IV- PRINCIPES DIRECTEURS QUI ONT GUIDÉ LE COMITÉ
Du rapport Bélanger, de la consultation qu'il a menée
et de sa propre réflexion, le comité a dégagé
quelques principes directeurs.
A. Décentralisation, responsabilité et imputabilité
«L'Université est une institution très centralisée
dans tous ses domaines d'activités, de la gestion des ressources
humaines à la gestion pédagogique. Entre le premier niveau
de décision et la décision ultime, les niveaux intermédiaires
se multiplient, avec pour conséquences une déresponsabilisation
de ces niveaux et un engorgement, une surcharge au niveau central.»
(Rapport Bélanger, p. 32 ; cf. aussi p. 25.)
Ces affirmations appelleraient des nuances, car beaucoup de
décisions sont décentralisées (v.g. administration
du budget, sélection des nouveaux professeurs, distribution de la
charge de travail). Il reste que ce constat du rapport Bélanger est
en grande partie fondé et fait l'objet d'un consensus.
Au cours des dernières décennies, l'Université Laval
a connu une croissance vraiment remarquable. Songeons qu'en 1952, elle ne
comptait que 1 750 étudiants alors que quarante ans plus tard,
elle en accueillait environ 37 000. Plusieurs facultés actuelles
ont une taille plus considérable que toute l'Université de
l'époque. Sans doute l'Université n'a-t-elle pas su adapter
parfaitement ses structures et ses modes d'organisation et de fonctionnement
à une évolution aussi rapide et aux exigences découlant
d'une croissance aussi impressionnante. Entre autres, elle a conservé,
à bien des égards, les traits d'une organisation centralisée
alors même que sa taille appellerait une plus grande décentralisation
d'ailleurs prônée par les théories modernes de l'organisation.
Le rapport Bélanger insiste fortement sur le renforcement de la responsabilisation
et de l'imputabilité qui vont de pair avec la décentralisation.
Le comité accepte d'emblée cette orientation fondamentale
et en a fait son premier principe directeur.
Il le croit d'ailleurs en harmonie avec les tendances qui se dégagent
de l'opération de planification qui a cours à Laval depuis
1977 ainsi qu'avec l'opération de «réingénierie»
lancée dans le sillage du projet AMI (Aménagement des moyens
informatiques).
B. Reconnaissance de la diversité comme valeur et rejet du «mur
à mur»
«La très grande différence entre les facultés
de l'Université est une évidence criante.»
(Rapport Bélanger, p. 21.)
«... et pourtant rien dans notre politique officielle, dans nos règlements,
dans nos procédés administratifs ne tient compte de cette
réalité.»
(Rapport Bélanger, p. 22.)
«La situation décrite ici peut difficilement supporter une structure
symétrique et uniforme. La structure de l'Université devra
au contraire accepter des asymétries dans sa forme et son fonctionnement.»
(Rapport Bélanger, p. 23.)
La diversité est une dimension essentielle de l'Université
et une richesse à cultiver.
Or, nos structures, nos politiques, nos règlements, nos processus
laissent peu de place à l'hétérogénéité
et à l'asymétrie. Il s'en trouve d'ailleurs plusieurs pour
penser que la structuration en quatre secteurs proposée par le rapport
Bélanger est elle-même tributaire de cette tendance à
la symétrie et à l'uniformité.
La structure facultaire devra permettre la diversité et les statuts
et règlements devront être adaptés en conséquence.
Ainsi, le mot « faculté » devrait pouvoir recouvrir
des réalités très différentes et son utilisation
ne devrait pas entraîner automatiquement toute une série de
conséquences identiques.
(Rapport Bélanger, pp. 28-29.)
C. Allégement et plus grande fonctionnalité de l'administration
On doit garder à l'esprit les objectifs de la réflexion engagée
sur la restructuration qui sont d'alléger l'administration tout en
la rendant plus fonctionnelle pour permettre de consacrer à la mission
essentielle de formation et de recherche le plus de ressources possible
et pour rendre l'Université plus efficace dans l'accomplissement
de cette mission.
Il faudra en particulier éviter à tout prix la tendance à
la sédimentation qui consiste à ajouter de nouvelles structures
sans jamais en retrancher.
D. Comparabilité avec les autres grandes universités canadiennes
On a beaucoup reproché au rapport Bélanger de ne pas avoir
jeté un regard sur les structures en place dans d'autres universités
comparables et de proposer une structure qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.
