Gaëtan Brulotte

 
 

Gaëtan Brulotte (Lettres et sciences humaines, 1969, 1972, Sciences de l’éducation 1971) est un créateur. Véritable homme de lettres, sa verve et son éloquence inspirent. Découvrez l’impressionnant parcours de ce diplômé, auteur et distingué professeur qui habite actuellement la ville de Tampa, en Floride.

Un riche parcours

Licence en lettres modernes, diplôme de l’École normale supérieure et maîtrise en Études françaises en poche, M. Brulotte débute sa carrière professionnelle comme enseignant de français, au Cégep de Trois-Rivières. Trois ans plus tard, en 1974, il prend la direction de Paris pour y entreprendre un doctorat à l’École des Hautes études en sciences sociales sous la direction du grand critique Roland Barthes. « Je dois mentionner que ma maîtrise de Laval était très bien vue en France et que je n’ai eu aucune difficulté à obtenir une équivalence pour être accepté dans cette institution prestigieuse », soutient le diplômé. Une fois sa thèse soutenue, il revient enseigner au Cégep et amorce sa carrière d’écrivain sur les chapeaux de roues, avec une série de prix littéraires en vue, dont le prix Robert-Cliche pour son premier roman, L’Emprise, aussitôt adapté à la télévision, le Prix Adrienne-Choquette et le Prix France-Québec pour son 2e livre, Le Surveillant, dont plusieurs nouvelles ont été adaptées à la radio ainsi qu’à la scène, et le Premier Prix des Dramatiques de Radio-Canada pour sa pièce Le Client, qui sera montée plus tard au Festival d’Avignon après d’autres distinctions obtenues en France. 

Au milieu de cette effervescence, M. Brulotte se fait approcher par le Ministère québécois des Affaires internationales qui lui offre une mission gouvernementale aux États-Unis. Après une série d’ententes avec le Ministère de l’éducation, il prend la direction de Cocoa Beach, en Floride, pour enseigner le français à Brevard College. Sa mission d’alors consistait à être une sorte d’ambassadeur culturel en terre américaine et à faire connaître le Québec ainsi que l’expertise québécoise en matière de langue française (dont nos propres institutions d’enseignement et leurs programmes) dans tout le Sud-Est des États-Unis : vaste territoire qui s’étendait de la Louisiane aux Carolines. C’est d’ailleurs au cours de cette mission que les portes des États-Unis s’ouvrent officiellement à M. Brulotte. « Au cours d’une tournée de conférences, j’ai fait une présentation à University of South Florida à Tampa et on m’a alors demandé de venir y enseigner l’année suivante. Les Ministères concernés ont accepté de prolonger ma mission et ainsi pendant 3 autres années, jusqu’à ce que cette université m’offre un poste titularisé. Alors j’y suis resté ». Il faut d’ailleurs dire que, depuis qu’il y travaille, l’institution floridienne n’a cessé de reconnaître officiellement ses services et son apport à l’université en lui remettant multiples distinctions : Artist-Scholar of the Year de la Phi Kappa Phi Honor Society en 1998; Theodore & Venette Askounes-Ashford Distinguished Scholar Award en 1999; Presidential Award for Faculty Excellence en 2003; the Outstanding Research Achievement Award en 2004; et en 2005, le titre le plus élevé de la hiérarchie universitaire, celui de Distinguished University Professor que seulement 1 % obtiennent.

Une brillante carrière

Dans les faits, M. Brulotte assume des cours réguliers en Études françaises et francophones (Québec, Afrique, Maghreb) au Département de langues mondiales (World Languages) à l’université américaine déjà mentionnée, University of South Florida. À titre de professeur universitaire distingué (traduction libre de Distinguished University Professor), il participe en outre, à titre consultatif, aux politiques de l’institution auprès de l’administration. Parallèlement, il est écrivain et ses livres sont surtout publiés au Québec, sauf une encyclopédie en deux volumes qu’il a codirigé avec un collègue britannique et qui est sortie en anglais à New York et à Londres chez Routledge (éditeur international bien connu), projet qui a mobilisé plus de 400 collaborateurs à travers le monde. Il a également fait paraître jusqu’ici environ 300 articles critiques et comptes rendus dans des ouvrages collectifs et dans diverses revues du monde entier. « D’ailleurs, mon tout premier article est paru dans la revue de l’Université Laval Études Littéraires. Que de chemin parcouru depuis! Ma thèse remaniée sous le titre Œuvre de chair est de plus parue aux Presses de l’Université Laval et a inspiré plusieurs autres thèses au Canada, en France et en Afrique », confie le diplômé.

En plus de son travail de professeur et d’écrivain, M. Brulotte siège sur plusieurs comités de lecture pour des revues, des éditeurs, des organismes boursiers, des jurys de thèses et des jurys littéraires. Ses activités l’ont conduit aussi, bien sûr, à faire de nombreuses présentations dans le cadre de colloques et conférences, de même qu’à participer à d’innombrables interviews portant sur ses œuvres et son travail.

Nouvelle terre d’accueil

Bien que les États-Unis soient nos voisins, les différences entre les cultures québécoises et américaines sont bien réelles selon les expériences vécues par notre diplômé.

