III- RÉSULTATS DE LA CONSULTATION SUR LE RAPPORT BÉLANGER

Le lecteur trouvera à l'annexe IV une synthèse des mémoires reçus.

A. Opinions divisées sur les constats

La majorité des répondants estiment que le comité Bélanger a repéré des problèmes auxquels l'Université devrait s'arrêter. Un nombre non négligeable soutient toutefois que le diagnostic est exagéré ou que les observations sont partielles et intuitives. Ces auteurs croient que le comité a dressé un tableau trop sombre de la situation et n'a mis en évidence ni les points forts, ni les structures qui fonctionnent bien.
1. La grande diversité des situations facultaires
Ce constat fait l'unanimité. Cependant, beaucoup d'auteurs ne se sentent pas touchés par ce problème ou ne voient pas comment cet état de choses pourrait constituer un problème. Selon eux, ce n'est pas tant la taille que la représentativité exigée de toutes les facultés, petites ou grandes, qu'il faudrait revoir en évitant l'homogénéité.
2. La multiplication des cloisons
D'après certains auteurs, le rapport Bélanger a repéré un problème réel. Ils signalent un manque de collaboration, une lutte pour les ressources, des difficultés pour exercer l'interdisciplinarité. Les « guerres de territoire » entraînent un gaspillage d'énergie et nuisent à l'esprit et au travail d'équipe.

En outre, plusieurs affirment que les cloisons créées par les personnes elles-mêmes et le mode de répartition des budgets et des ressources sont aussi déterminantes que les cloisons dites de structure.
3. Une structure administrative éclatée
Ce constat a soulevé peu de réactions. Des auteurs admettent cette situation qui déresponsabilise les personnes. Ils remettent en question la bidimensionnalité de la structure administrative qui rend difficile la prise efficace de décision. Par contre, certains ne sont pas d'accord avec la généralisation de ce constat ou y voient un problème de mode de fonctionnement plutôt que de structure.
4. Un climat organisationnel caractérisé par l'anomie
Il n'y a pas de consensus au sujet de ce constat. Ayant observé un tel climat dans toutes les catégories d'employés, plusieurs l'approuvent, certains insistent sur sa gravité ou précisent que le contexte actuel à l'Université favorise le développement de l'individualisme, de la méfiance, de la démotivation, et affaiblit le sentiment d'appartenance.

En revanche, un nombre important trouve ce constat exagéré. Ils invoquent, par exemple, les résultats de la campagne de souscription et affirment que le sentiment d'appartenance à leur unité est très fort.
5. Une mission institutionnelle trop extensive
Les avis sont également partagés à ce sujet. Mais, à l'instar du comité Bélanger, plusieurs voudraient voir abolir les programmes peu productifs ou qui ne répondent plus aux besoins. L'élimination de tels programmes, qui exigent des ressources additionnelles significatives pour peu d'étudiants, permettrait de mieux canaliser les énergies du corps professoral et allégerait l'administration.
6. Des appellations trop contraignantes
Peu d'auteurs approuvent ce constat. Certains le trouvent étrange ou secondaire. On fait également ressortir que le mot « faculté » ou « école » n'est pas seulement une dénomination et une structure, mais qu'il est aussi, dans bien des cas, un lieu intégrateur, un pôle autour duquel les gens s'identifient et développent une culture, une façon de consolider sa position face aux autres centres d'enseignement.

B. Accord général sur les objectifs proposés

Rappelons les objectifs retenus par le comité Bélanger : Ces objectifs sont perçus comme pertinents et louables par la plupart des auteurs. Toutefois, plusieurs ne discernent pas leurs liens avec les constats. Certains auraient toutefois souhaité une plus grande préoccupation pour l'enseignement et la recherche, car les objectifs visent surtout l'efficience administrative. Il y aurait une contradiction entre le premier objectif, d'une part, et les objectifs II, V et VI qui, selon des auteurs, ne peuvent être atteints que dans des facultés fortes. On signale l'absence d'un objectif « anti-anomie ». Enfin, chacun des objectifs fait l'objet de quelques réserves.

C. Rejet de la restructuration proposée

Alors que plusieurs auteurs trouvaient pertinents les constats et les objectifs, une forte majorité rejette la solution proposée par le comité Bélanger. Quelques mémoires seulement approuvent globalement la restructuration proposée et affirment qu'elle invite à revoir nos modes d'organisation actuels. D'autres auteurs émettent des réserves, mais sont d'accord pour mettre en oeuvre la structure proposée. Leur principale crainte est de voir se recréer une bureaucratie similaire à celle qui serait éliminée.

Les motifs invoqués par ceux qui rejettent le modèle proposé sont assez constants et nous les énumérerons brièvement.

