VII- RECOMMANDATIONS
Sur ces bases, le comité en vient à formuler un
certain nombre de recommandations touchant :
- les orientations générales en matière de structuration
de l'Université ;
- les organismes centraux de l'Université ;
- les facultés et les écoles ;
- le fonctionnement des structures.
Lorsque la nature des recommandations le demande, le comité
propose une marche à suivre, des personnes ou organismes responsables
et un échéancier.
A. Orientation générale en matière de structuration
de l'Université
Le comité recommande :
Recommandation no 1 :
Que l'Université Laval conserve le principe de sa division en facultés
et que la faculté soit maintenue dans son rôle d'« unité
pédagogique et administrative responsable de l'enseignement et de
la recherche dans une discipline ou un champ d'études ou dans un
ensemble de disciplines ou de champs d'études connexes »
(article 5 des statuts), et qu'en conséquence ne soit pas retenue
la proposition du rapport Bélanger de diviser l'Université
en secteurs, sauf pour les fins spécifiques visées dans le
présent rapport.
Cheminement
Cette recommandation pourrait revenir devant le Conseil universitaire et
le Conseil d'administration après discussion dans la communauté
universitaire.
Recommandation no 2 :
Que, dans un délai d'une année, il n'y ait plus d'écoles
non rattachées à une faculté et qu'en conséquence
soit abrogée la partie de l'article 239 des statuts prévoyant
cette possibilité.
Recommandation no 3 :
Que les écoles non rattachées, en droit ou en fait, soient
rattachées à des facultés ou qu'elles deviennent elles-mêmes
des facultés.
Recommandation no 4 :
Que le titre XIII des statuts (De la direction de l'école) soit abrogé
et que, même si elles conservent le nom d'écoles, les écoles
rattachées deviennent toutes des départements et soient administrées
en la manière prévue au titre XIV des statuts (De la direction
du département).
Commentaire :
L'existence des écoles non rattachées a toujours fait problème
et elles n'ont jamais eu de place à part entière dans l'Université,
ce qui les a d'ailleurs incitées à réclamer le statut
de faculté.
Quant aux écoles rattachées, plusieurs se sont comportées
comme des « États dans l'État » et ont
eu tendance à revendiquer, par rapport aux départements avec
lesquels elles coexistaient, une autonomie qui entraînait des difficultés
de fonctionnement et de coordination.
D'ailleurs, lors des dernières créations d'écoles,
on a prévu qu'elles seraient gérées comme des départements,
pour éviter ce type de difficultés.
Que certains départements conservent le nom d'école pour diverses
raisons, nous n'y voyons pas d'objection. Il suffirait que le titre XIV
des statuts prévoie cette possibilité. Mais nous pensons qu'il
y aurait simplification heureuse et opportune des structures de l'enseignement
et de la recherche s'il n'y avait plus désormais que des facultés
et des départements.
Que les départements (ou écoles) se donnent ensuite des comités
consultatifs ou des comités de régie comportant des membres
externes si leur situation particulière le requiert, libre à
eux, mais disparaîtraient les « bureaux de direction »
dont les membres étaient nommés par le Conseil d'administration
et qui étaient en porte-à-faux par rapport aux conseils de
faculté.
Cheminement
Cette recommandation pourrait revenir devant le Conseil universitaire et
le Conseil d'administration quelques mois après la réception
du présent rapport. Les étapes suivantes seraient : publication
d'un avis d'amendement aux statuts ; avis du Comité des amendements
des statuts ; approbation par le Conseil universitaire (en raison de
l'article 189 visé à l'article 237) et par le Conseil d'administration.
Recommandation no 5 :
Que soit reconnue la diversité des facultés ; que soit
accepté en principe que le statut de faculté n'entraîne
pas automatiquement les mêmes effets pour toutes les facultés,
indépendamment de leur taille, notamment sur le plan de la représentation
au sein des instances centrales (Conseil universitaire, Conseil de la Faculté
des études supérieures et Commissions) et sur celui du lien
avec la direction de l'Université.
Commentaire :
Cette recommandation découle de tout le présent rapport et
nous reviendrons plus loin sur ses implications (D.1).
Cheminement
Elle pourrait être approuvée après discussion dans la
communauté universitaire.
B. Organismes centraux
1. Le Conseil d'administration
Le comité ne propose aucune modification.
2. Le Conseil universitaire
Recommandation no 6 :
Que, quelles que soient les modifications apportées à la structure
facultaire, on n'ajoute pas au nombre actuel de membres du Conseil universitaire.
Commentaire :
Le nombre actuel de 61 nous paraît un maximum à ne pas dépasser
sous peine de compromettre l'efficacité du Conseil universitaire
comme organisme décisionnel.
Cheminement
Que le Conseil universitaire et le Conseil d'administration acceptent ce
principe en même temps qu'ils recevront le présent rapport.
3. Le Comité exécutif
Le comité ne propose aucune modification.
4. La Commission des affaires étudiantes
Le comité ne propose aucune modification, mais fait remarquer au
passage que la représentation de l'ensemble des professeurs de l'Université
y est assurée suivant un mode qui pourrait être utile pour
d'autres instances.
5. La Commission des études
Recommandation no 7 :
Que le mandat de la Commission des études (Selon l'article 119 des
statuts, la Commission des études considère toute question
qui lui est soumise par le Conseil universitaire ou par le recteur, notamment
les programmes d'études, la définition et l'application des
normes universitaires et la coordination de l'enseignement universitaire
dans son ensemble) soit clairement situé dans la ligne consultative
et non dans la ligne exécutive ou opérationnelle et qu'on
revoie en conséquence les pratiques qui se sont établies au
fil des ans.
Commentaire :
Dans sa forme actuelle, la Commission des études de l'Université
Laval est une structure unique au Québec. Ailleurs, les commissions
des études ou leur équivalent ont un rôle décisionnel
ou exécutif et elles sont présidées par le recteur
ou un vice- recteur.
À l'Université de Montréal, la Commission des études
est décisionnelle et exécutive et elle est présidée
par le recteur ou son délégué. Tous les doyens en sont
membres.
À McGill, on a un « Academic Policy and Planning Committee »
qui est un comité permanent du « sénat académique ».
Il est présidé par le principal, compte quatre vice-recteurs
et d'autres membres. Il avise le « sénat », mais
prend beaucoup de décisions sur lesquelles il fait rapport.
À l'Université du Québec et dans ses constituantes,
la Commission des études joue un rôle décisionnel et
exécutif. Elle est présidée par le président
ou le recteur.
Chez nous, la Commission des études relève du Conseil universitaire
et elle est présidée par un professeur nommé par lui
et qui n'est pas membre de l'équipe de direction. Son rôle
est purement consultatif, même si son poids peut être énorme.
