Le bonheur publicitaire...

Le Bonheur publicitaire
corrompt-il notre jeunesse?

par Claude Cossette*, professeur titulaire
directeur du programme de Communication graphique
École des arts visuels, l'Université Laval

« Je pense qu'un homme
n'aime pas vraiment la vérité
sans qu'il y ait en lui
un iconoclaste
et un casseur d'idoles.»

R.L Bruckberger
prêtre, homme de lettre et cinéaste français


Conférence de clôture
du premier cycle des Grandes conférences de la formation continue
Les rendez-vous Université Laval / LeSoleil
prononcée le 22 novembre 1994
au pavillon LaLaurentienne de l'Université Laval


«Qualité de la vie.»

Y a-t-il expression plus contradictoire que celle-là? Bien sûr, notre vie a gagné en qualité sous certains aspects: moins de citoyens travaillent plus de 70 heures par semaine pour un salaire de crève-faim comme le font nos esclaves des Républiques de bananes d'Amérique centrale, ou ces fourmis disciplinées rivées aux chaînes de montage électronique de tous ces pays d'Asie communistes ou capitalistes.

Moins de bébés meurent nouveaux nés, moins d'adultes sont atteints de tuberculose, moins de pirates attaquent les voyageurs, etc. Du moins, chez nous.

Mais alors, comment se fait-il que le Canada se trouve confronté à des calamités aussi étendues que les faillites personnelles, le sang contaminé, le chômage chez les jeunes, ou les burnouts? Eh bien! regardons les choses en face: c'est que la morale prédominante des gens de la génération en place est la morale économique; le seul signe qui compte pour eux, c'est le signe de piastre; le seul Dieu qu'ils adorent, c'est le Dieu de l'argent.

Les pièges de la morale économique

Mais ce dieu Argent est un dieu vengeur. Même au risque d'empoisonner leurs malades, les responsables des banques de sang --en France, disons-- estiment qu'il en coûterait trop cher de jouer la carte de la prudence; les entrepreneurs ambitieux "purjutent le citron" de leurs cadres jusqu'au burnout et les jettent ensuite comme une vieille guenille (le monde de la publicité lui-même est particulièrement expert à cet art).

Les sacrifices au dieu Argent

Soyons réalistes et admettons que la performance à tout prix frappe d'infarctus les cadres élégants d'aujourd'hui aussi sûrement que le charbon tuait les mineurs du Germinal de Zola. Quand le succès financier est le critère le plus important pour la "qualité de vie", bien des apprentis sorciers sont prêts à se tuer à l'ouvrage, à écraser les autres à mort pour... des vêtements Hugo Boss, une berline allemande, un cottage décoré-paysagé dans le Boisé de St-Machin, les vacances au Club Med.

Mais pour obtenir tout ça, il faut sacrifier quelque chose: la souplesse des horaires (l'agenda limite la disponibilité aux relations humaines), les moments de vrai congé (on travaille aussi sur le golf... quand ce n'est pas à Cancun), la vie familiale (l'obligatoire ubiquité géographique gruge le temps familial), ainsi de suite.

Et puis, si des enfants ne voient plus leur père, « c'est pour eux » s'exclame le père esclave de l'activisme. Faut bien deux revenus pour leur payer le SuperNit et les cassettes à 100$ (« Ça développe leur rapidité d'esprit, leur capacité de raisonner... » argumente-t-on), les camps d'été (puisqu'on n'est pas là pour s'en occuper), les écoles privées (qui encadrent tellement bien --ce que les parents d'aujourd'hui sont difficilement capables de faire).

Des jeunes pas si naïfs

Dans notre société de l'argent, soumis aux pressions de la publicité, même des adultes pas si naïfs s'imaginent que les objets peuvent remplacer l'amour. Si bien qu'aujourd'hui, le cadeau le plus rare qu'on puisse recevoir, c'est du temps, du temps consenti par des parents, des amis, des professionnels, des inconnus.

Et ça, les jeunes commencent à le ressentir; et ils ne sont pas d'accord avec cette façon de voir. Ils ne veulent pas tomber dans le même piège que leurs parents. Ils résistent --sur le plan individuel et de manière tacite, mais ils résistent. C'est ça que les nouveaux entrepreneurs ressentent: « Il est de plus en plus difficile de trouver des jeunes "qui acceptent de travailler"» prétendent-ils. Ce n'est pas que les jeunes ne veulent plus travailler, c'est qu'ils n'acceptent plus de devenir esclave pour un salaire. Ils ont compris que, dans la jungle de l'excellence économique, ils ont plus de chances de devenir excellent dans d'autres domaines moins tuants: découvrir le plaisir de jouer de finesse à Dongeons & Dragons, mettre ses espoirs dans le développement d'une famille, respecter son corps en misant sur les aliments biologiques, soigner son âme en cheminant dans la spiritualité exotique.

Mais si un certain nombre de jeunes résistent, un plus grand nombre encore seront abusés pendant 10, 20 ou 30 ans avant de se réveiller... alors seulement qu'ils ne sont plus jeunes du tout: sans s'en rendre même compte, ils gobent sans esprit critique ce que la société leur propose comme modèles, en particulier par les massmédias.

