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Des chercheurs découvrent comment le stress chronique peut mener à la dépression

30 novembre 2017

Québec, le 30 novembre 2017 – Une étude publiée dans le plus récent numéro de la revue Nature Neuroscience révèle que le processus inflammatoire déclenché par un stress social comme l'intimidation diminue l'étanchéité de la barrière qui sépare le cerveau et la circulation sanguine du reste du corps, ouvrant la porte à des molécules pro-inflammatoires qui favorisent l'apparition de symptômes dépressifs.

« Il était déjà connu que les personnes souffrant de dépression ont une réponse inflammatoire exacerbée, tout comme on savait que le stress chronique peut influencer cette réponse », explique la professeure Caroline Ménard, de la Faculté de médecine de l’Université Laval et première auteure de  l’étude. « Notre objectif était de mieux comprendre le lien entre le stress social chronique, la réponse inflammatoire qui en résulte et le développement de symptômes liés à la dépression », résume la chercheuse.

Les chercheurs supervisés par Scott Russo, de l'Icahn School of Medicine at Mount Sinai de New York, ont concentré leur attention sur la barrière hématoencéphalique (BHE), une structure qui prévient le passage des molécules et des microorganismes de la circulation sanguine périphérique vers le cerveau. Cette barrière est formée de cellules endothéliales tapissant l'intérieur des vaisseaux sanguins. Son étanchéité est assurée par des jonctions serrées qui agissent comme « ciment » entre les cellules. L'une des plus importantes protéines responsables des jonctions serrées est la claudine-5. « Sans cette protéine, la barrière hématoencéphalique s'ouvre et le cerveau devient vulnérable », explique la professeure Ménard, qui est aussi chercheuse au Centre de recherche Cervo.

Pour réaliser leurs travaux, les chercheurs ont utilisé un modèle animal de stress social chronique. Des souris expérimentales ont été placées à répétition dans une cage où se trouvait, de l'autre côté d'un séparateur, une grosse souris agressive. L'examen microscopique d’une région du cerveau impliquée dans le contrôle de l’humeur a révélé que la morphologie de la BHE est altérée chez les souris devenues stressées à la suite de cette exposition. « Contrairement à ce que l’on observe chez les souris résilientes, il y a un élargissement des jonctions serrées, explique Caroline Ménard. Chez les souris stressées, la porte qui donne sur leur cerveau est entrouverte. »

Les analyses des chercheurs ont montré que le niveau de claudine-5 dans cette région du cerveau était 50 % plus faible chez les souris stressées que chez les autres souris. L’altération de la BHE chez les souris stressées a été suivie par l’entrée dans le cerveau de molécules pro-inflammatoires et par l’apparition de symptômes de type dépressif, notamment l’isolement social.

Pour déterminer si un mécanisme semblable pouvait être présent chez l’humain, les chercheurs ont fait appel à des banques de cerveaux post-mortem, dont la Banque de cerveaux Douglas-Bell Canada de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas affilié à l’Université McGill. Leurs analyses ont montré que les niveaux de claudine-5 étaient 50 % plus bas chez les 39 personnes qui souffraient de dépression majeure au moment de leur décès que chez les 24 sujets du groupe témoin.

« Notre étude est la première à démontrer que l’inflammation périphérique induite par un stress social chronique peut influencer directement le cerveau en altérant l’intégrité de la barrière hématoencéphalique. Elle confirme également le rôle central de l’inflammation dans le développement de symptômes dépressifs », résume la professeure Ménard.

Cette avancée pourrait avoir des répercussions cliniques sur trois plans, poursuit la chercheuse. D’une part, elle suggère qu’on pourrait diagnostiquer la dépression majeure chez des personnes à risque en évaluant la perméabilité de la BHE par résonance magnétique. D’autre part, puisque des molécules du sang peuvent traverser cette barrière, il est possible que des molécules du cerveau puissent passer dans le sang. Certaines de ces molécules pourraient donc servir de biomarqueurs sanguins pour la dépression. « Enfin, à plus long terme, on pourrait envisager le développement de nouveaux traitements de la dépression qui cibleraient l’expression de la claudine-5 afin de maintenir l’intégrité de la barrière hématoencéphalique », conclut Caroline Ménard.


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Renseignements :

Caroline Ménard
Faculté de médecine
Centre de recherche Cervo
Université Laval
212 659-8625
caroline.menard@mssm.edu

Source :
Jean-François Huppé
Relations médias
Université Laval
418 656-7785
jean-francois.huppe@dc.ulaval.ca


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