Pour comprendre cette situation unique, il faut remonter au rapport Roy,
en 1968, qui proposait comme « critères d'une réforme
de structures », l'intégration, la démocratisation
des organismes et la différenciation des processus : consultation,
décision, exécution (Un projet de réforme pour l'Université
Laval, Québec, septembre 1968, pp. 35-41).
Le rapport précisait que les membres des commissions devaient être
élus et « choisis parmi les professeurs qui n'occupent
pas un poste administratif »(Ibid., p. 39). Les récents
amendements apportés aux statuts pour exclure des commissions les
professeurs -administrateurs vont dans ce sens.
Le comité ne croit pas qu'il soit opportun de revenir sur ces orientations
et, de toute manière, il doute qu'une transformation de la Commission
des études en organisme décisionnel et exécutif du
type de ceux qui existent dans les autres universités avec forte
présence des membres de la direction serait jugée acceptable,
sans compter que pareil changement aurait un impact significatif sur la
composition du collège électoral du recteur.
Par contre, il croit que, conformément à l'esprit qui a présidé
à sa création, il faut situer clairement le rôle de
la Commission des études dans la ligne consultative et non dans la
ligne décisionnelle, exécutive ou opérationnelle.
À ce propos, on constate qu'au fil des ans, un certain glissement
s'est opéré.
Les statuts de l'Université sont assez vagues quant à l'étendue
et surtout aux limites du mandat de la Commission des études. C'est
ainsi qu'avec le temps, des pratiques se sont installées, ont sédimenté
et sont maintenant tenues pour acquises.
Ainsi, est-ce parce qu'un changement d'appellation d'un programme avait
paru un jour à un vice-recteur requérir l'avis de la commission,
dans un contexte donné, qu'on semble en avoir déduit que tout
changement d'appellation de programme devait être soumis à
la commission pour pouvoir l'être au Conseil universitaire ?
Est-ce parce qu'une demande de suspension des admissions dans un programme
avait paru un jour à un vice-recteur requérir l'avis de la
Commission des études, dans un contexte donné, qu'on semble
en avoir déduit que toute suspension des admissions dans un programme
devait être soumise à la commission ?
En somme, le cas d'espèce est devenu tradition et, d'organisme conseil,
la Commission des études a glissé progressivement vers l'opérationnel.
Il y a donc lieu de revenir à un meilleur partage des rôles
entre la ligne consultative et la ligne exécutive.
Dans un autre ordre d'idées, le comité a envisagé la
possibilité d'étendre le mandat de la Commission des études
aux programmes des trois cycles, comme invite à le faire la formulation
très générale et englobante de l'article 119 des statuts.
À la réflexion, il estime que, même délestée
de mandats « opérationnels », la Commission des
études aura suffisamment de pain sur la planche, que le Conseil de
la Faculté des études supérieures n'aurait plus guère
de signification s'il n'avait plus à se prononcer sur les programmes
d'études de deuxième et de troisième cycles et qu'on
ne doit quand même pas proposer une étape supplémentaire
d'examen pour ces programmes. De plus, rien n'empêche de consulter
la Commission des études sur des politiques ou des documents touchant
les trois cycles et « sur la coordination de l'enseignement universitaire
dans son ensemble » (article 119).
Cheminement
Si le Conseil universitaire donne son aval à cette orientation, la
direction s'y conformera et se comportera en conséquence.
Recommandation no 8 :
Que la composition de la Commission des études soit allégée
et que toutes les facultés n'y soient pas toujours directement représentées ;
que la participation des professeurs y soit limitée à 12 ;
que l'idée de quatre secteurs (cf. rapport Bélanger) soit
utilisée pour assurer la meilleure représentation possible
de la diversité des disciplines et des champs d'études ;
que seuls le recteur et le vice-recteur aux études soient membres
avec voix consultative de la Commission des études, avec possibilité
pour le vice-recteur de s'y faire représenter.
Commentaire :
Si, comme la chose est possible, la restructuration facultaire devait entraîner
l'augmentation du nombre de facultés, on pourrait se retrouver avec
une Commission des études très alourdie dans sa composition.
Il faut éviter cela à tout prix. Car la commission doit pouvoir
continuer de donner au Conseil universitaire, dans des délais raisonnables,
des avis éclairés. À notre avis, une composition relativement
légère est indispensable à cet égard.
L'essentiel n'est-il pas que la composition de la commission reflète
la diversité des disciplines et des champs d'études et permette
une interaction féconde et efficace entre des universitaires représentatifs
et crédibles ?
Certaines facultés pourraient être représentées
en permanence. D'autres pourraient l'être en rotation, par regroupement
ou suivant d'autres modes à définir.
Par ailleurs, la Commission des études compte actuellement plusieurs
membres qui n'y ont pas droit de vote : le recteur (article 136, alinéa
6), le vice-recteur aux études, le doyen de la Faculté des
études supérieures, le secrétaire général
et le directeur général du premier cycle (article 120). À
notre avis, c'est trop, et une présence aussi importante de personnes
ayant des responsabilités exécutives n'est peut-être
pas étrangère au glissement évoqué précédemment.
Quoi qu'il en soit, nous croyons qu'en sus de la présence prévue
du recteur qui, toute symbolique qu'elle soit, peut s'avérer utile
en des moments critiques, la présence du vice-recteur aux études
ou de son représentant (sans droit de vote, bien sûr), serait
suffisante pour assurer le lien sans doute voulu à l'origine entre
la ligne consultative et la ligne exécutive.
Cheminement
Nous recommandons que le secrétaire général élabore
une proposition dans la suite de cette recommandation et qu'il fasse rapport
au Conseil universitaire dans un délai de six mois en vue d'un éventuel
amendement aux statuts. Le comité est toutefois conscient de la difficulté
d'élaborer et d'approuver une telle proposition avant que l'opération
de restructuration facultaire soit achevée.
Recommandation no 9 :
Que soient abolies la sous-commission de la formation et du perfectionnement
des enseignants et la sous-commission des sciences de la santé.
Commentaire :
La sous-commission de la formation et du perfectionnement des enseignants
a été créée principalement pour permettre à
l'Université de « se faire une tête » en
matière de formation des maîtres. On peut estimer que cet objectif
a été complètement atteint. Les choses sont maintenant
claires. La responsabilité de la formation des maîtres est
clairement située et l'Université Laval sait très bien
où elle va en ce domaine. Cette sous- commission a joué pleinement
son rôle, mais elle peut maintenant être abolie sans problème.
