William St-Michel

 
 

Droit 2007 et 2013

Âgé d’à peine 30 ans, William St-Michel a déjà un parcours professionnel étonnant. De l’Université Laval à la ville de La Haye, le diplômé nous raconte son histoire.

Intéressé depuis toujours par l’action politique, William St-Michel considérait, au moment de choisir son programme universitaire, que le droit était un passage obligé. C’est donc « un peu par défaut », pour reprendre ses mots, qu’il a choisi cette voie. Rapidement, il a cependant découvert les multiples débouchés d’un baccalauréat en droit et la valeur d’une carrière dans ce domaine. « Plusieurs aspects des études en droit m’ont conforté dans mon choix : les problèmes que le droit cherche à résoudre sont ancrés dans la réalité et leur résolution est très stimulante sur le plan intellectuel ». Si le choix du droit comme domaine d’études ne s’est pas fait d’emblée pour William St-Michel, le choix de l’Université Laval, en revanche, lui parut naturel. « L’Université était près de mon milieu de vie, avait une solide réputation et mes parents y avaient eux-mêmes étudié », dit-il.

Après avoir développé une passion pour le droit international lors de son baccalauréat, il a immédiatement considéré les études supérieures une fois son diplôme de 1er cycle en poche. « Même si je pouvais opter pour une université à l’étranger, l’expertise grandissante de la Faculté de droit dans le domaine du droit international m’a convaincu de rester à Québec, d’autant plus qu’une experte internationalement reconnue, la professeure Fannie Lafontaine, a accepté de superviser mes travaux. »

Ce choix, il ne l’a jamais regretté. « Corps professoral disponible, accessible et soucieux de la réussite des étudiants », William St-Michel ne tarit pas d’éloges au sujet de la qualité de l’enseignement qu’il a reçu à l’Université Laval. « Les professeurs que j’ai connus ne se contentaient pas d’enseigner la mécanique des règles de droit; ils nous incitaient à réfléchir à leurs fondements et n’hésitaient pas à susciter des débats en classe. »

Reconnaissant envers l’Université Laval, le diplômé entretient et conserve toujours des liens étroits avec la Faculté de droit, en particulier avec la Clinique de droit international pénal et humanitaire dirigée par la professeure Fannie Lafontaine. « C’est peut-être cliché, mais après avoir tant reçu de mon alma mater, je me sens obligé de "donner au suivant", d’autant plus que le domaine du droit

De la théorie à la pratique

La carrière internationale du jeune avocat n’a pas débuté du jour au lendemain. Une fois sa formation au Barreau du Québec complétée, c’est à la Cour d’appel du Québec qu’il a fait ses premières armes dans le domaine du droit. « Pendant ces trois années (à la Cour d’appel), j’ai eu la chance de conseiller les juges et le personnel de greffe (l’organe de support de la Cour) sur une multitude de sujets, touchant notamment au droit criminel, au droit de la famille et au droit constitutionnel ». Parallèlement à son travail à la Cour d’appel, William St-Michel s’est engagé bénévolement au sein de l’organisation non gouvernementale Avocats sans frontières Canada (ASFC), qui soutient la défense des droits de l'homme dans plusieurs régions du monde, dont Haïti, le Guatemala et la Colombie. « Entre 2009 et 2011, j’ai eu le privilège de participer à plusieurs missions en Colombie, au cours desquelles j’ai observé des procédures judiciaires et j’ai rencontré les autorités du pays pour leur signaler des menaces dont des avocats faisaient l’objet. Cette collaboration avec ASFC m’a véritablement donné la piqûre du travail de terrain. »

C’est alors qu’en 2012, il obtient la chance de passer de la théorie du droit international à la pratique : il est recruté par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, situé à La Haye, aux Pays-Bas. « Avec ce boulot, j’ai véritablement le sentiment d’avoir trouvé ma voie. Entre autres choses, j’ai participé à la rédaction du plus long jugement rendu à ce jour par le Tribunal, qui statuait sur la responsabilité pénale de six individus accusés de crimes commis en Bosnie de 1991 à 1993 », confie le jeune avocat.

Aux Pays-Bas depuis bientôt 3 ans, William St-Michel a eu besoin d’une certaine période d’adaptation pour s’acclimater à sa nouvelle terre d’accueil.

