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Québec, le 27 janvier 2016—L'humble ver de terre pourrait constituer une menace à la diversité végétale des milieux naturels, révèle une étude publiée récemment par des chercheurs de l'Université Laval et de l'Université de Sherbrooke. Les chercheurs ont observé que la présence de cet invertébré introduit d'Europe est associée à une réduction de l'abondance de certaines espèces d'arbres et de plantes dans les sous-bois des érablières du sud du Québec.

Les chercheurs ont visité 40 parcelles situées dans 5 érablières des Cantons de l'Est et ils ont relevé la présence de vers de terre dans la moitié des sites. Leurs analyses montrent que la quantité de vers de terre présents affecte l'abondance et la diversité des espèces de sous-bois. Ainsi, les jeunes pousses d'érable rouge, d'érable de Pennsylvanie, de hêtre à grandes feuilles et de deux espèces de fougères se font plus rares à mesure que le nombre des vers de terre augmente. À l'inverse, la présence des vers semble favoriser les frênes et les graminées.

«L'explication la plus probable est que les vers consomment la matière organique contenue dans la litière, avance Line Lapointe, professeure à la Faculté des sciences et de génie de l'Université Laval et auteure principale de l'étude. Il en résulte un sol qui retient moins bien l'humidité, ce qui nuit à la germination des graines et à la survie des plantules de certaines espèces.»

La situation n'est pas encore dramatique, mais il est temps qu'on s'en préoccupe, estime la chercheuse : «Les vers ont commencé à changer la composition végétale des érablières et, si rien n'est fait, ces changements pourraient s'accentuer et s'étendre à d'autres milieux forestiers. Par ailleurs, la plupart des espèces végétales menacées ou vulnérables se retrouvent dans les forêts du sud du Québec. Les vers pourraient compliquer leur conservation.»

Les mesures pour limiter la propagation des vers de terre en milieu naturel sont limitées, mais il en existe une, visant les pêcheurs, qui peut être facilement mise en pratique : «Les vers qui n'ont pas été utilisés lors d'une expédition de pêche ne devraient jamais être libérés en forêt, insiste Line Lapointe. Les pêcheurs devraient les rapporter avec eux ou, si ce n'est pas possible, ils devraient les relâcher dans le plan d'eau.»

Rappelons que les vers de terre que l'on trouve dans les gazons, les jardins et les champs agricoles, tout comme ceux qu'on élève pour la pêche, appartiennent à des espèces qui ont été apportées ici, volontairement ou non, par les colons européens. Leur répartition géographique est étroitement liée aux activités humaines.

L'étude publiée dans un récent numéro de Forest Ecology and Management est cosignée par Line Lapointe, de l'Université Laval, ainsi que Mélanie Drouin et Robert Bradley, de l'Université de Sherbrooke.

Renseignements:
Line Lapointe
Département de biologie
Faculté des sciences et de génie
Université Laval
418 656-2131, poste 2822
Line.Lapointe@bio.ulaval.ca

Source:
Jean-François Huppé
Relations médias
Université Laval
418 656-7785
Jean-Francois.Huppe@dc.ulaval.ca