Quant à la sous-commission des sciences de la santé, après
déjà quelques années, on constate qu'elle a eu peu
de dossiers généraux à examiner et on entrevoit peu
de mandats à lui confier dans l'avenir. Bref, une structure dont
on peut aisément faire l'économie.
Cheminement
Cette recommandation devrait faire l'objet d'un avis de la Commission des
études à soumettre au Conseil universitaire lors de la deuxième
séance consécutive à la réception de ce rapport.
6. La Commission de la recherche
Le comité recommande :
Recommandation no 10 :
Que la composition de la Commission de la recherche soit allégée
et que toutes les facultés n'y soient pas toujours représentées ;
que la participation des professeurs émanant des facultés
soit limitée à 12 ; que deux membres de centres de recherche
officiellement reconnus choisis par le Conseil universitaire à partir
d'une liste proposée par les centres fassent partie de la commission ;
que la participation des personnes désignées par la Faculté
des études supérieures soit réduite de 4 à 2 ;
que l'idée de quatre secteurs (cf. rapport Bélanger) soit
utilisée pour assurer la meilleure représentation possible
de la diversité des disciplines et des champs d'études, en
tenant compte de l'intensité des activités de recherche et
de création dans les facultés, écoles, instituts et
centres.
Commentaire :
Nous reprendrions ici, mutatis mutandis, les commentaires que nous avons
faits en regard de la recommandation no 8. Nous ajouterons que la participation
de deux personnes désignées par la Faculté des études
supérieures, en sus de celle du doyen de cette faculté, paraît
suffisante pour assurer le lien et la coordination des deux organismes.
De plus, compte tenu de l'énorme importance des centres de recherche
dans la stratégie de développement de la recherche de l'Université
comme dans l'évolution de ses performances au cours des dernières
décennies, il paraît indispensable au comité qu'au moins
deux membres de ces centres fassent partie de l'organisme chargé
d'aviser le Conseil universitaire « sur le développement
et la coordination de la recherche » (article 121 des statuts).
Cheminement
Nous recommandons un cheminement analogue à celui qui a été
proposé pour la recommandation no 9.
7. La Faculté des études supérieures
Le comité recommande :
Recommandation no 11 :
Que la Faculté des études supérieures soit maintenue,
mais qu'elle fasse, au moment opportun, l'objet d'une évaluation
périodique dans le cadre de l'opération d'évaluation
des unités.
Commentaire :
L'Université vient à peine de confirmer et de renforcer le
mandat de l'ancienne « École des gradués »
et d'en changer l'appellation pour mieux marquer le rôle de cet organisme.
Il n'y a pas lieu de revenir sur ces décisions récentes, d'autant
que dans toutes les universités canadiennes auxquelles Laval se compare
et qui font large place à la recherche et aux études supérieures,
il existe une faculté des études supérieures ou l'équivalent.
Par contre, la consultation consécutive à la publication du
rapport Bélanger a fait surgir suffisamment d'interrogations pour
qu'il paraisse pertinent de recommander que l'on procède à
l'évaluation de cet organisme.
Cheminement
Le vice-recteur exécutif devra prévoir, dans le calendrier
des évaluations des unités, au moment jugé opportun
et peut-être pas dans l'immédiat, l'évaluation de la
Faculté des études supérieures.
Recommandation no 12 :
Que la composition du Conseil de la Faculté des études supérieures
soit revue et, si possible, allégée, dans l'esprit des recommandations
8 et 10.
Cheminement
Cette recommandation ne pourra être examinée et éventuellement
approuvée et mise en oeuvre qu'après plusieurs autres. Le
secrétaire général devra la rappeler à l'attention
du Conseil universitaire en temps opportun.
8. La Direction générale des programmes de premier
cycle
Le comité ne propose aucune modification, mais estime que la réflexion
sur cet organisme devrait se faire dans le cadre de la réflexion
sur la bidimensionnalité.
Le comité recommande :
Recommandation no 13 :
Que la Direction générale des programmes de premier cycle
fasse l'objet d'un examen dans le cadre de la réflexion sur l'application
universelle de la bidimensionnalité.
Cheminement
Cf. cheminement proposé pour la recommandation no 11.
9. La Direction générale de la formation continue
La Direction générale de la formation continue vient d'être
créée. Le comité estime qu'il convient de laisser à
cet organisme la chance de faire ses preuves, d'autant que les objectifs
qu'il vise correspondent à une priorité du Plan directeur
de l'Université et à des besoins évidents de la société.
À terme, il devra, lui aussi, faire l'objet d'une évaluation
périodique.
C. Les facultés et les écoles
Sur la base de l'ensemble des considérations qui précèdent,
le Comité recommande :
Recommandation no 14 :
Que soient maintenues les facultés suivantes :
- la Faculté de droit
- la Faculté de médecine
- la Faculté de médecine dentaire
- la Faculté des sciences de l'administration
- la Faculté des sciences de l'éducation
- la Faculté de théologie
Commentaire :
Nous croyons avoir fourni, dans ce rapport, les arguments qui militent en
faveur du maintien des facultés précitées.
Dans le cas de la Faculté de théologie, les discussions au
sein du comité ont fait ressortir le rôle important qu'exerce
cette entité comme interface entre l'Université et la société.
En outre, dans les autres universités canadiennes, on note la présence
d'une Faculté de théologie partout où cette discipline
est enseignée. Par ailleurs, il faut lire cette décision de
maintenir la faculté à la lumière des recommandations
sur le fonctionnement des structures.
Recommandation no 15 :
Que soient aussi maintenues la Faculté de foresterie et de géomatique
et la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation
;
Que, dans le cadre de la planification, ces deux facultés, ainsi
que la Faculté des sciences et de génie, soient invitées
à coordonner leurs orientations, leur action et l'utilisation de
leurs ressources.
Commentaire :
Parmi les grandes universités canadiennes auxquelles le comité
a choisi de se référer (cf. VI-B), la seule qui soit engagée
à la fois en agriculture et en foresterie est la University of Alberta.
Or, à la faveur d'une opération récente de restructuration,
celle-ci a décidé de fusionner les deux facultés responsables
de ces domaines.
Dans le cas de l'Université Laval, nous ne croyons pas qu'un tel
changement s'impose, ni même qu'il soit opportun. Le comité
estime au contraire que la fusion de ces deux unités entraînerait
de sérieux inconvénients, notamment sur le plan de leurs relations
avec leur environnement social propre. Toutefois, les domaines de l'agriculture
et de la foresterie ont de grandes affinités sur le plan scientifique.
Ils en ont aussi dans la réalité socio-économique.
Le comité estime donc que ces deux facultés devraient veiller
de façon toute particulière à coordonner leurs orientations
et leurs actions. Cette coordination devrait impliquer également
la Faculté des sciences et de génie.
