Délinquants sexuels : chute de 70 % du taux de récidive depuis 1940
Québec, le 20 décembre 2022 – Le taux de récidive des délinquants sexuels a chuté de près de 70 % au pays au cours des 80 dernières années, révèle une étude qui vient d’être publiée dans la revue scientifique Criminology and Public Policy. Selon le professeur Patrick Lussier, premier auteur de l’étude et professeur à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, l’amélioration des connaissances sur la délinquance sexuelle et la formation des intervenants du système pénal expliqueraient ces résultats.
Pour établir ce constat, le professeur Lussier et son équipe ont passé en revue 185 études qui avaient analysé le taux de récidive de 226 groupes de délinquants sexuels à travers le pays entre 1940 et 2019, portant l’échantillon à 55 944 contrevenants.
Les résultats ont montré qu’entre 1940 et 1979, le taux de récidive sexuelle moyen pondéré était de 23 % alors que, de nos jours, il se situe autour de 7 %, soit une baisse de près de 70 %.
« Je ne pense pas qu'on puisse attribuer à une loi ou à une mesure en particulier la chute observée au Canada depuis les années 1970-1980, j’ai l’impression que c’est un ensemble de facteurs », commente Patrick Lussier. Le chercheur précise que cette baisse drastique s’est entamée plus de 20 ans avant la mise en place du registre canadien de délinquants sexuels, en 2004. « Ce registre non public, destiné essentiellement à faciliter le travail des enquêteurs, n’est pas la cause de cette chute; il faut regarder ailleurs. »
Parmi les hypothèses avancées pour expliquer cette baisse, Patrick Lussier mentionne une amélioration des connaissances pour comprendre la délinquance sexuelle, notamment les facteurs associés à la récidive. « Quand on comprend mieux les contextes qui poussent un individu à passer de nouveau à l’acte, on est peut-être en meilleure posture pour prévenir la récidive et évidemment adapter les programmes de traitement », suggère le professeur.
Le chercheur ajoute qu’il existe maintenant une plus grande collaboration entre les milieux correctionnels et universitaires et que la pratique a évolué : les intervenants sont dorénavant formés. « Il n’y avait même pas de criminologie au Canada avant les années 1960 », dit-il en parlant de son domaine d’étude qui se penche sur les causes et le processus du passage à l'acte criminel.
Les agents de probation et de libération conditionnelle à cette époque étaient souvent des enseignants à la retraite, des ex-militaires ou des policiers en réorientation de carrière, illustre le professeur. Aujourd’hui, il est possible de bénéficier de l’expertise de criminologues, de psychologues, de psychiatres, de sexologues et de travailleurs sociaux, autant de professionnels qui se retrouvent dans les établissements de détention, les pénitenciers, les maisons de transition et les services de probation.
« Il y a vraiment une expertise qui s’est développée pour répondre aux besoins de cette clientèle et travailler de concert pour prévenir la récidive à caractère sexuel », conclut le chercheur.
L’étude publiée dans Criminology and Public Policy est cosignée par Julien Fréchette et Stéphanie Chouinard Thivierge, de l'École de travail social et de criminologie de l’Université Laval, Jean Proulx, de l’Université de Montréal et du Centre International de Criminologie Comparée, et Evan McCuish, de l’École de criminologie de l’Université Simon Fraser.
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