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Covid-19 et alimentation: le confinement a eu un impact moins négatif qu’anticipé pour un grand nombre de Québécois

Québec, le 5 janvier 2021 – Contrairement à ce que certains sondages laissaient craindre, le confinement causé par la Covid-19 n’a pas entraîné l’abandon des bonnes habitudes alimentaires chez les Québécois qui étaient déjà soucieux de ce qu’ils mangent. La qualité de l’alimentation se serait même légèrement améliorée dans ce segment de la population, révèle une étude de l'Université Laval publiée aujourd’hui dans la revue The American Journal of Clinical Nutrition.

Le professeur Benoît Lamarche et ses collaborateurs arrivent à ce constat après avoir analysé une première fois l'alimentation de 853 personnes dans les mois qui ont précédé mars 2020, puis une seconde fois entre le 15 avril et le 12 mai. « À ma connaissance, il s'agit de la première étude qui compare l'alimentation des mêmes personnes avant et après le début du confinement, explique Benoît Lamarche, qui est professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation et directeur du Centre NUTRISS de l’Université Laval. Notre étude pose un regard unique et, au final, plutôt positif, sur l’évolution de l’alimentation chez les participants au cours de cette période exceptionnelle »

Une alimentation de meilleure qualité

L'indice de la qualité de l'alimentation des répondants s'établissait à 69 % avant le confinement et a grimpé à 70 % au printemps. Cette légère augmentation résulte de la combinaison de petites hausses dans la consommation de produits céréaliers de grains entiers, de légumineuses, de légumes, de poissons et de fruits de mer et de produits laitiers.  Les chercheurs ont aussi noté une hausse de l’apport en protéines végétales et de protéines totales ainsi qu’une baisse de la consommation de sucre et de produits céréaliers faits de farine raffinée.

L'indice de qualité de l'alimentation sur 100 points a connu une hausse plus forte chez les gens atteints d'obésité (+3,8 points), chez les 18-29 ans (+3,6 points) et chez les gens ayant un niveau de scolarité moins élevé (+1,9 point). « Ces personnes avaient peut-être de moins bonnes habitudes alimentaires au départ, ce qui laissait plus de place à l'amélioration. Il se peut qu'elles aient profité du confinement pour apporter des changements à leur alimentation », avance Benoît Lamarche. Sur le plan négatif, les chercheurs ont constaté que les répondants mangeaient un peu moins de fruits et légèrement plus de sel.

Moins de repas à l’extérieur

Le pourcentage des repas pris à l'extérieur de la maison est passé de 21 % à 4 %. « Le fait de manger davantage à la maison peut expliquer en partie la légère augmentation de la qualité de l'alimentation que nous avons observée, souligne le professeur Lamarche. Des études ont déjà montré que manger fréquemment au resto était associé à une consommation accrue de calories et d'aliments de faible qualité nutritionnelle. Par contre, manger plus souvent à la maison ne signifie pas forcément cuisiner davantage. Certaines personnes ont peut-être consommé plus des prêts-à-manger dont la qualité nutritionnelle n'est pas optimale. »

NutriQuébec : une source d’information unique en construction

L’étude a été rendue possible grâce au projet NutriQuébec, le plus grand projet sur la nutrition jamais réalisé au Québec, qui ambitionne de suivre l'évolution des habitudes de vie et de la santé de la population québécoise au cours des 25 prochaines années. Le nombre de participants est en hausse constante et a désormais passé la barre des 2500, mais le professeur Lamarche et son équipe souhaitent augmenter ce nombre pour mieux représenter l’ensemble de la population.

Pour cette raison Benoît Lamarche signale que même si les travaux ont été menés de façon rigoureuse, on ne peut étendre les conclusions de l’étude à l’ensemble de la population. « L’étude a été menée auprès des premiers participants de NutriQuébec, des gens intéressés par l’alimentation qui avaient possiblement plus d’outils et de connaissances pour s’adapter aux défis du confinement. Cela dit, l’insécurité alimentaire était et demeure un problème bien réel au Québec et certains groupes plus vulnérables souffrent probablement beaucoup plus de la pandémie que d’autres. Ce que notre étude souligne, c’est que les effets de la pandémie sur l’alimentation des Québécois ne sont peut-être pas négatifs pour tous. »

« Les limites de cette première étude montrent que NutriQuébec a besoin de plus de participants pour mieux répondre aux nombreuses questions qui nous préoccupent face à l'alimentation de tous les Québécois, continue le chercheur. Au cours des prochains mois, NutriQuébec intensifiera ses efforts pour recruter des participants de toutes provenances, ce qui permettra d'avoir un portrait plus juste de la situation dans l'ensemble de la population. »

Les Québécois intéressés à participer à ce projet de recherche sont invités à visiter www.nutriquebec.com pour s’inscrire gratuitement.

L'étude parue dans The American Journal of Clinical Nutrition est signée par Benoît Lamarche, Didier Brassard, Annie Lapointe, Catherine Laramée, Michèle Kearney, Mélina Côté, Ariane Bélanger-Gravel, Sophie Desroches, Simone Lemieux et Céline Plante.

Source:

Jean-François Huppé
Relations médias
Université Laval
418 656-7785

jean-francois.huppe@dc.ulaval.ca