À notre avis, cette critique est fondée.
Sans verser dans le mimétisme et l'imitation servile, il y a lieu,
à tout le moins, de considérer la structuration d'universités
qui évoluent dans un contexte semblable au nôtre et qui s'apparentent
à la nôtre par la vocation, la programmation, la taille, etc.
Car les constantes qu'on peut en dégager ont grand chance de refléter
l'adaptation de ces établissements à des exigences liées
à la formation, à la recherche et aux relations de l'université
avec la société.
E. Relativité de l'importance des structures
Dans les organisations, lorsqu'on décèle certains problèmes,
la tentation est grande de songer, pour les résoudre, à modifier
les structures.
Le comité Bélanger a mis en évidence un certain nombre
de problèmes. Son mandat le contraignait à chercher des solutions
du côté des structures, mais le comité était
sensible à un contexte plus vaste :
«Avant même toute idée de réaménagement
structurel, le but principal de cette démarche est d'amorcer un changement
culturel.»
(Rapport Bélanger, p. 17.)
Il reste que, dans l'opinion de la communauté, et cela
ressort très nettement de la consultation, le rapport Bélanger
a été souvent réduit à la proposition d'une
répartition de l'Université Laval en quatre secteurs avec
l'élimination d'un bon nombre de facultés, la réduction
des autres à un rôle symbolique et le bouleversement des instances
centrales (consultatives, décisionnelles et exécutives).
Tout en reconnaissant l'importance des structures et le fait qu'« il
importe de faire le lien entre culture et structure »
(rapport Bélanger, p. 17), notre comité:
- estime qu'il faut accorder beaucoup d'importance aux «constats»
du rapport Bélanger de même qu'à certaines de ses «autres
recommandations» (v.g. sur la souplesse des appellations, sur l'élagage
des programmes non productifs, sur le climat de travail, sur la formule
de financement, sur la concertation) ;
- croit qu'il faut chercher ailleurs que du côté des structures
l'essentiel de la solution aux problèmes repérés ;
- estime néanmoins très importants, voire essentiels,
certains changements dans les structures facultaires et leur fonctionnement
à la fois pour favoriser le progrès de l'Université
et pour éliminer certains obstacles à son évolution
positive.
F. Nécessité de conserver l'acquis et d'éviter
la table rase
Le rapport Bélanger propose comme deux des sept objectifs de la restructuration
de :
- «maintenir les structures qui jouent un rôle intégrateur
en enseignement et en recherche» ;
- «maintenir les structures et les fonctions qui constituent des
fenêtres de l'Université sur le monde extérieur».
À cet égard, la consultation n'a pas manqué
de faire ressortir l'absence de liens entre les objectifs du rapport et
ses recommandations. Plusieurs ont par ailleurs émis des réserves
importantes sur les constats, selon eux trop négatifs du rapport,
quand ils n'exprimaient pas leur haut degré de satisfaction par rapport
à la structure dans laquelle ils évoluaient, affirmant, notamment,
que s'il y avait anomie, ce n'était certainement pas chez eux qu'on
la retrouvait.
Notre comité croit qu'on aurait tort de mettre au compte du seul
conservatisme de telles réactions. Il a été particulièrement
frappé du témoignage des étudiants à ce propos.
3
Certes, il fallait examiner la structure facultaire. Sans doute faut-il
la modifier. Mais il ne faut sûrement pas le faire dans l'optique
de l'uniformisation et de la symétrie non plus qu'en adoptant l'approche
de la «table rase» ou en faisant fi de l'organisation d'universités
comparables. Il faut surtout éviter qu'à terme, l'opération
se solde par un alourdissement et une complexification de l'administration.
Mais ce qui est clair et accepté du plus grande nombre, sinon de
tous, c'est que nous devons décentraliser l'administration de l'Université
Laval, c'est-à-dire rapprocher la décision de ses lieux d'exécution,
rendre les gens vraiment responsables et «imputables» et, pour
cela, réduire le «centre» ou, mieux, reconcevoir son rôle.
Mais quoi décentraliser et vers qui ?
3 Cf. en particulier : Rapport de l'Association des étudiantes et
des étudiants en sciences sociales de l'Université Laval (AESS)
sur le rapport Bélanger.