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Sokïo Industrie : une jeune pousse nourrie par le partenariat et la soif d’innover

En entrepreneuriat, tout naît d’une idée. Dans le cas de Pierre-Yves Charest, PDG d’Oïkos Construction, elle a pris la forme d’une jeune pousse nourrie par l’expertise d’une Chaire de recherche et de deux étudiants-chercheurs de l’Université Laval.

À l’origine de Sokïo, le petit frère d’Oïkos, il y avait une idée simple, mais ambitieuse : concevoir une enveloppe de bâtiment autoscellante, préfabriquée, qui pourrait être installée sans intervention humaine.

Pour l’entrepreneur et promoteur Pierre-Yves Charest, c’était une réponse à la variabilité de la qualité dans le secteur de la construction.

Ce projet, longtemps mis de côté, prend un nouvel élan lorsqu’il a découvert les travaux du professeur Pierre Blanchet, de l’Université Laval. « J’avais besoin de ressources externes pour m’aider à propulser le projet. Il a pris ça très au sérieux, et c'était très intéressant de pouvoir discuter avec lui et compter sur son expertise », se souvient Pierre-Yves Charest.

Une validation scientifique sur le terrain

Le Pr Blanchet, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en bâtiment durable, voit rapidement le potentiel d’une telle collaboration. « On a tout de suite discuté de mettre en place un programme de recherche pour répondre à ses besoins. C’est rarement comme ça que ça se passe ! », raconte-t-il.

Il s’entoure alors d’un premier étudiant en génie du bois, Étienne Julien, qui entame une maîtrise sur la conception du mur autoscellant. Selon Pierre-Yves Charest, le défi tenait moins aux matériaux qu’au procédé de fabrication, qu’il compare à une recette de gâteau : avec les mêmes ingrédients, le résultat peut varier énormément.

Grâce aux installations de pointe de l’Université Laval, le prototype est mis à l’épreuve dans une unité climatique capable de simuler des conditions météorologiques. « On est capable de contrôler la température, la pression, de simuler du vent, de fortes pluies, et on peut tester en temps réel nos connexions », explique Pierre-Yves Charest. Une vraie maison, construite à Saint-Ferréol-les-Neiges et munie de 200 capteurs, permet ensuite de valider les performances sur le terrain.

Changer d’échelle grâce à l’automatisation

Les murs étant testés, il fallait trouver le meilleur moyen de les fabriquer. Une deuxième étudiante en génie industriel, Émilie Lachance, consacre sa maîtrise à la robotisation du procédé. Elle élabore des scénarios de configuration pour une future usine et pose les bases de la chaîne de production.

Une mission en Europe propulse le projet à une autre échelle. En visitant des industries en France, en Belgique et en Allemagne, l’équipe découvre les possibilités du bois massif et de l’automatisation. « Ça a été un élément déclencheur pour trouver comment on allait usiner nos murs », affirme Pierre-Yves Charest.

Une alliance qui voit loin

Aujourd’hui, Sokïo est officiellement née. Étienne Julien et Émilie Lachance occupent des postes clés dans l’entreprise : Étienne est directeur du produit et continue de faire la recherche et développement, alors qu’Émilie assume la direction générale.

Une première cellule robotique est en activité depuis août 2025 dans la chaîne de montage artisanale située à Saint-Augustin, alors que des terrains ont été acquis à Saint-Lambert-de-Lauzon pour accueillir une future usine. Sokïo fournit déjà Oïkos et commence à desservir des clients externes.

Pour Pierre-Yves Charest, cette aventure entrepreneuriale est indissociable de l’apport universitaire. 

« Pour contribuer au monde de demain, il faut être appuyé par des experts et éprouver des concepts. Sans les connaissances et les travaux d’Étienne et Émilie, Sokïo n’aurait peut-être pas vu le jour », souligne-t-il. Et l’histoire est loin d’être terminée. « On va avoir beaucoup de défis technologiques dans les prochaines années. La collaboration avec l’Université Laval devrait se poursuivre longtemps, dans bien des domaines. »

Ce qui s’est construit ici dépasse les frontières. Le professeur Blanchet en est convaincu : « La construction préfabriquée est une tendance mondiale suffisamment marquée pour que l’institut Menzie ait produit des rapports spécifiques sur le sujet. Dans les pays industrialisés, il y a des initiatives majeures en cours. » En misant sur la recherche, l’automatisation et le bois massif, Sokïo s’inscrit dans ce courant et pourrait bien inspirer d’autres marchés.