Le rôle néfaste des massmédias

Aucune société n'échappe à l'envahissement tentaculaire des massmédias, de la simple radio de brousse ou radio pirate, à l'autoroute électronique réservée aux riches de la technologie. Les massmédias peuvent servir à rassembler même par delà les frontières les individus isolés: qu'on se rappelle le réseau de solidarité internationale qu'a permis la radio amateur. Les massmédias peuvent aussi servir à isoler les individus: nous subissons tous, ces mois-cis, la pression de "l'économie qui veut économiser" en branchant les citoyens à l'autoroute électronique, qui seront désormais isolés devant leur écran parce qu'ils travaillent chez eux, font leurs achats à distance, ne parlent plus même à leurs "amis" que par Poste électronique. Tous les moyens de la communication de masse --publicité, relations publiques, presse-- sont mis en oeuvre pour que chaque citoyen exige son numéro de code mondial de l'Internet.

La publicité, porte-voix de l'économie

Bien sûr, les massmédias sont un rouage important de l'économie. Ce sont eux qui affichent la vie sociale des riches et puissants, ce sont eux qui diffusent les messages persuasifs dont l'économie a besoin pour tourner, ce sont eux qui soulignent le rôle social si utile joué par les entreprises. Ce sont --de temps à autre!-- eux qui révèlent les collusions entre les politiciens et le monde de l'argent.

Les massmédias sont financés principalement par les revenus publicitaires. Même les réseaux d'état (Radio-Canada ou Radio-Québec) ne peuvent survivre sans les revenus générés par la publicité ou autres commandites. Or le rôle de la publicité, c'est de répéter sans cesse et sur tous les tons que "c'est en consommant qu'on est heureux". Tous les messages publicitaires sont construits pour faire rêver... au bonheur, au bonheur consommatoire. Dans ce processus tel qu'il fonctionne, c'est ultimement l'économie qui profite de nos rêves de bonheur.

Il n'y a pas si longtemps encore, l'économie se contentait de fournir des produits, des objets, à la consommation de masse. Aujourd'hui, l'économie fait flèche de tout bois et --pour garantir des marges de profit toujours plus larges exigées par les investisseurs et les capitaines des grosses multinationales-- mise surtout sur les services, des loisirs à la religion. Jean-Pierre Moisan, un spécialiste de Price-Waterhouse précise: « [Les commerçants] veulent satisfaire des besoins qui ne sont pas que primaires, mais aussi tertiaires et même psychologiques.» (rapporté par Claude Turcotte dans LeDevoir du 9 octobre 1994)

Effectivement, qu'est ce que susurrent les massmédias aux oreilles de notre jeunesse? Que le sexe, l'argent, la puissance et la gloire sont les seuls moyens de parvenir au bonheur. Toute personne de 50 ans sait bien que ce n'est là que mensonges. À coups de millions$ pour empocher des millions$, les grandes entreprises exécutent à coeur d'année pour notre jeunesse des lavages de cerveaux aussi machiavéliques que les plus terribles internements psychiatriques du Père Staline.

Ces imbattables superhéros

Et quelles images de l'Être humain présentent à nos jeunes les massmédias? Des superhéros, rien que des superhéros. Superhéros du sexe (Claudia Schiffer --quelle fille peut prétendre être aussi belle?), superhéros de l'argent (Pierre Péladeau --quel jeune peut prétendre être aussi rusé?), superhéros de la puissance (Arnold Swartzennegger --qui peut ainsi lutter et gagner contre le monde entier?), superhéros de la gloire (Céline Dion --quel jeune artiste peut comme elle conquérir la richissime Amérique et vendre cinq millions de disques en quelques jours?)

Or ces superhéros sont inimitables: les rêves que les jeunes imaginent à partir de ces modèles sont devenus inatteignables. Si bien que la distance entre le rêve et la réalité devient pour eux de plus en plus frustrante. Les jeunes désespèrent, dépriment, abandonnent, se réfugient dans la neutralité, l'indifférence. Effectivement, à voir tout ce que ces superhéros des massmédias peuvent faire, ce qu'une personne ordinaire réussit à réaliser dans une vie ordinaire a toujours l'air banal. C'est ainsi qu'un certain nombre de jeunes n'osent plus viser un idéal... et en viennent à perdre le sens de leur vie.

Les jeunes manquent de ressort? Non. Dans ce monde fou qu'est celui de la société massmédiatique, il leur reste deux issues. La première: devenir les meilleurs dans des champs inexplorés des générations précédentes (mais ces champs sont rares): en informatique, ils "clenchent" les plus vieux. La deuxième: remettre en question la société de l'argent, et se réfugier dans la marginalité économique. « On va vivre pauvres, mais on sera heureux » se disent certains parmi les plus intelligents. « On ne nous embarquera pas dans ce cirque de la productivité à tout prix.»