Recommandation no 16 :
Que l'Université examine la possibilité de créer une
faculté de génie et, en conséquence, de diviser l'actuelle
Faculté des sciences et de génie.
Commentaire :
Cette recommandation étonnera peut-être, compte tenu des remarquables
succès de la Faculté des sciences et de génie. Notons,
par exemple, qu'au cours de la dernière décennie, l'Université
Laval est, de toutes les universités canadiennes, celle qui a connu
le progrès le plus net sur le plan des subventions de recherche du
Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie. Elle a
en outre passé avec succès toutes les épreuves possibles
sur le plan de la qualité de la formation, la dernière en
date étant l'agrément des programmes d'ingénierie par
le Bureau canadien de programmes en ingénierie. Pourquoi donc envisager
un changement ?
De toutes les grandes universités nord-américaines engagées
dans le domaine du génie, il semble que l'Université Laval
soit la seule à ne pas avoir une faculté de génie ou
de sciences appliquées et à regrouper dans une même
faculté les sciences et le génie. Ce fait pose question.
Mais surtout, il faut reconnaître que le secteur du génie à
l'Université Laval satisfait toutes les conditions et répond
à tous les critères justifiant l'existence d'une faculté.
Il y a plus. Quand on compare les performances concrètes de Laval
en génie avec celles d'autres universités canadiennes comparables,
qu'il s'agisse de la qualité de la formation telle qu'elle est appréciée
par des organismes externes, du succès des diplômés,
de l'obtention de subventions de recherche, des liens avec l'industrie,
on ne peut manquer de regretter que le génie à Laval n'ait
pas la visibilité dont il jouit ailleurs.
En revanche, il convient de se demander si le regroupement des sciences
pures et du génie dans une même faculté ne comporte
pas d'immenses avantages qui pourraient même devenir encore plus importants
au cours des prochaines années. On peut penser, en particulier, qu'au
chapitre de l'enseignement un tel regroupement favorise un enrichissement
de la formation en même temps que des économies, et que sur
le plan de la recherche il suscite des collaborations fécondes qui
iront en se multipliant. On lit partout que l'évolution de la science
va de plus en plus dans le sens de l'interdisciplinarité. Devrait-on
alors briser des liens qui existent depuis de nombreuses années et
qui sont appelés à continuer à se développer
? Sur le plan administratif, il semble évident que la séparation
en deux facultés entraînerait des coûts supplémentaires.
Cheminement
Le comité recommande que la Faculté des sciences et de génie
soit invitée à présenter au Conseil universitaire,
deux mois après la réception du présent rapport, une
proposition en vue d'un examen objectif et crédible des deux hypothèses
évoquées précédemment.
Recommandation no 17 :
Que l'Université examine la possibilité de restructurer de
façon plus fonctionnelle les actuelles facultés des lettres
et des sciences sociales ou de les regrouper pour créer une grande
« Faculté des sciences humaines » ou « Faculté
des lettres et sciences humaines (ou sociales) ».
Commentaire :
La Faculté des sciences sociales de l'Université Laval a une
glorieuse histoire. Au gré de l'évolution des disciplines,
elle s'est toutefois fractionnée en plusieurs programmes et départements
dont on constate aujourd'hui le cloisonnement avec un certain regret.
La Faculté des lettres n'a pas une histoire moins prestigieuse et
elle n'a rien à envier sur le plan de la renommée. Force est
de reconnaître cependant que le regroupement des disciplines à
l'intérieur de cette faculté est assez artificiel. Ne s'explique-
t-il pas principalement par les exigences de l'ancienne licence ès
lettres, diplôme requis pour l'enseignement dans les collèges
classiques et qui était formé de certificats dans plusieurs
disciplines ?
Quoi qu'il en soit, quand on regarde aujourd'hui l'ensemble des disciplines
présentes dans ces deux facultés et leurs départements,
on ne peut pas ne pas s'étonner de certaines anomalies. Que fait
la géographie en lettres ? Pourquoi la linguistique est-elle séparée
de l'anthropologie ? Comment expliquer que la sociologie et les sciences
politiques soient coupées de l'histoire ? Et que dire de la place
de l'anthropologie à la Faculté des sciences sociales et de
l'ethnologie à la Faculté des lettres ?
Au-delà de ces questions, l'Université Laval n'aurait-elle
pas intérêt à regrouper ses forces dans un secteur où
sa réputation d'excellence n'est plus à faire ? Nous y voyons,
pour notre part, des avantages potentiels importants sur les plans du décloisonnement
et de l'interdisciplinarité, sans compter qu'un tel changement pourrait
sans doute entraîner d'importantes économies et un allégement
administratif.
Nous verrons plus loin que le regroupement proposé pourrait même
être élargi pour inclure les arts, auquel cas il faudrait modifier
le nom de la faculté qui pourrait devenir, par exemple, la « Faculté
des arts, lettres et sciences humaines ».
Cheminement
Le comité recommande que la Faculté des lettres et la Faculté
des sciences sociales soient invitées à proposer au Conseil
universitaire, dans un délai de deux mois après la réception
du présent rapport, un processus d'examen objectif et crédible
de la présente recommandation. Pour être acceptable au Conseil
universitaire, cette proposition devrait prévoir une forte implication
des professeurs des deux facultés, la consultation d'experts externes
et un échéancier réaliste.
Recommandation no 18 :
Que la Faculté de philosophie devienne un département ;
Qu'il soit provisoirement rattaché à la Faculté des
lettres ou à la Faculté des sciences sociales.
Commentaire :
À notre connaissance, il n'existe aucune autre faculté de
philosophie en Amérique du Nord. Sans être un argument décisif,
ce fait invite à la remise en question. L'existence d'une faculté
de philosophie à l'Université Laval paraît, en grande
partie, liée à son passé d'université catholique.
À ce titre, elle était dotée des trois facultés
dites « ecclésiastiques » de théologie,
de philosophie et de droit canonique.
La Faculté invoque, à l'appui de son maintien, la tradition
européenne et le prestige lié au statut de faculté.
Au sujet du premier argument, il est juste qu'il existe de nombreuses facultés
de philosophie en Europe, en Allemagne notamment, mais force est de constater
qu'au fil des ans, notre université s'est plutôt structurée
sur le modèle nord-américain. Vouloir faire coexister plusieurs
modèles chez nous ne pourrait qu'entraîner une prolifération
indue de facultés et l'alourdissement de la structure. Quant à
l'argument du prestige, le comité estime qu'il n'est guère
convaincant. Après tout, il existe des départements de philosophie
prestigieux au Canada et c'est la qualité du corps professoral et
de ses réalisations qui peut le mieux assurer la renommée
de la philosophie à l'Université Laval.
