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La section «Commentaires» des articles en ligne influence l'opinion des lecteurs sur les questions de santé

Québec, le 5 avril 2016 – La section «Commentaires» des articles en ligne peut avoir une influence significative sur l'opinion des lecteurs dans des domaines qui touchent la santé, révèle une étude publiée dans l'édition d'avril de la revue Health Affairs. Cette influence soulève de sérieuses questions sur la façon de gérer les commentaires des lecteurs dans les médias en ligne considérant la forte polarisation souvent observée dans ces forums.

Dans le cadre de cette étude supervisée par Holly Witteman, professeure à la Faculté de médecine de l'Université Laval, quelque 1700 participants ont eu à lire attentivement un article consacré à l'accouchement à la maison. Cet article avait été rédigé à partir de textes réels parus dans divers grands médias américains. «Nous avons repris des paragraphes de chaque source, incluant des citations de personnes et de professionnels de la santé en faveur ou contre l'accouchement à la maison afin d'en faire un texte équilibré et impartial, explique la professeure Witteman, qui est également chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval.

Ce texte était suivi de dix commentaires tirés des mêmes médias. Pour reproduire la polarisation d'opinion souvent observée dans les médias sociaux, les chercheurs ont manipulé les commentaires présentés aux participants: un premier groupe a eu droit à des commentaires unanimement en faveur de l'accouchement à la maison alors qu'un deuxième groupe n'a lu que des commentaires négatifs. Pour évaluer l'effet des expériences personnelles, les chercheurs ont aussi formé des ensembles de commentaires qui contenaient tous des témoignages personnels sur l'accouchement à la maison ou qui n'en contenaient aucun. Enfin, un autre groupe a eu droit à des commentaires équilibrés alors qu'un dernier groupe a lu l'article sans commentaire.

Après la lecture, les participants ont eu à exprimer leur opinion sur l'accouchement à la maison sur une échelle de 0 (extrêmement négative) à 100 (extrêmement positive). Résultat: même s'ils avaient tous lu le même article, leur opinion sur le sujet était nettement influencée par la nature des commentaires auxquels ils avaient été exposés. Les participants du groupe «commentaires équilibrés» et celui du groupe «sans commentaire» ont enregistré un score moyen de 52. Par contre, le score moyen du groupe «commentaires négatifs» était de 39 alors qu'il atteignait 63 pour le groupe «commentaires positifs». La présence de témoignages personnels accentue la polarisation entre les deux options.

Il ne faudrait pas pour autant supprimer la section «Commentaires» ou y interdire les témoignages personnels, estime Holly Witteman. «Même si la qualité du contenu est parfois discutable, il s'agit d'un outil qui permet aux gens de diffuser et de trouver de l'information sur des sujets en lien avec leur santé. Cette prise en main est positive. De plus, le partage d'information peut s'avérer particulièrement utile lorsque le sujet discuté ne fait pas consensus dans la communauté scientifique ou que le choix relève de valeurs ou de préférences personnelles.» 

Ce que l'étude révèle surtout, selon la professeure Witteman, est le danger de la polarisation des opinions. «Les organisations qui diffusent de l'information sur la santé doivent assurer une représentation adéquate des divers points de vue afin de permettre aux lecteurs de se faire une opinion, juge la chercheuse. On peut permettre l'expression d'idées marginales, à condition de les faire suivre d'un commentaire respectueux qui rétablit les faits. C'est pourquoi le budget d'un site de nouvelles en santé devrait prévoir une enveloppe pour un gestionnaire de communauté et pour des professionnels de la santé qui apporteront des nuances aux idées exprimées et qui répondront aux questions soulevées par les lecteurs.»

L'article paru dans Health Affairs est signé par Holly Witteman et Marie-Ève Trottier, de la Faculté de médecine de l'Université Laval et du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, Angela Fagerlin, de Université de l'Utah, et par Nicole Exe et Brian J. Zikmund-Fisher, de l'Université du Michigan.

Renseignements:
Holly Witteman
Faculté de médecine
Université Laval
Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval
418 656-2131, poste 3981
Holly.Witteman@fmed.ulaval.ca

Source:
Jean-François Huppé
Relations médias
Université Laval
418 656-7785
Jean-Francois.Huppe@dc.ulaval.ca