La fuite dans le "virtuel"

Pire encore, parce que le monde réel est trop dur, d'autres parmi les plus fragiles, s'esquivent et s'enferment dans "le monde virtuel". On pense que le monde virtuel est à venir mais il est déjà là. Il est de plus en plus présent à mesure que les massmédias sont devenus de plus en plus puissants, en particulier depuis que les téléviseurs sont plus nombreux que les enfants dans les foyers.

Des orgasmes de papier

Déjà les loups de l'économie les attendant au tournant; même dans le monde virtuel, ce sont les rois de l'argent qui sont maîtres de jeu. Claude Turcotte: « Les Japonais ont inventé une plage intérieure.[...] Une compagnie californienne est en train de préparer un théâtre circulaire à l'entrée d'un parc national où l'on pourra vivre l'expérience des endroits les plus excitants... sans y mettre les pieds.» Qui prend le temps, au jour le jour, de regarder le soleil se coucher? ou d'écouter un filet d'eau gazouiller? Le contact avec notre Mère Terre est en train de se perdre. Et puisque pratiquement personne ne la connaîtra bientôt plus en profondeur, combien de jeunes resteront pour la défendre quand elle sera violée de toutes parts?

Bien sûr, la réalité "virtuelle" est attirante pour les jeunes car elle est facile à maîtriser: c'est moins compliqué d'obtenir ses orgasmes en feuilletant un Playboy ou en visionnant une vidéocassette Penthouse Pet of the Month III que d'investir temps, énergie et complicité pour les labyrinthiques approches d'un partenaire de la vie réelle. D'autant plus que dans un monde fou fou fou propre propre propre comme le nôtre, à s'engager dans une approche hétérosexuelle traditionnelle, on risque d'être accusé de harcèlement sexuel. Et, de toute manière, cela demande moins d'énergie et de courage de délivrer la Princesse de Super Mario Bros que de partir faire La Course autour du monde de Radio-Canada.

Ce n'est pas que les jeunes rechignent à la fatigue ou au risque. C'est nous qui les tenons dans la ouate et qui n'osons plus leur proposer des défis stimulants; on les a habitués à tout obtenir facilement: l'argent, les bonnes notes et l'estime de soi. (Mais comme le disait Le Cid de Corneille: « À vaincre sans péril on triomphe sans gloire.»)

Effectivement, les jeunes ont fini par comprendre que, dans cette société-là, le virtuel est plus gratifiant que le réel. Prenons par exemple l'apprentissage du piano: jouer pour vrai prend trois ans --pour pouvoir pianoter un peu-- alors que le Rapman de Casio à 150$ nous donne déjà sans temps ni effort l'impression d'être un artiste. Si bien que chaque jeune a l'impression qu'il sera encore meilleur si le clavier qu'il achète coûte 1500$ au lieu de 150$ --même s'il ne connaît rien au solfège. Avoir un clavier donne désormais plus de satisfaction qu'être musicien.

D'autant plus que, dans notre société du superficiel, de l'apparence, voire du faux semblant, qui s'intéressera à vos problèmes d'apprentissage du piano? combien connaissent le solfège? qui connaît les musiciens du passé? Du jeune diplômé du secondaire au détenteur d'un baccalauréat de l'Université Laval, nous sommes tous devenus des techniciens au service de l'efficacité économique. Par contre, si vous parlez de votre clavier Casio, plein de gens se trouveront intéressés, par l'électronique, au moins... ou par le nombre de ses touches... ou par le prix astronomique qu'il a coûté. Bref, c'est plus gratifiant de parler Casio que de parler Steinway.

Bien! comme l'a répété la publicité: « C'est dans la tête qu'on est beaux! » On peut donc comprendre que les jeunes "tripent" sur le talent "virtuel".

Le nivellement par le bas

Mais le virtuel n'est qu'un ersatz de réalité: la réalité présentée par les massmédias est une réalité "fabriquée", artificielle. Fabriquée parce qu'elle n'est que décor et comédie, fabriquée parce qu'elle n'est construite que pour répondre aux besoins de l'économique... qui se nourrit du grand nombre. Ainsi en va-t-il de la beauté. Quelle sorte de beauté propose-t-on dans les massmédias dont les jeunes sont si friands? quelle culture leur sert-on? De la petite bière, comme disait le barman. Des produits édulcorés, comme dit la diététiste.

Eh oui! comme les massmédias s'adressent --de par leur nature même-- à la masse, les messages doivent être nivelés au plus petit dénominateur commun. La culture savante est conspuée. Les classiques d'hier n'existent plus; maintenant, seules les oeuvres à l'affiche aujourd'hui sont "classiques". La culture, c'est désormais ce que les massmédias offrent. Pas réjouissant!

Et tout jeune est contraint de se mouler à cette culture de masse: lequel peut prétendre participer à la culture québécoise sans avoir vu Scoop? Les outsiders sont rapidement ramenés à l'ordre. Bruckberger écrivait (dans Ce que je crois, Grasset) : « Dans cette massification de nos sociétés et des activités essentielles de nos sociétés, le singulier est de trop. Ce qui veut dire que l'homme, dans ce qu'il a de plus précieux, sa singularité, est de trop.» Dans ces conditions, qu'est ce donc qu'un artiste de nos jours, sinon celui qui répond à des critères de comités, d'organismes subventionnaires, de popularité, de massmédias.