Notons d'abord que peu d'auteurs s'opposent au volet 1 de la restructuration qui porte sur la réduction de l'administration centrale. Certains disent toutefois que le processus de réingénierie traitera de ce premier volet.
1. Une proposition détachée des constats et des objectifs
Des auteurs n'ont pas vu de lien entre les constats et les objectifs, d'une part, et la solution proposée, d'autre part. De l'avis de plusieurs, la structure proposée non seulement ne correspond pas aux constats et ne permettra pas d'atteindre les objectifs, mais elle vient même accentuer certains constats et va à l'encontre de certains objectifs.
2. Une structure inédite
On déplore l'absence d'études comparatives qui auraient étayé la solution proposée. Il faudrait éviter de créer une structure tellement novatrice qu'elle serait unique sur le continent. Certains se demandent pourquoi chambarder les structures alors qu'il y a tant à faire sur le plan humain. Ils estiment que le comité confère aux structures un pouvoir qu'elles n'ont pas. Changer les structures ne changera pas les mentalités, les valeurs. Les auteurs font observer que plusieurs constats ne sont pas liés à la structure facultaire.
3. La création de quatre secteurs
Beaucoup d'auteurs estiment que la création de quatre secteurs ressemble davantage à une centralisation qu'à une décentralisation. Selon eux, on obtiendrait une structure encore plus lourde que l'actuelle et la prise de décision serait ralentie. Les décisions continueraient de se prendre « par le haut », sans égard aux préoccupations des unités de base. Les administrateurs auraient une piètre connaissance des besoins et des ressources de leur méga-secteur, car ils auraient à gérer un ensemble de facultés hétérogènes, contrairement à la faculté actuelle qui offre une structure plus légère. Beaucoup sont convaincus qu'on assisterait à une division progressive de l'Université, à la formation de quatre mini-universités.

Plusieurs s'étonnent également de la composition des secteurs. Ils ne voient pas l'intérêt de regrouper des départements et des facultés dont les objectifs et les besoins diffèrent. Ce peu de considération pour les objets d'étude contredit le premier objectif de la restructuration : favoriser la synergie. La structure proposée est artificielle et mettra en péril des unités facultaires fonctionnelles et efficaces.
4. Le sentiment d'appartenance
Si quelques auteurs ne verraient pas d'un mauvais oeil la disparition des facultés, plusieurs autres restent très attachés à la leur. Ils citent d'ailleurs le rapport Bélanger qui énumère les facultés qui réussissent bien (p. 22). Les auteurs de ces mémoires estiment vivre dans une faculté dynamique et efficace, où le sentiment d'appartenance est très marqué et où la distance entre étudiants et instances décisionnelles est réduite au minimum. Selon eux, le regroupement en quatre grands secteurs affaiblirait le sentiment d'appartenance et ne serait pas propice à l'interdisciplinarité, car il créerait des cloisons encore plus étanches.
5. Abolition des organismes centraux
En ce qui a trait au volet 4, nombreux sont ceux qui s'opposent à l'abolition des commissions et de la Faculté des études supérieures. Selon eux, le comité Bélanger banalise le travail qu'elles accomplissent en les remplaçant par des structures provisoires. Il faudrait plutôt modifier leur rôle et les alléger. À l'opposé, quelques auteurs se réjouissent de l'abolition proposée des commissions, de la Direction générale du premier cycle et de la Faculté des études supérieures. Certains ajoutent qu'il devrait en être de même pour la Direction générale de la formation continue. Pourtant, presque tous se demandent qui se chargera de l'harmonisation et de l'évaluation des programmes. Il faudra maintenir un organisme central de gestion de la recherche, en particulier pour l'évaluation des centres de recherche.
6. Réduction des coûts
Plusieurs auteurs déplorent le fait que le rapport Bélanger ne présente aucune évaluation des économies que permettrait de réaliser la nouvelle formule.

D. Peu d'opinions exprimées sur les autres recommandations


Les autres recommandations du comité Bélanger ont fait l'objet de peu de réactions, à l'exception de la troisième, la refonte des départements. Des auteurs s'opposent au rattachement de leur unité à une nouvelle structure.

Ainsi, le Département de biologie a exprimé son désaccord à la suggestion de le rattacher à la Faculté de foresterie et de géomatique.

La proposition de modifier le nom du Département d'éducation physique pour celui de Département de kinésiologie et de le rattacher au secteur des sciences de la santé a reçu l'appui d'un groupe de professeurs dont les recherches sont axées sur les aspects biomédicaux de l'activité physique. Par contre, elle a fait l'objet d'un rejet catégorique de la part d'un autre groupe de professeurs qui considèrent leur rôle dans une perspective éducative ; ces derniers souhaitent conserver leur appartenance à la Faculté des sciences de l'éducation.

Les membres du Département de géographie souhaitent l'unité de leur discipline, tout comme ceux du Département d'informatique.

L'assemblée des professeurs du Département de nutrition humaine et de consommation dit vouloir revoir son appartenance à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation.

La suggestion de regrouper les effectifs de la section Gestion urbaine et immobilière à la Faculté d'architecture et d'aménagement n'a pas reçu l'assentiment des professeurs qui souhaitent poursuivre leurs activités à la Faculté des sciences de l'administration.

Enfin, l'École de musique profite de l'occasion pour réaffirmer que le milieu universitaire représente le meilleur cadre pour l'enseignement de la musique.

E. Conclusion


Le modèle proposé de restructuration n'est pas retenu par les personnes qui ont exprimé leur avis et ne peut être mis en oeuvre. Néanmoins, toute l'opération a soulevé des attentes et l'on n'est pas pour autant favorable au maintien du statu quo.

Plusieurs partagent au moins partiellement les constats du rapport Bélanger et à peu près tout le monde est d'accord avec les objectifs qu'il propose. D'où la nécessité pour le présent comité de poursuivre la réflexion sur ces bases et d'envisager des changements qui soient à la fois significatifs et acceptables.