenir ou en quoi l'on croit. Et il eut le sentiment qu'il pourrait conquérir le monde.» (dans L'Alchimiste)
Que cette découverte de la jeunesse redevienne celle des professeurs et des administrateurs d'universités !