« Si une tête dépasse, on ne la coupe pas par souci égalitaire (comme on avait tendance à le faire au Québec dans les années 1980-90), on ajoute au contraire un piédestal pour qu’elle dépasse encore plus. On encourage la réussite, on l’accompagne, on la célèbre.  On se sent porté, soutenu, toutes les portes s’ouvrent. C’est une terre d’opportunité pour les bûcheurs. Mais c’est aussi une société très exigeante, hyper-compétitive et sans merci, obsédée par la performance et l’évaluation perpétuelle: en ce sens elle est assez inhumaine. On ne respire jamais, il y faut sans cesse se battre pour survivre. La sécurité n’y existe pas. Tout est sans cesse remis en question. Publish or perish : ce n’est pas un simple jeu de mots, c’est une réalité. Pour ma part, cette réalité ne m’a pas trop pesé, parce que c’est ce que j’aime faire, écrire.» 

Sur d’autres plans, l’adaptation du professeur originaire de Québec fut plus difficile. Considérant qu’une partie de ses cours se donnent en anglais, il a dû trouver les bonnes traductions anglaises des textes littéraires français, apprendre les expressions justes et nuancées, des obstacles à franchir qu’il n’avait pas rencontrés lorsqu’il enseignait en français au Québec. «La partie la plus déchirante pour moi, c’était et c’est encore, le combat intérieur que je dois livrer à chaque instant en tant qu’écrivain québécois francophone pour sauvegarder en moi ma langue maternelle dans toutes ses nuances et sa richesse dans un environnement anglophone». Il a d’ailleurs publié un article sur le sujet de l’exil dans le rapport à la langue, car sa situation l’aide à mieux comprendre, de l’intérieur, des écrivains qui ont vécu dans une autre langue que la leur, tels Kafka, Cortázar ou Nabokov. Au fait d’avoir à vivre les affres de l’acculturation tout en y résistant, se sont ajoutés d’autres déchirements affectifs qui ont accentué le sentiment d’isolement (séparation de sa famille, perte de sa compagne d’alors, etc.). «Les sacrifices ont été immenses», révèle-t-il. Heureusement, ses fréquents séjours au Québec l’aident à rester en contact avec ses racines. Il conserve d’ailleurs toujours son domicile à Trois-Rivières où il écrit la plupart de ses livres.

Le rôle essentiel de l’Université Laval

Parlant de ses racines, M. Brulotte se remémore ses années à l’Université Laval.

«Ce furent cinq années de grande stimulation intellectuelle et de transformation personnelle. (...) J’ai gardé des souvenirs impérissables de certains professeurs qui m’ont marqué pour la vie, par exemple, Louis Morrice, Jean Darbelnet, Jean-Charles Falardeau, Albert Henry, Pierre-Henri Thomas et Clément Lockquell. Le premier m’a entre autres fait découvrir Proust, qui a métamorphosé ma vie. Le second m’a initié à la stylistique, le troisième à la sociologie de la littérature. J’ai suivi avec admiration et une grande soif de connaissances les cours de très haut calibre de M. Henry sur la poésie moderne en prose, de M. Thomas sur la correspondance des arts et de la littérature à travers les âges depuis l’antiquité, ainsi que ceux M. Lockquell en esthétique générale et en esthétique littéraire. Ces deux derniers m’ont faire découvrir la beauté, ce qui n’est pas rien dans la formation d’un jeune homme.» 

Pour M. Brulotte, la formation qu’il a reçue de l’Université Laval a contribué grandement à ce qu’il est devenu aujourd’hui. « Elle a été essentielle, tout à fait déterminante, et me sert encore chaque jour. Ce pourquoi j’envoie souvent mes étudiants américains poursuivre leurs études à l’Université Laval. Aujourd’hui en un juste retour des choses, on enseigne mes livres à  Laval », lance-t-il fièrement.

Le diplômé tente également de garder contact avec ses anciens camarades de classe et l’Université, bien que ce ne soit pas évident dans le contexte où il passe plusieurs mois par an à l’étranger. « Autant que possible j’assiste à la cérémonie annuelle des Prix Grands Diplômés qui est toujours si bien organisée. Une amitié de plus de 50 ans me lie à un ancien de Laval avec qui j’ai fait mes études et je le revois avec plaisir au moins une fois par an puisqu’il habite Trois-Rivières ». Par ailleurs, au moins une de ses anciennes étudiantes enseigne maintenant au Département des littératures de l’Université Laval, Marie-Andrée Beaudet. M. Brulotte affirme aussi avoir eu des relations professionnelles très fécondes avec des collègues de Laval comme, par exemple, Thierry Belleguic.

Réalisations à venir

Bien que sa carrière de professeur tire à sa fin, celui qui vient de recevoir le titre de Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques - la plus ancienne et l’une des plus hautes décorations civiles françaises - n’envisage aucunement une retraite définitive pour le moment. Il a plutôt d’autres plans : « Écrire d’autres livres, continuer de publier tout en essayant de jouer un rôle actif et utile au sein de la société québécoise pendant ma retraite». 

Pour en savoir plus sur les réalisations de M. Brulotte :

www.gbrulotte.com (site Web officiel)

http://languages.usf.edu/people/gbrulotte/ (anglais) : on y trouve une brève synthèse en une page de son profil universitaire et son CV complet.

Lien vers des interviews récentes (en français) : 

www.ulaval.ca