Or l'artiste n'est-il pas celui qui crée par nécessité intérieure, et non pas pour répondre à la commande, que ce soit celle des amateurs, des galeries ou des "imprésarios" de tout poil. Hélas, ici comme ça l'était dans la Russie soviétique, les "individus trop individualistes" sont rejetés sur les marges de la société. Quand on n'est pas "normal", on risque de se faire normaliser par tous les moyens dont la société dispose, de la prison à l'hôpital psychiatrique.

Rationnellement médiocre

D'autant plus que dans une société matérielle comme la société capitaliste qui n'est qu'une société de l'argent et de l'objet, toute décision doit répondre à des critères rationnels. Le monde matériel est un monde de la raison... jusqu'à l'absurde. Quelle place peut-on faire dans un tel monde --dites-moi-- au spirituel, à la beauté, à la générosité, au sacrifice de soi, à l'amour? Bruckberger fait remarquer: « On peut comprendre comment une société [comme la société soviétique] dont le but pratique est la rationalisation, secrète nécessairement la médiocrité généralisée.» En effet, quand tout s'appuie sur des décisions rationnelles, il ne reste plus de place pour la gratuité, pour les réalisations qui sont le résultat d'un appel intérieur, d'un idéal.

Bruckberger ajoute: « Je me demande sincèrement si en Occident, la pression des massmédias, et particulièrement de la télévision, n'aboutira pas au même résultat [qu'en Russie]. La plus haute des civilisations tombe rapidement en décadence quand elle ne dispose plus, pour illustrer son génie profond, d'être originaux d'une irréductible singularité.» Seuls quelques rares saints ou artistes peuvent survivre encore à la pression du nombre. Quelle place notre société laisse-t-elle à un jeune qui caresse un grand idéal? Y a-t-il encore une place dans notre société de l'efficacité organisée pour un jeune qui est véritablement créateur?

Aujourd'hui, on bourre nos jeunes de connaissances pratiques et ce n'est que bourrage de crânes. Qui croit encore au pouvoir de l'imagination... sinon quelques scientifiques visionnaires comme l'était Einstein et qui disait: « L'imagination est plus importante que le savoir.» Et il savait de quoi il parlait, lui qui a révolutionné la physique toute entière et changé pour les générations futures, la façon de voir le monde.

De même Saint-John Perse, le célèbre poète prix Nobel, disait dans son discours de réception en 1960, au moment où la conscience des jeunes de ma génération était au plus vif: « Quand on mesure le drame de la science moderne qui va même jusqu'à réclamer pour le savant le bénéfice d'une véritable "vision artistique", n'est-on pas en droit de tenir l'instrument poétique pour aussi légitime que l'instrument logique? »

Mais, dans le Québec moderne, positiviste, efficace, qui est prêt à donner la place qui leur revient aux idées de mages comme ceux-là?

L'économique étouffe la créativité

En effet, malgré tous les Félix et Galas de L'ADISQ, quel jeune peut avoir une vision artistique personnelle quand tout est nivelé par le laminoir de l'ordre économique. Certains papes du pop prétendent que les jeunes d'aujourd'hui sont plus mûrs que ceux d'autrefois et qu'ils savent se défendre face à la publicité. Joël-Yves Le Bigot, responsable de l'International Education and Development (?) et de l'Institut de l'enfant de Paris, se réjouit du mode de vie des jeunes (dans La Pub, Éditions Autrement): « Regardez comment ils se sont branchés sur les radios libres [c'est-à-dire privées]; songez qu'ils passent autant de temps avec leur poste de télé qu'avec leur père ou leur prof. Ils sont éveillés de façon précoce à des questions complexes, bien mieux préparés que leurs parents à la civilisation médiatique de demain.» Amen!

En réalité, sous des habits scientifiques, Le Bigot est un chercheur payé par les dollars publicitaires; il cherche chez les jeunes les failles motivationnelles qui permettront aux marketers de leur vendre toujours davantage... en leur promettant le Bonheur publicitaire. Pourtant, toute personne mature --qui n'est pas en conflit d'intérêt et qui a participé à l'éducation d'enfants-- sait bien que ce n'est pas parce que le vocabulaire est plus étendu ou que les connaissances encyclopédiques sont plus vastes qu'une jeune intelligence peut faire de l'interprétation, des déductions, des extrapolations, de la critique ou découvrir les principes d'organisation de réalités complexes. Je dirais même que les jeunes sont floués par les massmédias qui, à coup de quiz bébêtes, leur laissent croire qu'ils sont intelligents. Et parfois, ça va jusqu'au détournement de valeurs nobles.

Qu'on pense à une campagne comme celle de l'italien Luciano Benetton. Avec les photos choc de Oliviero Toscani et son slogan « United Colors of Benetton », cette entreprise de vêtements a réussi à occuper les cerveaux des jeunes 15-30 ans. Au départ, les stratèges Benetton avançaient une idée qui paraissait généreuse: « Il ne doit pas y avoir de discrimination raciale... c'est ce que nous pensons chez Benetton » semblait dire la publicité. Avec des images gentilles qui mettaient en scène des jeunes de toutes races, Benetton semblait vanter la fraternité universelle. Mais ce que Benetton faisait en réalité, c'était ancrer dans les jeunes esprits l'idée que les jeunes ouverts au monde portent des vêtements Benetton.