La question du rattachement de l'éventuel département de philosophie
est beaucoup plus difficile. La philosophie n'est pas une discipline particulière.
Elle est devenue une sorte de méta- réflexion se nourrissant
à toutes les sciences avec lesquelles elle doit demeurer en lien
étroit. Aussi bien, aucun rattachement à une faculté
particulière ne sera pleinement satisfaisant. Même si l'on
créait à Laval une grande faculté des sciences humaines,
la philosophie n'y serait pas parfaitement à l'aise, puisqu'elle
se doit d'être aussi en contact avec les sciences de la nature. En
contrepartie, on imagine plus mal encore un rattachement du département
de philosophie à la Faculté des sciences et de génie.
Le comité n'en croit pas moins que le rattachement à une faculté
plus vaste serait salutaire pour ce qui est actuellement la Faculté
de philosophie.
Le fait de devoir se frotter à d'autres disciplines et à d'autres
unités ne pourrait, en effet, que favoriser la nécessaire
ouverture de l'unité responsable de l'enseignement et de la recherche
en philosophie.
Le comité propose le rattachement au secteur des lettres ou à
celui des sciences sociales. Il est évident que la philosophie serait
encore mieux située dans un regroupement de ces deux secteurs.
Cheminement
La Commission des études et la Commission de la recherche devraient
être mandatées conjointement pour étudier cette recommandation.
Il leur appartiendrait de préciser la meilleure façon de consulter
les différents intéressés et, au premier chef, bien
sûr, les membres de la Faculté de philosophie à qui
on devra donner le temps requis pour réagir. Elles pourraient aussi
requérir l'avis d'experts externes. Un délai de six mois après
la réception du présent rapport devrait toutefois être
suffisant pour permettre aux deux commissions de fournir un avis éclairé
au Conseil universitaire sur cette recommandation.
Recommandation no 19 :
Que la Faculté des arts soit abolie.
Commentaire :
Reflet d'une réalité prenant sa source dans le Moyen Âge,
la Faculté des arts est une des facultés originelles de l'Université
Laval. Elle a joué un rôle historique extrêmement important
au Québec et au Canada, dans la mesure où elle supervisait
et sanctionnait la qualité des études dans tous les collèges
classiques affiliés à Laval.
Si le système d'éducation était modifié au Québec
et si l'on revenait à une forme d'affiliation des collèges
aux universités, il faudrait sans doute recréer une structure
analogue.
Mais, dans l'état actuel des choses et dans sa forme actuelle, la
Faculté des arts n'a plus sa raison d'être. Elle n'est qu'une
unité administrative à laquelle sont artificiellement rattachées
des unités disparates. Cela est apparu clairement lors de la réception
du plan directeur de la Faculté par le Conseil d'administration.
Cheminement
Cette recommandation devrait être soumise au Conseil universitaire
et au Conseil d'administration dès l'adoption de l'amendement aux
statuts prévu à la recommandation no 3.
Recommandation no 20 :
Que l'École de musique soit rattachée à la Faculté
des lettres qui pourrait alors devenir la « Faculté des
arts et des lettres ».
Commentaire :
Il nous paraîtrait préférable que l'École de
musique (devenue département) soit rattachée à une
faculté plus vaste, ne serait- ce que pour ne pas multiplier indûment
le nombre de facultés et le nombre de doyens. Mais à quelle
faculté la rattacher ?
De deux choses l'une, ou la Faculté des lettres et la Faculté
des sciences sociales fusionnent ou elles ne fusionnent pas.
Si elles fusionnent, on pourrait rattacher l'École de musique à
cette nouvelle faculté qui pourrait devenir la « Faculté
des arts, lettres et sciences humaines (ou sociales) ».
Si elles ne fusionnent pas, l'École de musique pourrait être
rattachée à la Faculté des lettres qui pourrait devenir
la « Faculté des arts et lettres ».
Cheminement
La réflexion sur cette question devrait être incluse dans celle
qui est prévue pour la recommandation no 17 et impliquer, bien évidemment,
les membres de l'École de musique.
Recommandation no 21 :
Que l'École des arts visuels soit rattachée à la Faculté
des lettres qui pourrait alors devenir la « Faculté des
arts et des lettres ».
Commentaire :
Nous reprendrions ici, mutatis mutandis, les commentaires faits en marge
de la recommandation no 20.
Si le secteur des arts est intégré à la Faculté
des lettres (devenue Faculté des arts et lettres) ou encore à
une Faculté des arts, lettres et sciences humaines (ou sociales),
il est clair que l'École des arts visuels pourrait être aisément
rattachée à ces entités, d'autant qu'il existe des
liens naturels entre le champ des arts visuels et le secteur de l'histoire
de l'art actuellement sous la responsabilité de la Faculté
des lettres.
Le comité a considéré une autre hypothèse, celle
d'un rattachement à une Faculté d'architecture et d'aménagement
renouvelée dans son mandat et dans son appellation.
Nous reviendrons sur cette hypothèse plus loin lorsque nous traiterons
de la Faculté d'architecture et d'aménagement.
Recommandation no 22 :
Que le Département d'information et de communication soit provisoirement
rattaché à la Faculté des lettres ou à la Faculté
des sciences sociales.
Commentaire :
Le Département d'information et de communication souhaite le rattachement
à la Faculté des lettres. Les démarches en vue de le
réaliser sont en cours. Le comité croit qu'il y a lieu de
mener ce dossier à terme.
Il fait toutefois remarquer qu'un rattachement à la Faculté
des sciences sociales aurait été tout aussi, sinon plus convenable.
C'est une autre illustration de l'à-propos de la recommandation no
17.
Cheminement
Ce dossier devrait être soumis au Conseil universitaire et au Conseil
d'administration dans les meilleurs délais.
Recommandation no 23 :
Que l'Université réévalue l'organisation de la Faculté
d'architecture et d'aménagement.
Commentaire :
De création récente, la Faculté d'architecture et d'aménagement
pose problème. Elle comporte une École d'architecture, un
petit département d'aménagement et un centre de recherche,
le Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD).
La pertinence de la structure facultaire n'est pas évidente. On a
l'impression qu'il y a un étage de trop dans la structure.
La pertinence d'une structure facultaire serait plus manifeste si d'autres
unités lui étaient rattachées.
Par ailleurs, avec l'abolition de la Faculté des arts, l'École
des arts visuels devient orpheline, de surcroît isolée au centre-
ville. Si jamais le rattachement de l'École des arts visuels à
la Faculté des lettres ne se concrétisait pas, on pourrait
envisager d'intégrer l'École à la Faculté d'architecture
et d'aménagement, qu'elle rejoint dans sa dimension artistique.