« La situation des Hollandais en Europe se compare un peu à celle des Québécois : un peuple dont la population est relativement petite, avec une langue qui n’est pas, ou presque pas, parlée dans les pays voisins. Les Hollandais forment donc, eux aussi, une société tricotée serrée, dont la solidarité est l’une des marques. Cette situation rend l’intégration quelque peu difficile. Avec un Hollandais, passer de la cordialité à la franche amitié n’est pas évident. On peut très bien faire sa vie en anglais, mais ne pas parler la langue néerlandaise demeure un frein. C’est pourquoi je m’y suis mis. Par ailleurs, le rapport des Hollandais avec l’intimité est assez particulier – je m’étonne encore de l’absence de rideaux dans les fenêtres! Ils ont également des traditions intrigantes, comme celle de la journée du hareng. Une journée très festive dans le port de Scheveningen (un quartier de La Haye) qui souligne la première pêche de hareng de l'année. Pour l'occasion, les gens mangent ledit poisson d'une façon bien particulière : cru, avec des oignons et en le prenant par la queue. »

Le diplômé nous assure cependant qu’il a su y faire sa place. « Avec le temps, je me suis fait des amis hollandais, je me suis inscrit à des activités sportives, j’ai découvert la vie culturelle locale. (…) Maintenant, quand j’atterris à l’aéroport de Schiphol, j’ai le sentiment de rentrer à la maison. »

D'aujourd'hui à demain

Aujourd’hui, et ce depuis octobre, il occupe le poste d’assistant juridique au sein de l’équipe qui assure la défense de M. Bosco Ntaganda devant la Cour pénale internationale. M. Ntaganda, un ancien officier militaire, fait face à dix-huit chefs d’accusation pour des événements qui se sont déroulés en 2002-2003, dans une région de la République démocratique du Congo (RDC). Dans le cadre de ce procès qui débutera en 2015 et qui s’échelonnera vraisemblablement sur plusieurs années, les tâches et responsabilités de Me St-Michel sont nombreuses.

« En tant qu’assistant juridique, je suis étroitement associé à la préparation de la défense de M. Ntaganda. D’ici juin, nous nous concentrons sur la préparation du procès. En particulier, j’analyse des déclarations de témoins et les documents qui seront utilisés au procès. Je rédige également diverses requêtes touchant à des questions de procédure. Je participe aussi à des rencontres avec les représentants du bureau de la Procureure pour discuter de la mécanique du procès. Je me rendrai prochainement en RDC avec l’avocat principal pour mener nos propres enquêtes sur le terrain. Nous y rencontrerons des gens qui nous donneront des informations pertinentes sur le déroulement des faits en 2002-2003. Lorsque le procès débutera, je mènerai certains des interrogatoires et contre-interrogatoires. Pour un avocat, c’est tout un défi. »

Beaucoup se demandent comment des personnes peuvent défendre des « criminels de guerre » et à ce sujet, William St-Michel n’hésite pas à prendre les devants.

« À mon humble avis, le succès de la justice pénale internationale ne se mesure pas au nombre de condamnations, mais plutôt à sa capacité à garantir une procédure intègre. Le déni de justice ne concerne pas que les victimes. Au surplus, les situations portées devant la Cour pénale internationale ne sont pas aussi limpides que certains le prétendent : plusieurs acteurs sont impliqués, plusieurs intérêts sont en jeu. On ne peut établir la culpabilité d’une personne en droit international de la même façon qu’en droit interne. Dans ces circonstances, il importe donc que l’accusé soit dûment représenté pour s’assurer qu’il soit puni pour ce dont il est véritablement coupable, le cas échéant. C’est mon devoir. »

En ce qui a trait à la suite pour le jeune diplômé en droit, le parcours à court et moyen termes est déjà tracé. « Pour l’heure, je suis engagé dans un procès qui durera plusieurs années. J’ai l’intention d’aller jusqu’au bout de l’aventure. » Par la suite, il entend se questionner sur son cheminement professionnel. « Si la pratique du droit m’intéresse encore, je resterai probablement à La Haye. Je serais peut-être intéressé à travailler aussi sur le terrain, auprès de commissions d’enquête. En tout état de cause, tant que je serai en Europe, j’ai bien l’intention de continuer à user mes semelles dans les pays du Vieux Continent, mais également d’Afrique et d’Asie. »

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