Puis, sans agence de publicité et sous la gouverne du photographe Toscani, Benetton s'est amené avec une nouvelle stratégie plus machiavélique encore: on s'est mis à enfoncer des tabous... sachant bien que ce faisant, on décuplait le rendement publicitaire puisqu'on obtenait de l'espace éditorial gratuit dans lequel on discutait le pour et le contre de ces nouvelles campagnes. Résultat: un mourant sidatique entouré de sa famille, un militaire sauvage tenant le fémur de son ennemi, les boat-people risquant leur vie pour survivre, le corps sanglant d'une victime de la guerre civile... servent désormais à augmenter la notoriété de la marque Benetton, à vendre des vêtements portant cette griffe, donc finalement, à remplir les coffres de Luciano Benetton. Et ce sont les jeunes qui sont les dindons de la farce puisque ce sont eux qui payent le prix fort quand ils désirent se parer d'une marque qui jouit désormais d'une notoriété forte. Voilà donc un exemple précis qui montre comment le Bonheur publicitaire corrompt la jeunesse.

Comment revenir sur terre

Bien! J'ai assez parlé du Bonheur factice que promet la publicité. Est-ce là la société que nous allons léguer à nos enfants? Sommes-nous si engourdis par les massmédias que nous continuerons de nous taire? Quel Québec laisserons-nous à nos enfants?

Superhéros à vendre

Jean-Marc Parent, l'humoriste-monologuiste, a passé cette vérité entre les dents des supervedettes présentes au Gala de L'ADISQ le dimanche 16 octobre 1994: « On prend des allures de "plus importants". [...Tsé!] Je veux pas vous faire de peine, mais y a pas personne ici, à la grandeur de la salle [...Tsé!] qui est plus important qu'un plombier, qu'un notaire, qu'un avocat.» Jean-Marc a bien raison: les superhéros ne sont pas plus importants ni valeureux que n'importe quel jeune bien ordinaire. Les jeunes doivent savoir ça. Il n'y a pas de Québec d'avenir, pas de Québec autonome, pas de Québec vivable s'il ne nous faut compter que sur les superhéros; les superhéros, c'est de la frime. Chacun de ceux-là sait bien --et en dépit du masque qu'il porte dans les talk show-- que la vie de clinquant ne lui garantit pas le Bonheur.

Nous mêmes --gens ordinaires, gens de gros bon sens, gens de bonne volonté--allons-nous continuer de jouer le jeu des superhéros? des massmédias? de la publicité? de la consommation? de l'objet porte-bonheur? Allons-nous continuer de laisser croire que l'argent est le premier critère pour évaluer la valeur d'une personne? d'un pays? Les chefs politiques endettent chacun d'entre nous, citoyens, pour plusieurs dizaines de milliers de dollars, hypothéquant ce faisant, l'avenir de notre jeunesse. Ces milliards sont pour la plus grande part, dépensés pour procurer des bébelles aux citoyens ébahis, ce sont "le pain et les jeux" que les Césars de Rome offraient à la populace pour endormir leur esprit.

Voltaire se trompait: ce n'est pas la religion qui est l'opium du peuple, qui gèle les esprits; ce sont les biens vantés par la publicité. C'est l'argent du développement de l'intelligence, du partage international, du temps de méditation qui est ainsi gaspillé en aéroports plus luxueux, en super autoroutes, en buildings hermétiquement climatisés, en gadgets électronico-militaires plus sophistiqués.

Comment se fait-il que le citoyen ordinaire se laisse ainsi voler son argent donc son temps --et peut-être même son âme-- par les élites en place? Par un effet de conséquence de la complicité naturelle entre les massmédias et l'élite bourgeoise. Les massmédias ouvrent large leurs portes aux gens en place qui profitent gratuitement des antennes pour répandre leurs valeurs de puissants, de riches, de beaux, de célèbres. Au besoin, on met au point une série Riches et célèbres pour faire saliver les petites gens. Sur quoi? Sur le faux bonheur que semblent procurer les objets. Les riches s'offrent eux-mêmes en modèle aux pauvres... qui s'endettent à vouloir les imiter. Et à qui le citoyen endetté doit-il cet argent? À ceux qui se présentent comme modèles dans les massmédias, ceux qui possèdent déjà l'argent. Scandaleux!

La morale de la piastre

Dans ce monde-là, tout est mesuré à l'aune de l'économie. « Combien ça coûte? Combien ça rapporte? » Voilà les questions toujours à l'esprit de ce monde-là. Évidemment... la droiture morale d'un jeune, l'amour d'une mère, la disponibilité d'un père, sont des variables tellement secondaires quand il s'agit de mesurer le produit national brut.