Le comité croit donc qu'il y aurait intérêt à
étudier attentivement l'hypothèse d'un regroupement de l'École
d'architecture, de l'École des arts visuels et du Département
d'aménagement dans une faculté dont le nom resterait à
trouver.
Outre qu'elle aurait l'avantage de regrouper les unités logées
au centre-ville, cette faculté pourrait sans doute favoriser des
collaborations fécondes entre des unités ayant certaines affinités
et permettrait peut-être d'élaborer de nouvelles activités
dans les secteurs comme le design, par exemple.
Cheminement
Pour l'examen de cette recommandation et de la recommandation no 21, nous
recommandons que la vice-rectrice aux études crée un comité
spécial chargé de faire rapport au Conseil universitaire et
au Conseil d'administration dans un délai de six mois.
Recommandation no 24 :
- Que le dossier de l'École de pharmacie soit étudié
comme prévu ;
- Qu'avant de modifier le statut de l'École des sciences infirmières,
l'Université procède à une évaluation de cette
unité.
Commentaire :
On aurait pu envisager l'hypothèse du regroupement de toutes les
sciences de la santé en une seule faculté. Plusieurs arguments
pourraient être mis de l'avant à l'appui d'un tel regroupement.
Dans la pratique, cependant, il comporterait plusieurs inconvénients.
D'ailleurs, la pratique des grandes universités canadiennes ne va
pas dans ce sens.
Conséquemment, selon nous, le cas de l'École de pharmacie
et le cas de l'École des sciences infirmières doivent être
traités pour eux-mêmes. Dans le premier cas, le dossier a déjà
été complété et sa présentation aux instances
a été retardée en raison de la mise en place du comité
Bélanger.
Le cas de l'École des sciences infirmières se présente
différemment. Aucun dossier n'a encore été constitué.
De plus, les réformes majeures en cours dans le secteur de la santé
et des services sociaux engendrent beaucoup de questions sur l'avenir des
sciences infirmières. Aussi bien le comité estime-t-il opportun
pour l'Université de procéder à une évaluation
périodique de l'École, ce qui permettra de voir plus clair
sur son statut éventuel.
Cheminement
Le comité recommande :
- que le dossier du statut de l'École de pharmacie soit soumis
aux instances décisionnelles dans les meilleurs délais ;
- que le vice-recteur exécutif enclenche le plus tôt possible
l'évaluation périodique de l'École des sciences infirmières.
D. Le fonctionnement des structures
Nous regrouperons dans cette section un certain nombre de recommandations
qui peuvent paraître « résiduelles », mais
qui sont de première importance dans le cadre de l'opération
de restructuration budgétaire et administrative.
1. Gestion différenciée des rapports avec les facultés
Au terme de la présente opération et selon le
sort qui sera réservé au présent rapport, on pourrait
retrouver, au mieux, douze facultés (y compris la Faculté
des études supérieures) et, au pire, dix-neuf facultés,
ce qui serait un record canadien.
Même dans la meilleure hypothèse, on aurait encore des facultés
de taille très considérable et aux responsabilités
très étendues à côté de facultés
plus petites et au mandat relativement restreint.
Dans ce contexte, il importe de revoir nos règles et nos façons
de faire actuelles qui placent toutes les facultés sur le même
pied et qui leur accordent les mêmes droits et privilèges.
C'est le sens de la recommandation no 5 dont nous voulons expliciter ici
certaines conséquences.
Si elle était retenue, cela voudrait dire, par exemple, que certaines
facultés seraient toujours représentées au Conseil
universitaire, à la Commission des études, à la Commission
de la recherche et au Conseil de la Faculté des études supérieures,
alors que d'autres ne le seraient pas, du moins pas toujours directement.
On peut penser aussi que dans des organismes comme le comité de promotion,
on ne devrait pas retrouver tous les doyens ou du moins qu'ils ne devraient
pas tous jouir du droit de vote.
De même, on ne devrait pas s'attendre à ce que la direction
de l'Université consacre le même temps et la même énergie
à des facultés comme les Lettres ou les Sciences et le génie
qui, à elles deux, représentent près de 40 % de l'Université
qu'à des facultés qui ne comptent que quelques dizaines de
professeurs.
Quant aux doyens de faculté, s'ils relèvent tous statutairement
du recteur, ils devront s'attendre à ce que, dans le cas des facultés
de moindre envergure, ce dernier délègue ses responsabilités
à l'un ou l'autre vice-recteur, par exemple lorsque viendra le temps
de procéder à leur désignation ou à leur évaluation.
Bref, il faudra accepter dans les faits une certaine hiérarchisation
des facultés, que cela plaise ou non. C'est la conséquence
inévitable de l'asymétrie et de la différenciation.
2. Décentralisation des masses salariales
Recommandation no 25 :
Que la gestion des masses salariales soit progressivement décentralisée
vers les facultés.
Commentaire :
Plus de 80 % des dépenses de fonctionnement de l'Université
consistent en salaires. Or, ni les doyens de faculté, ni les directeurs
de département n'ont de véritable contrôle sur cette
masse monétaire autrement qu'à la marge (v.g. engagement de
surnuméraires, remplacement, embauche de chargés de cours,
etc.). Dans un tel contexte, comment parler de décentralisation budgétaire
et de responsabilité de gestion ?
Si l'on veut que les unités se prennent en main, il importe de leur
laisser la possibilité de faire des choix, même en regard de
la masse salariale qui leur est attribuée.
Jusqu'à maintenant, les contraintes de conventions collectives négociées
et gérées centralement rendaient pratiquement impossible pareille
décentralisation. Certaines contraintes demeurent certes (v.g. plancher
d'emploi des professeurs, échelles salariales « conventionnées »,
etc.). Néanmoins, compte tenu des ouvertures faites par les syndicats
dans les récentes négociations, il est maintenant possible
de décentraliser considérablement le pouvoir de décision
vers la base et de rendre ainsi les unités plus responsables et « imputables ».
C'est le virage que nous proposons et qui va, selon nous, dans le droit
sens du rapport Bélanger.
Il ne faut pas se cacher les difficultés et les embûches de
cette orientation. Au Québec même, d'autres universités
qui ont décentralisé leurs masses salariales ont des problèmes
budgétaires considérables et d'énormes déficits.
Il faudra donc exercer une grande prudence dans la mise en oeuvre de cette
recommandation. Malgré tout, le comité ne voit pas comment
l'Université pourrait surmonter la crise actuelle et continuer de
progresser vers l'excellence si elle ne prend pas ce virage de la responsabilisation.
