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Une intervention psychologique de courte durée prévient l’insomnie chez les adolescents

Québec, le 2 mars 2021 – Une intervention psychologique de courte durée s’avère efficace pour prévenir l’insomnie chez les adolescents, selon une étude à laquelle a collaboré le professeur Charles Morin, spécialiste du sommeil de renommée mondiale à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval. L’approche utilisée par les chercheurs, inspirée d’une thérapie cognitive comportementale mise au point par le professeur Morin, a réduit de 71 % le risque d'apparition de l’insomnie au sein d’un groupe de 242 adolescents. Les détails de l’étude dirigée par Yun-Kwok Wing, de la Chinese University of Hong Kong, viennent d’être publiés dans la revue Pediatrics.

Les chercheurs ont recruté 242 jeunes de 12 à 18 ans ayant des problèmes de sommeil dont la gravité se situait en deçà des critères d'insomnie du DSM-5, l’outil de référence en matière de troubles psychologiques. Leur sommeil était perturbé au moins une fois par mois, mais moins de 3 fois par semaine. Ces jeunes provenaient aussi de familles où au moins un des parents souffrait d'insomnie ou avait souffert d'insomnie dans le passé. « Les enfants issus de ces familles courent eux-mêmes 3 fois plus de risques de souffrir un jour d'insomnie », souligne le professeur Morin, qui est aussi chercheur au Centre de recherche CERVO du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

La moitié des sujets ont participé à 4 séances d'information de 60 minutes portant sur la thérapie cognitive comportementale (TCC). Cette intervention visait en premier lieu à encourager un changement de certaines croyances erronées liées au sommeil. Elle avait également comme objectif d’instaurer des habitudes de vie propices au sommeil comme, par exemple, de prévoir une période de détente d'au moins une heure avant d'aller au lit, d’éviter les écrans en fin de soirée, d’utiliser le lit exclusivement pour dormir, de se lever si le sommeil ne vient pas après 20 minutes et de débuter la journée à la même heure chaque matin peu importe le nombre d'heures dormies la nuit précédente. « De plus, comme l'adolescence est une période où le stress est très présent, nous avons ajouté une composante de relaxation à l'intervention », précise Charles Morin.

Un an plus tard, les chercheurs ont constaté que l'incidence de l'insomnie était de 6 % chez les jeunes du groupe intervention contre 21 % dans le groupe témoin, soit une réduction de 71 % du risque. Les symptômes d'insomnie et la sensibilité au stress généré par l'insomnie étaient aussi en baisse dans le groupe soumis à l'intervention. « Il s'agit de la première démonstration de l'efficacité de la TCC pour prévenir l'insomnie chez des jeunes à risque, avance le professeur Morin. Ce sont des résultats encourageants étant donné que l'insomnie touche entre 10 % et 36 % des adolescents et qu'une fois installé, ce trouble du sommeil peut devenir chronique. »

Selon Charles Morin, il serait avantageux d’envisager l’utilisation de cette méthode comme outil de prévention au sein de la population adulte. « Considérant les problèmes d'anxiété et de sommeil qu'on observe présentement dans la population en raison de la pandémie, je crois qu'il y aurait lieu de faire une grande campagne de sensibilisation sur l'importance du sommeil et sur les habitudes de vie qui favorisent un sommeil de qualité », conclut le chercheur.

Outre Charles Morin et Yun-Kwok Wing, les auteurs de l’étude sont Ngan Yin Chan, Shirley Xin Li, Jihui Zhang, Siu Ping Lam, Amy Pui Ling Kwok, Mandy Wai Man Yu, Joey Wing Yan Chan, Albert Martin Li.
 

Source :
Jean-François Huppé
Relations médias
Université Laval
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jean-francois.huppe@dc.ulaval.ca