Impact Campus du 12 octobre dernier rapportait une citation du grand généticien Albert Jacquard qui parlait devant les invités de la Fondation Solidarité Pauvreté Limoilou. Jacquard lançait dans une formule elle-même médiatique comme il sait si bien les buriner: « J'accuse l'intégrisme économique.» Oui, dans le Québec moderne, l'intégrisme économique est plus dévastateur que l'ancien intégrisme catholique. Si l'ouverture à la vie, la solidarité humaine, l'hospitalité envers les étrangers, la prudence écologique, toutes ces qualités des gens des sociétés pauvres s'en vont chez nous à vau l'eau, c'est que la pensée économique à courte vue est dominante et ne laisse plus de place à d'autres approches de la réalité. Tout dans nos pays se chiffre en signe de piastres, sans quoi on est facilement accusé de "déraisonnable", ce qui apparaît aux yeux de tous comme la pire des insultes.

Pourquoi s'étonner alors que certains jeunes soient prêts à voler ou à tuer pour de l'argent. Je lisais récemment que deux jeunes de Chicago, âgés d'une douzaine d'années, ont tué une grand-mère pour lui prendre quelques dollars; vous avez lu des histoires d'horreur semblables qui sont arrivées à Londres, Paris... ou Charlesbourg. Si l'argent est la valeur la plus importante, les autres valeurs le sont moins. Les références morales fondamentales deviennent plus floues, s'estompent dans la brume du plaisir immédiat.

Il arrive même que, dans notre société, ceux qui sont d'une grande rigidité morale passent pour des fous. Ces Témoins de Jéhovah qui ont la réputation d'une honnêteté scrupuleuse ont l'air bizarres dans notre monde. Une personne "normale" joue normalement sur les franges de l'honnêteté. Conséquemment, tout bureaucrate "normal" présume que le citoyen "normal" est un fraudeur moyen.

Donc, c'est nous qui corrompons notre jeunesse, qui lui présentons "des vessies pour des lanternes", qui lui affirmons que tout se juge à l'étalon or. Reconnaissons au moins avant de laisser notre place à la génération suivante que le Bonheur, lui, ne se mesure pas à l'aune de l'économie. Laissons à nos jeunes un vrai héritage: admettons que nous nous sommes trompés. Avouons que nous n'avons pas trouvé le Bonheur dans l'argent, les biens matériels, les objets et le mode de vie vanté par la publicité.

Les générations à venir nous en seront reconnaissantes. Autrement, nous les abandonnons à la petite mort de la société "virtuelle" que j'ai esquissée plus haut.

Sans cul ni tête

Les deux tiers de l'humanité s'essuient encore avec leurs doigts quand ils font leurs besoins. Des sauvages? Aux yeux des vendeurs de papier, oui: ils évaluent l'avancement de la civilisation à la consommation de papier per capita. En Amérique, nous sommes les plus cultivés: nous consommons plus de 300 livres de papier par personne et par année. Et puis, la compagnie Scott prend soin de nos fesses québécoises car il produit du papier hygiénique québécois (!) White Swan à ses usines québécoises de Lennoxville et de Hull. Des rouleaux de papier doux --oui, Madame--, double épaisseur --oui, Monsieur--, rouleaux eux-mêmes emballés dans une feuille de cellophane, et insérés 24 à la fois dans des boîtes de carton ondulé. Civilisés que nous sommes? Non: sauvages plus sauvages que les sauvages à dilapider ainsi nos ressources naturelles. Dans notre société du gaspillage, vous devinez le rôle qu'ont joué la publicité et les massmédias en général pour nous convaincre de dévaster notre planète par notre surconsommation de biens matériels.

Ainsi, grâce aux sommes investies année après année par un des plus gros annonceurs au monde, Colgate-Palmolive, la publicité a réussi à convaincre tous les nord-américains qu'il valait mieux être plus propres que propres... même au risque de détruire nos rivières par les phosphates. Quel gâchis!

Le Bonheur par le gaspillage

Le Bonheur vanté par les chantres de l'économie, les publicitaires, se fonde sur le gaspillage. Un thuriféraire de la publicité comme le français Jacques Séguéla qui est tout de même le président de la 1re agence française --ou de la 2e, selon les années--admet cela dans l'enthousiasme: « Nous ne pouvons nous développer qu'en société de surconsommation. Ce surplus est le nécessaire du système. [...] Ce système fragile perdure seulement par le culte de l'envie.» (dans L'argent n'a pas d'idées, seules les idées font de l'argent, Éditions Hoëbeke)

Séguéla est heureux: l'activité familiale préférée est désormais d'arpenter hebdomadairement les centres d'achat. Le psychanalyste Erich Fromm résume cette situation dans une formule dans laquelle beaucoup de promeneurs du dimanche se retrouvent: « L'homme moderne trouve son bonheur dans la fièvre du lèche-vitrine, et dans le fait d'acheter tout ce qu'il peut acheter, que ce soit comptant ou à crédit.» (dans L'Art d'aimer) Le centre d'achat est devenu le forum ou l'agora de l'an 2000. Sauf qu'on ne va plus là pour défendre la démocratie mais pour faire tourner l'économie.