Cheminement
Le comité recommande que le vice-recteur exécutif et le vice-
recteur aux ressources humaines soient responsables, en collaboration avec
les facultés et écoles, de la mise en oeuvre de cette recommandation
qui devrait idéalement entrer partiellement en vigueur dès
l'année budgétaire 1996-1997.
3. Remise en cause de la bidimensionnalité
Recommandation no 26 :
Que l'Université procède, dans les meilleurs délais,
à un examen critique de l'application de la bidimensionnalité.
Commentaire :
Cette recommandation découle du rapport Bélanger et de ce
qui précède dans le présent rapport.
Il faut se resituer dans le contexte de la fin des années 1960 et
mesurer l'immense écart qui séparait alors la capacité
des structures traditionnelles de l'Université Laval et les besoins
en croissance vertigineuse de la société à l'égard
de l'Université pour comprendre que, dans la foulée du rapport
du Comité de planification de l'enseignement et de la recherche (comité
Roy), la Commission de la réforme ait eu recours au concept de la
dimensionnalité pour penser la structure de l'Université Laval.
On se disait que les besoins en enseignement et en recherche devaient pouvoir
prendre forme et s'imposer par l'intermédiaire de structures formellement
reconnues, différentes des structures de regroupement des ressources.
Les premières puiseraient aux secondes les moyens requis pour atteindre
leurs fins. Ainsi seraient satisfaits les besoins de l'enseignement et de
la recherche au-delà des frontières départementales.
L'idée était valable. D'ailleurs, de tels modes organisationnels
ne sont pas rares. Les résultats ont été mitigés.
Plusieurs ont estimé, au fil des ans, que, pour tirer pleinement
profit de la structure matricielle à deux dimensions, il eût
fallu doter les comités de programme et les centres de recherche
de ressources financières propres pour leur permettre d'acheter en
quelque sorte les ressources des départements.
Poussée à sa limite, la logique de la bidimensionnalité
appelait l'abolition des facultés. Le rapport Roy ne l'a d'ailleurs
pas caché qui concluait :
« C'est pourquoi, à la suite des recommandations contenues
dans ce rapport, nous ne voyons pas la nécessité de maintenir
les facultés (Un projet de réforme pour l'Université
Laval, Québec, septembre 1968, pp. 149-150). »
Quant à la Commission de la réforme, après quelques
années d'intense activité, elle a mis un terme à ses
travaux lorsqu'elle s'est rendue compte que son hypothèse de supprimer
les facultés et de diviser l'Université en quatre secteurs
ne serait pas acceptée.
Il faut toutefois se rappeler que tous les rapports de la Commission ont
été conçus dans cette logique et que, notamment, les
règlements d'études avaient évacué les facultés.
Il a fallu deux opérations d'harmonisation des statuts et des règlements
pour leur redonner leur place et pour faire se rejoindre, jusqu'à
un certain point, les « deux dimensions » au niveau
de la faculté plutôt qu'au niveau central comme on l'avait
initialement projeté.
Le présent comité n'est pas en mesure de dresser le bilan
complet de la mise en oeuvre de la structure bidimensionnelle. Force lui
est cependant de constater que, sur des points assez fondamentaux, les résultats
n'ont pas été à la hauteur des attentes. Ainsi, les
derniers plans directeurs présentaient la situation de l'interdisciplinarité
à l'Université Laval comme un de ses points faibles majeurs,
alors que la bidimensionnalité avait été justement
introduite pour la favoriser. De plus, la division de la ligne « programmes »
de la ligne « ressources » n'a-t-elle pas engendré
un désintéressement, voire une déresponsabilisation
des départements et des assemblées départementales
en regard des questions liées aux programmes et à la formation,
sans compter qu'elle est à la source d'une lourdeur administrative
que tous déplorent ?
On comprendra que, dans la mesure où il choisit la faculté
comme instance de décentralisation et où il rejette le « mur
à mur », le présent comité remette en cause
l'application universelle et uniforme de la bidimensionnalité.
Il tient toutefois à insister sur la nécessité d'assurer
la présence et la participation des étudiants dans la vie
des programmes et d'éviter qu'elles ne soient évacuées
dans une remise en cause du cadre bidimensionnel.
Cheminement
Le comité recommande que la vice-rectrice aux études crée
un comité spécial chargé d'examiner cette recommandation,
d'évaluer les changements qu'il conviendrait d'apporter aux règlements
d'études pour y donner suite et de lui faire rapport dans un délai
donné. Ce rapport serait ensuite soumis au Conseil universitaire
après avis de la Commission des études.
4. Incitations au décloisonnement
Recommandation no 27 :
Que l'on tente d'éliminer les facteurs qui incitent au cloisonnement
et qu'au contraire, on s'efforce de favoriser la collaboration interdépartementale
et interfacultaire.
Commentaire :
On sait que le financement des facultés est lié en grande
partie aux crédits-étudiants. Cette situation peut donner
lieu, entre autres, à divers types de comportements malheureux. Notons
par exemple la tentation de financer des postes de professeurs par des cours
relativement moins exigeants donnés à de grands groupes d'étudiants
demandant moins d'encadrement puisqu'ils sont inscrits à des programmes
sous la responsabilité d'autres unités. En contrepartie, la
tentation peut être grande d'augmenter ses revenus en récupérant
les cours suivis par ses étudiants dans d'autres unités. De
tels comportements ne favorisent pas le décloisonnement et l'émergence
d'une volonté de collaboration vers une même mission.
Les responsables de l'élaboration du budget ont envisagé mille
et une hypothèses pour résoudre les problèmes de décloisonnement
par la voie des incitatifs et des désincitatifs budgétaires.
Aucune ne semble praticable.
Certaines voies moins faciles semblent cependant envisageables.
Une première consisterait à introduire, pour les études
de premier cycle, soit des balises administratives, soit de façon
moins flexible des dispositions réglementaires visant à limiter
la spécialisation et, conséquemment, le nombre de crédits
pouvant être offerts par un même département dans un
programme. D'autres universités canadiennes ont de telles dispositions
dans leurs règlements d'études. Par ailleurs, n'oublions pas
qu'avec l'avènement des techniques multimédias, le décloisonnement
interuniversitaire s'imposera.
Une seconde serait de limiter la possibilité pour une unité
d'engager un professeur dans une discipline autre que celle dont elle a
la responsabilité. Cette exigence requiert une coordination interdépartementale
ou interfacultaire plus poussée lors de l'autorisation de combler
un poste, responsabilité à laquelle l'Université ne
peut se soustraire et pour laquelle elle ne peut blâmer personne d'autre,
car elle découle de son droit de gérance.
