Faire et recevoir un dévoilement (coming-out)
Pourquoi faire un dévoilement?
Toute personne est libre de faire un dévoilement sur ses attirances amoureuses ou sexuelles, ainsi que sur son identité de genre. Lorsqu’une personne choisit d’effectuer ce qu’on appelle communément son «coming out», c’est qu’elle y a réfléchi longuement. Elle sait qu’elle pourrait être confrontée à diverses réactions, à la fois positives et négatives. C’est pourquoi il est important de réaliser que si quelqu’un de la diversité sexuelle et la pluralité des genres (DSPG) se confie à vous, c’est qu’elle vous accorde sa confiance.
Comment faire son dévoilement?
Ressentir le besoin
Faire son «coming out» est un choix personnel, alors il est important de le faire parce qu’on en ressent réellement le besoin et non de le faire sous pression.
Choisir son auditoire
Il est préférable de faire les premières confidences auprès de personnes ouvertes et susceptibles de bien l'accueillir avec respect.
Choisir ses mots
Réfléchir à qui s’adresse le message, écrire au préalable les points à aborder afin de mieux structurer sa pensée et son discours.
Rester calme et respectueux
Un «coming out» peut susciter diverses réactions. Il est important de demeurer calme et de ne pas oublier que la première réaction des gens ne reflète pas toujours ce qu’ils pensent réellement.
Assurer sa sécurité
En cas de possibles réactions homophobes ou transphobes, il est préférable de faire son «coming out» dans un endroit sécuritaire où il y a d’autres personnes qui peuvent intervenir au besoin.
Respecter le rythme
Certaines personnes ont besoin de temps pour assimiler ce qu’elles viennent d’apprendre. Il est donc important de respecter leur rythme. Par exemple, un parent qui reçoit la confidence de son enfant trans peut avoir besoin d’un temps d’adaptation avant d’utiliser le prénom choisi de son enfant.
Rechercher du soutien
Plusieurs organismes LGBTQ+ peuvent offrir du soutien, de même que certains forums de discussion. Ils peuvent aider à se sentir moins seul, à partager son expérience et à obtenir des conseils adaptés.
Comment recevoir un dévoilement?
Écouter
L’écoute attentive est primordiale. Même si cela semble aller de soi, il n’est pas toujours facile de laisser aller son interlocuteur jusqu’au bout de son idée sans s’exprimer. Il se peut que la personne prenne du temps pour formuler ce qu’elle souhaite exprimer, alors évitez de combler le silence ou de terminer ses phrases.
Porter attention au non-verbal
Même sans les mots, nous nous exprimons! Alors, attention à laisser transparaître toute forme de jugement ou un trop grand effet de surprise. Une vive réaction pourrait augmenter le malaise, voire la détresse chez la personne qui fait son dévoilement. Sans banaliser la confidence, soyez simplement présent à l’autre.
Remercier la personne pour sa confiance
Si vous ne savez pas quoi dire, vous pouvez tout simplement remercier la personne pour sa confiance. Vous pouvez également témoigner de votre soutien, non pas en brandissant un drapeau arc-en-ciel, mais simplement en lui disant que cette confidence ne modifie pas le lien que vous avez avec elle et que vous êtes là si elle a besoin.
Proposer son aide
Vous pouvez demander à la personne si elle souhaite que vous jouiez un rôle, par exemple: être la personne présente si elle a besoin de ventiler ou encore si elle a besoin d’aide pour faire son dévoilement à d’autres personnes, etc. Validez toujours les besoins de la personne avant de prendre des initiatives pour éviter de blesser, malgré une bonne intention. Si le dévoilement concerne l’identité de genre, demander quel prénom, quels pronoms ou quels accords elle préfère est une manière concrète de montrer votre respect.
S’assurer que la personne est en sécurité
Il est important de demander à la personne si elle se sent en sécurité ou si elle craint que son intégrité soit menacée, et ce, surtout s’il s’agit d’une personne mineure. Demandez-lui clairement si elle se sent en sécurité à la maison, à l’école, au travail, etc. Cherchez avec elle un moyen d’assurer sa sécurité (par exemple, trouver un hébergement temporaire, identifier un ami ou une amie qui peut l’héberger, etc.)
Respecter le rythme de la personne
La personne s’est confiée à vous, mais cela ne veut pas dire qu’elle est prête à en parler à son entourage. Alors, il est très important de ne pas lui mettre de pression pour qu’elle aborde ce sujet avec d’autres personnes. Le respect du rythme est essentiel pour assurer un accompagnement adéquat.
Respecter la confidentialité
Comme mentionné plus haut, la personne vous fait confiance en livrant son secret. Il ne faut donc pas révéler son identité de genre ou ses attirances amoureuses et sexuelles à une tierce personne. Vous n’aiderez en rien cette personne à aller de l’avant si vous faites le dévoilement à sa place. D’ailleurs, selon la Charte des droits et libertés du Québec, il s’agit d’une atteinte au droit à la vie privée et à la sécurité de la personne.