L'ébahissement face à la publicité est aujourd'hui incrustée dans les mentalités au point que même les publicitaires subissent l'influence de la publicité. Dianna Carr de l'agence Foug de Montréal, est doublement conceptrice puisqu'elle était enceinte l'été dernier. Son coeur de maman étant exacerbé, elle ne voyait que les bébés qui remplissaient comme toujours les écrans publicitaires. Se désolait-elle de voir ainsi ces gentils poupons utilisés pour faire sonner les caisses enregistreuses des annonceurs? Nullement. Elle écrivait dans Le Devoir du 8 juillet 1994: « Drambuie montre [...] des papas et des mamans. Isuzu affirme qu'il faut à mon marmot un espace inversement proportionnel à sa taille. Et Michelin sacre un roitelet dodu trônant dans son pneu. [...] De quoi ai-je besoin au juste? De pneus neufs ou d'une bonne rasade de Drambuie?» Tout ça était dit sur le ton de l'humour, bien sûr, mais Dianna révélait tout de même dans cet article une de ses angoisses prénatales.

Gouverner par la publicité

Ce n'est plus seulement les publicitaires qui adorent --littéralement-- la pub, mais tout un chacun. Les jeunes déboursent une place de cinéma pour ingurgiter 90 minutes d'annonces publicitaires parce que ce sont des Lions de Venise ou des Palmes de Cannes. Qu'on songe qu'une société d'état comme Radio-Québec a subventionné a coup de centaines de milles dollars la série Fous de la pub. Dispose-t-on là d'une émission éducative? Pendant 30 minutes chaque semaines, un crédible Rémy Girard s'échine à nous convaincre que les messages publicitaires qu'il nous montre sont tous géniaux. Piètre éducation! De commentaires critiques? Pratiquement jamais. Évidemment, la série a été construite par des encenseurs professionnels de la publicité.

La publicité fascine tout le monde y compris les universitaires qui sont toujours habités par la vague impression d'être hors jeu quand ils ne trempent pas les pieds dans "la vraie vie". Les annonces publicitaires sont acceptées comme sujet de travaux longs en sociologie ou en anthropologie, servent d'arguments visuels aux professeurs d'administration, sont rassemblées en corpus pour la réflexion éthique des moralistes, quand ils ne sont pas tout simplement parsemées, découpées en petits morceaux, dans les exposés trop sérieux de chercheurs en physique ou en sciences de la santé.

Les sérieux penseurs universitaires sont eux-mêmes happés par le typhon culturel qu'est devenue la publicité. Même une sommité universitaire comme Roland Barthes a accepté de travailler pour Publicis, la 1re agence française en son temps --en échange, dit-on, d'aide reçue pour son étude sur la mode et l'automobile (rapporté dans Boutelier D. et Subramanian, D. Le Grand bluff: pouvoir et argent dans la publicité). On estime que c'est Barthes qui a fait prendre le virage le plus important de l'après-guerre en matière de nomination des modèles d'automobiles alors qu'on a convaincu Renault d'identifier ses voitures par un R suivi d'un chiffre; le premier modèle lancé dans cette voie fut la R-16.

On peut aussi penser à la complicité qui s'étoffe chaque année un peu plus entre les politiciens et les publicitaires. Au Canada, cette connivence reste un peu occulte; les publicitaires ont un peu mauvaise conscience à manipuler les consciences dans un domaine aussi hautement moral que la démocratie. Peu de président d'agence se vante donc d'avoir consacré gratuitement son temps à un chef de parti en lice; on sait pourtant que c'est là un échange de bons procédés entre gens de pouvoir. Or, sauf dans le monde restreint de la profession, qui connaît le publicitaire qui a contribuer à faire élire Chrétien ou Parizeau?

Il en va autrement en France où les stars de la pub se "pettent les bretelles" à ce sujet. Miterrand qui vient de la gauche socialiste, avait une image négative pour le français majoritaire; qu'à cela ne tienne! À pleins panneaux-réclames, le président Jacques Séguéla fait paraître Miterrand sur fond de clocher d'église avec un slogan soft: « La force tranquille.» Miterrand a gagné la présidence... parce que Séguéla l'a fait connaître? Je ne sais pas. Mais je sais que Miterrand a ainsi fait connaître Séguéla.

La pub envahissante

La publicité est désormais omniprésente. Elle se déguise en infomercial, en publireportage, en n'importe quoi. Mais qui s'en plaint? Les recherches le démontrent à répétition, le peuple aime cela. Je pense personnellement que la publicité constitue présentement le véhicule culturel le plus puissant dans nos sociétés capitalistes. Je risquerais: plus encore que la musique ou la chanson. Pourtant, quel massmédia dispose d'une chronique régulière pour évaluer les annonces publicitaires les plus remarquées, les soupeser, les critiquer? (Le Devoir publie Patrick Pierra dans son cahier économique le samedi.) Les articles sur la publicité sont généralement écrits par des publicitaires ou par des personnes qui en vivent, ces papiers ne sont que des encensoirs déguisés. Ils sont souvent bien écrits et bien documentés, mais peu critiques. Comme le faisait remarquent Tilliette et Barthélémy (dans La Pub, Éditions Autrement): « Cette pub qui n'a de cesse de nous provoquer à travers tous les médias reste encore un des sujets tabous de la grande presse. de peur que les annonceurs désertent ses colonnes. d'où le paradoxe: plus la publicité fait de bruit, plus elle impose le silence sur son fonctionnement réel.»