Sur le plan de la recherche, des problèmes de décloisonnement
ont souvent été mentionnés. On peut discuter sur la
question de savoir si l'obligation d'accorder un budget spécial pour
assurer la création et le fonctionnement d'un centre multifacultaire
et d'un institut est normale, ou si c'est plutôt une indication d'un
regroupement artificiel et non viable, ou encore si c'est un signe de cloisonnement
excessif des facultés ou départements en cause. Quoi qu'il
en soit, rien ne s'oppose, si l'Université le juge à propos,
à attribuer à ces entités des postes, la masse salariale
qui leur correspond et un budget. Notons que le fait d'attribuer des postes
à des centres ne porte pas nécessairement atteinte au principe
qui veut qu'un professeur appartienne d'abord à un département.
Ainsi, on peut fort bien attribuer au Centre d'études nordiques un
poste de professeur rattaché au Département de géographie
de la Faculté des lettres.
Cheminement
Que les vice-recteurs donnent suite à cette recommandation dans leur
champ d'action respectif.
Recommandation no 28 :
Que l'Université favorise l'embauche de professeurs appelés
à travailler dans deux départements, voire dans deux facultés
différentes.
Commentaire :
Le « joint appointment » est pratique courante dans
certaines universités. À Laval, si la convention collective
le permet, à la condition qu'on prévoie un rattachement principal,
cette possibilité n'a jamais été utilisée à
notre connaissance.
Pourtant, pareille mesure est certainement de nature à favoriser
le décloisemment et la collaboration interfacultaire, sans compter
qu'elle permettrait des économies. Pourquoi, par exemple, un entomologiste
ne pourrait-il pas être engagé conjointement par la Faculté
des sciences de l'agriculture et de l'alimentation et par la Faculté
de foresterie et de géomatique, ou encore un spécialiste en
droit foncier par le Département de géomatique et la Faculté
de droit ?
Cheminement
Nous recommandons que le vice-recteur aux ressources humaines entreprenne
des discussions avec le Syndicat des professeurs (SPPUL) et les doyens en
vue de donner suite à cette recommandation.
5. Limitation du nombre d'administrateurs
Recommandation no 29 :
Que les secrétaires de faculté ne soient plus considérés
comme des administrateurs au sens des statuts.
Commentaire :
Le comité estime qu'à moins d'être couplée à
une autre fonction comme celle de vice-doyen, en elle-même, la fonction
de secrétaire de faculté ne comporte pas de responsabilités
de gestion justifiant le titre d'administrateur et l'exclusion de l'unité
d'accréditation.
Dans le cas de facultés de taille moyenne ou petite, cela permettrait
d'avoir un secrétaire de faculté sans augmenter le nombre
d'administrateurs. Dans le cas des plus grandes facultés, la fonction
de secrétaire pourrait être exercée par un vice- doyen.
Cheminement
Publication d'un avis d'amendement à l'article 55 des statuts ;
avis du Comité des amendements des statuts ; décision
du Conseil d'administration. Délai : environ trois mois. Par
la suite, après discussions avec le Syndicat des professeurs (SPPUL),
une requête devrait être présentée en vue de la
modification du certificat d'accréditation.
Recommandation no 30 :
Que l'on prenne, par rapport à la nomination de vice-doyens, une
approche « base zéro » ;
Que la décision du Conseil d'administration à l'égard
de la nomination d'un vice-doyen soit double et qu'elle porte :
- sur l'autorisation du poste ;
- sur la nomination de la personne.
Commentaire :
On pourrait citer de nombreux exemples où la présence d'un
ou de vice-doyens faisant équipe avec le doyen est indispensable.
On en a vu d'autres où la tâche de vice-doyen était
assez légère et la justification d'un supplément administratif
peu évidente.
En d'autres circonstances, on pouvait ne pas être trop parcimonieux
dans l'octroi de tels postes. Les choses ont changé et on doit aujourd'hui
porter attention aux faits suivants :
- chaque nomination de vice-doyen entraîne le retrait d'une personne
de l'unité d'accréditation et l'obligation de créer
un poste de professeur en fonction du plancher d'emploi ;
- elle peut entraîner aussi le besoin d'un appui quant au travail
de secrétariat qui pourrait être plus utile ailleurs ;
- surtout, la présence de vice-doyens en trop grand nombre dans
une faculté peut favoriser la constitution d'un groupe faisant écran
entre le doyen et les directeurs de département et empêchant
que s'établissent entre ceux-ci des relations aussi directes que
nécessaires.
Cheminement
Cette recommandation pourrait faire l'objet d'une approbation rapide par
le Conseil d'administration si elle est bien accueillie par le Conseil universitaire.
Recommandation no 31 :
Que, dans le prolongement de la recommandation no 26, on revoie toute
la question des directions d'ensemble.
Commentaire :
Plusieurs remarques faites en rapport avec la recommandation précédente
pourraient être reprises ici.
Ajoutons qu'indépendamment de la taille et de la complexité
de la programmation d'une faculté, le Règlement du premier
cycle lui fait obligation d'avoir un directeur d'ensemble.
Ainsi, la Faculté de médecine dentaire doit avoir un directeur
d'ensemble au premier cycle, même si elle a déjà un
directeur pour son unique programme. Aux deuxième et troisième
cycles, elle doit aussi avoir un directeur d'ensemble puisqu'elle a la responsabilité
de plus d'un programme. Comment ne pas voir ici un excès de bureaucratie
?
Cheminement
Voir le cheminement prévu pour la recommandation no 26.
6. Limitation des mandats au sein des organismes consultatifs
et décisionnels
Recommandation no 32 :
Que soient prévues des limites au renouvellement de mandat au sein
des organismes décisionnels et consultatifs.
Commentaire :
Un membre d'une commission peut être renommé à son poste
indéfiniment. Il en va de même des présidents de commission,
des membres du Conseil universitaire et du Conseil de la Faculté
des études supérieures et des « membres internes »
du Conseil d'administration (pour les « membres externes »,
l'article 71 des statuts prévoit que leur mandat ne peut être
reconduit plus de deux fois).
Cette possibilité de reconduction indéfinie des mandats ne
nous paraît pas souhaitable. Elle ne favorise pas le renouvellement
des idées et paraît plutôt de nature à engendrer
du conservatisme. Par ailleurs, il y aurait avantage à ce qu'un plus
grand nombre de personnes soient invitées à s'intéresser,
pour un temps donné, aux questions concernant l'Université
dans son ensemble.
Cheminement
Que le Comité des amendements des statuts soit mandaté pour
examiner l'introduction dans les statuts de dispositions visant à
limiter le nombre de mandats dans les organismes consultatifs et décisionnels
de l'Université.