Faire attention
Aux questions indiscrètes ou déplacées
Si une personne qui s’identifie comme une fille vous dit être attirée par les filles, on évite les questions teintées de stéréotypes comme: «Qui fait l’homme dans le couple?». Cette idée repose sur une conception erronée selon laquelle un couple doit forcément reproduire des rôles masculins et féminins. Il s’agit tout simplement de 2 personnes qui s’aiment.
Si une personne vous révèle être trans, on ne pose surtout aucune question sur son désir d’avoir une chirurgie et encore moins sur le statut de ses organes génitaux. Est-ce que vous aimeriez qu’on vous demande à quoi ressemble votre sexe? Dites-vous que ces questions éveillent le même malaise chez les personnes trans et non-binaires.
À invalider la personne
La personne a longuement réfléchi avant de faire son «coming out» et lui demander si elle est sûre peut lui donner l’impression que vous remettez en question ses attirances ou son identité. Évitez les phrases comme: «Es-tu sûre ou sûr?», «Tu n’as pas l’air de ça», etc.
À l’utilisation de termes infériorisant
Des termes infériorisant du style «normal» en opposition à «anormal» sont à proscrire. S’il s’agit d’une personne qui souhaite faire des démarches de transition de genre, on ne dit pas de cette personne qu’elle est en transformation.
Étapes possibles face à un dévoilement associé à l'identité de genre
Voici 4 étapes que l’entourage peut traverser lors d’un dévoilement sur une identité de genre d’un proche, autre que celle associée au sexe biologique.
La durée peut être très variable (quelques jours à des années). D’où l’importance de communiquer des informations justes ou orienter ses proches vers des lectures ou des ressources pertinentes.
Étape 1: découverte et dévoilement
C’est l’étape du choc, parfois teintée d’un sentiment de trahison et/ou de confusion. Il se peut que l’interlocuteur démontre peu de réactions, ce qui ne signifie pas automatiquement qu’il n’est pas réceptif. Il faut lui donner du temps pour assimiler l’information. Cette réaction peut aussi indiquer un espoir sous-jacent que la situation soit transitoire. Il est important de se rappeler que, même si la personne est ouverte à la diversité sexuelle et la pluralité des genres, cette annonce peut la déstabiliser momentanément.
Étape 2: tourment
Le stress et le chaos caractérisent cette étape. Les proches peuvent être émotionnellement distants. Des conflits familiaux peuvent surgir (exemple: un seul des deux parents accepte). Il est important d’aller chercher de l’aide afin d’avoir le soutien nécessaire pour cheminer. La communication est importante, puisque le proche aura besoin de réponses à ses questions et la personne trans aura besoin de sentir qu’elle peut s’exprimer sans craindre de décevoir ou perdre son proche.
Étape 3: deuil et négociation
Les proches réalisent que la transidentité n’est pas une phase. Certains vivent un deuil symbolique, souvent associé à l’impression de perdre le garçon ou la fille qu’ils ont vu grandir et pour qui ils avaient des projets. L’utilisation du prénom choisi peut être douloureuse pour certains parents qui avaient appelé leur enfant par un prénom significatif pour eux. Ainsi, il se peut qu’un proche propose d’utiliser un surnom ou des mots plus neutres, pour s’habituer tranquillement à respecter l’identité authentique de la personne trans ou non-binaire. Cette étape demande de la compréhension et de la compassion.
Étape 4: l’équilibre
Une meilleure compréhension et un accueil plus chaleureux marquent l’apaisement des tensions. La transition suit son cours ou est terminée. C’est souvent à cette étape que la famille élargie est mise au courant. Les discussions et les préoccupations vont se décentrer de la question de l’identité de genre pour retourner à d’autres enjeux ou sujets de discussion laissés de côté durant ce temps (exemple: projet d’études).
L’écoute, le respect et la communication sont les clés pour bien accompagner une personne qui fait son «coming out».
On écoute son message et ses besoins, on respecte son rythme et on favorise une communication ouverte qui permet à chacun de s’exprimer librement. Si l’annonce provoque un malaise ou vous plonge dans l’incompréhension, il ne faut pas hésiter à aller chercher de l’aide.
Références
Central Toronto Youth Services (2020). Famille en TRANSition: Un guide de ressources à l’intention des familles des jeunes transgenres (2e édition).
Centre de solidarité lesbienne (2024). Guide sur le coming out et le questionnement par et pour les personnes lesboqueer.
Pullen sanfaçon, A; Medico, D; (2021). Jeunes trans et non-binaires, de l’accompagnement à l’affirmation. Les éditions remue-ménage
Susset, F. (2020). Vers une approche globale pour la santé et le bien-être des personnes trans, non-binaires et créatives de genres, formation présentée par l’institut pour la santé trans.
Rédigé par: Chantal Thibodeau
Les raisons qui poussent une personne à faire son «coming out» sont multiples. Elles peuvent découler du désir de vivre en concordance avec soi-même, de se libérer d’un fardeau ou encore par le besoin de rencontrer des gens partageant une expérience similaire.