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Un mystère vieux de 100 ans enfin élucidé: Des chercheurs observent pour la première fois une anguille adulte dans la mer des Sargasses

Québec, le 27 octobre 2015 – Après plus d'un siècle de spéculations, des chercheurs prouvent enfin que la migration reproductrice des anguilles d'Amérique les conduit bel et bien à la mer des Sargasses. Une équipe supervisée par le professeur Julian Dodson, de l'Université Laval, et Martin Castonguay, de Pêches et Océans Canada, rapporte en effet avoir établi la route migratoire de cette espèce en suivant 28 anguilles munies d'émetteurs satellites. L'un de ces poissons a atteint la limite nord de la mer des Sargasses, lieu présumé de reproduction de l'espèce, au terme d'un périple de 2400 km. Les détails de cette découverte sont publiés dans la dernière édition de la revue scientifique Nature Communications.

Cette démonstration met fin à plus de cents ans de conjectures au sujet de la route migratoire et de la localisation du seul site reproducteur des anguilles d'Amérique. «Des larves d'anguilles ont été observées dans la mer des Sargasses dès 1904, ce qui laissait supposer que l'espèce se reproduisait dans cette zone, mais aucune anguille adulte n'avait jamais été observée dans cette partie de l'océan Atlantique», souligne le professeur Dodson, de la Faculté des sciences et de génie de l'Université Laval.

Les nombreuses expéditions visant à capturer des anguilles dans leur mystérieux site de rassemblement avaient toutes échoué, mais le développement récent d'émetteurs satellites sophistiqués a ouvert de nouvelles possibilités aux chercheurs. Julian Dodson et ses collaborateurs ont installé ces émetteurs sur 22 anguilles capturées en Nouvelle-Écosse et sur 16 autres provenant de l'estuaire du Saint-Laurent. Dans les semaines qui ont suivi, 28 de ces émetteurs ont refait surface dans différentes zones de l'Atlantique et ont transmis les données qu'ils avaient enregistrées.

Les analyses ont révélé que toutes les anguilles adoptent des trajectoires et des patrons migratoires similaires. Près des côtes, elles semblent utiliser le taux de salinité et la température pour gagner la haute mer. Un seul émetteur a fourni des données pour la partie océanique de la migration. Il a révélé que l'anguille qui le portait a viré plein sud une fois la limite du plateau continental atteinte et qu'elle a maintenu une trajectoire rectiligne jusqu'à la mer des Sargasses. En 45 jours, cette anguille capturée au Québec a parcouru 2400 km. «Cela suggère l'existence d'un mécanisme de navigation qui fait probablement appel à la détection des champs géomagnétiques», avance le professeur Dodson.

Julian Dodson se garde toutefois de tirer des conclusions prématurées à partir d'une trentaine d'anguilles dont une seule a fait tout le trajet migratoire. «Nos données nous apprennent tout de même que les anguilles ne font pas tout le trajet en suivant les côtes, qu'elles peuvent faire cette migration en quelques semaines seulement et qu'elles se rendent bien à la mer des Sargasses. On savait que des millions d'anguilles d'Amérique faisaient une migration reproductrice, mais personne n'avait encore observé d'adultes en haute mer ou dans la mer des Sargasses. Pour un scientifique, il s'agissait d'un mystère fascinant.»

L'article paru dans Nature Communications est signé par Mélanie Béguer-Pon, José Benchetrit et Julian Dodson, de l'Université Laval; Martin Castonguay, de Pêches et Océans Canada; et Shiliang Shan, de l'Université Dalhousie.

Renseignements:
Julian Dodson
Département de biologie
Faculté des sciences et de génie
Université Laval
418 656-2131, poste 3289
Julian.Dodson@bio.ulaval.ca

Source:
Jean-François Huppé
Relations médias
Université Laval
418 656-7785
Jean-Francois.Huppe@dc.ulaval.ca