L'État lui-même est devenu le plus gros annonceur au Québec, de même que l'état fédéral au Canada. La publicité de l'État est-elle plus morale parce qu'on peut la qualifier de "sociétale" comme le fait mon collègue Jacques De Guise du département de Communication-information? Au contraire, la publicité sociétale s'attaque plus directement encore à nos manières de penser. La publicité de biens pervertit les âmes par effet dérivé, alors que c'est dans son objectif premier que la publicité sociétale vise à influencer nos manières profondes de penser, nos attitudes et nos comportements. Au moins, sous le gouvernement Nazi, Josef Goebbels était clairement nommé "ministre de la propagande". Je ne dis pas qu'il ne faut pas faire appel à la publicité pour promouvoir des causes hautement morales; je dis simplement que cette publicité est, clairement dit, de la propagande, et qu'il faut regarder cela avec un oeil critique d'aussi près qu'on le fait, disons, pour l'atteinte à la vie privée que peut constituer l'élaboration de fichiers informatiques. Or peu de chercheurs --ou de journalistes-- ont réalisé des travaux sérieux en cette matière au Québec.

Une autre piste pour agir

Alors, comment nos jeunes se défendront-ils du Bonheur publicitaire qui les corrompt? En prenant eux-mêmes leurs affaires en main. En apprenant, comme on apprend à lire et à écrire, à démasquer les stratégies persuasives cachées sous les apparences anodines de la beauté ou de l'originalité.

Comment des jeunes intelligences peuvent-elles accepter de se laisser parler comme le fait, par exemple, MTV dans la publicité destinée aux entreprises susceptibles d'y annoncer: « ACHETEZ CE JEUNE DE 24 ANS ET OBTENEZ EN MêME TEMPS TOUS SES AMIS EN PRIME » dit le titre. Et le texte continue: « Si ce jeune ne connaît pas votre entreprise, vous êtes fait. C'est un leader d'opinion. [on montre un jeune évaché dans un fauteuil avec une télécommande à la main] Il regarde MTV. Ce qui veut dire qu'il sait beaucoup de choses comme quel CD acheter ou quel film voir. Il sait aussi quelle auto conduire, quels vêtements porter, et avec quelle carte de crédit les acheter. Et il se tient continuellement avec des copains. Ce qu'il aime manger, ses amis aussi en mangent; ce qu'il aime porter, ses amis aussi en portent; d'habitude, ce que lui aime, son entourage aussi aiment ça. Par contre, ce dont il n'a jamais entendu parler... eh bien... vous comprenez ce que nous voulons dire. MTV un maudit bon moyen d'influencer la génération MTV. » Eh bien, des annonces comme celle-là, ou d'autres qui vantent la déchéance morale, la violence sous toutes sortes de formes, qui présente le vice sous l'apparence de la vertu, il y en a plein les émissions destinées aux jeunes. Branchez-vous sur MusiquePlus, ou lisez Max ou Interview.

Je vous laisse méditer sur ces quelques exemples d'annonces qui, à mon avis, travaillent à corrompre notre jeunesse. Ces annonces viennent de la presse écrite; je vous laisse imaginer la force décuplée que de tels messages peuvent avoir quand ils sont diffusés par la télévision.

Certains exemples ont de quoi hérisser le poil des moins chatouilleux. D'ailleurs, certains jeunes se sont rassemblés pour se défendre contre les miroitements de la culture de masse et les assauts de la publicité. Par exemple, un groupe de jeunes de l'Ouest ont formé la Media Foundation (1243 West 7th Ave. Vancouver BC V6H 1B7 1-800-663-1243) qui publie un excellent trimestriel Adbusters. Dans Adbusters, on trouve plein d'articles critiques sur notre société de masse et surtout, on y propose des outils pour sensibiliser les jeunes à ce qu'est la manipulation médiatique et des outils pour les aider dans leurs actions: vidéocassettes, posters, annonces télévision, etc. Adbusters suscite la créativité anti-publicitaire chez ses lecteurs.

Parfois, cette contrepublicité créée par les jeunes manque de goût (sans jeu de mots!). Mais ce dont je suis sûr, c'est qu'elle suscite et suscitera dans l'avenir un intérêt de plus en plus grand pour un mouvement de défense contre l'envahissement massmédiatique et publicitaire. Et je m'engage à les aider. Suis-je en train de cracher sur le pain qui m'a nourri? Il faut bien recracher la nourriture qui est poison.

Oui, je pense que les publicitaires s'acharnent à coincer nos jeunes par des promesses de Bonheur factice. Il appartient désormais à nos jeunes --pour la coincer-- de mettre au jour les mirages de la publicité. Ou à tourner le bouton de leur appareil.

Claude Cossette


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Dernière révision: juin 2004